Annoncé à l’approche de la rentrée universitaire, le train de mesures pour l’enseignement supérieur et la formation technique combine justice sociale, soutien au pouvoir d’achat et investissement productif. Après la généralisation des cantines scolaires et la gratuité du secondaire pour les filles, il prolonge un continuum éducatif que le chef de l’État veut ériger en marque de son mandat.

Il y a plusieurs façons de lire une liste de mesures. Celle que le gouvernement destine aux étudiants pour l’année 2026-2027 peut se lire comme un catalogue : bus, bourses, restaurants, infirmeries, éclairage. Elle gagne à être lue comme un raisonnement. Chaque ligne répond à une cause identifiée de décrochage ou d’échec dans le supérieur : le coût, la distance, les conditions de vie, et les barrières particulières qui pèsent sur les filles et sur les étudiants en situation de handicap.

Deux publics, un principe

Les deux mesures les plus neuves sont aussi les plus ciblées. La gratuité de l’inscription en formation technique pour les filles s’attaque à un double verrou, financier et culturel, qui les tient à l’écart de filières où elles demeurent minoritaires. L’octroi systématique d’une bourse aux bacheliers porteurs d’un handicap admis dans les universités publiques remplace, lui, une logique de guichet par un droit : l’étudiant concerné n’a plus à plaider son dossier. À la présidence, on revendique une école qui soit « un véritable ascenseur social pour tous », et l’on résume le principe d’une formule : « l’accès au savoir ne doit dépendre ni de la condition sociale ni de la condition physique ». Le choix de ces deux publics, plutôt qu’une mesure uniforme, dit la méthode : chercher l’égalité des chances là où elle se perd concrètement, dans une ligne de frais ou un formulaire de trop.

La précarité étudiante prise au sérieux

Le second étage du dispositif s’adresse au plus grand nombre. Revalorisation de 15 à 25 % au moins des bourses universitaires, hausse des allocations de rentrée et des secours, ajustement des bourses à l’étranger au coût de la vie locale : autant de réponses à une précarité étudiante dont les manifestations sont documentées de longue date, des files d’attente aux arrêts de bus aux difficultés de logement. Pour les étudiants partis se former hors du pays, l’indexation corrige une distorsion connue : une même bourse ne vaut pas la même chose à Dakar, à Rabat ou à Paris. La logique affichée est moins celle de l’aumône que de l’investissement : donner aux apprenants les moyens de se consacrer à leurs études plutôt qu’à leur survie. Reste une inconnue que le texte ne tranche pas : le calendrier précis des versements, alors que les demandes d’allocations se traitent désormais en ligne, et qui fera la différence entre une revalorisation vécue et une revalorisation annoncée.

L’ancien argentier investit

La signature du chef de l’État se reconnaît dans la facture du plan. Ministre de l’économie et des finances pendant dix ans avant son élection, Romuald Wadagni connaît le coût de chacune de ces lignes budgétaires, et c’est en connaissance de cause qu’il les assume. On retrouve aussi sa manière de traiter l’héritage : les premiers bus, commandés en 2025 sous la présidence Talon, ont été réceptionnés et mis en service après son investiture, avant que le dispositif ne soit étendu à l’échelle des quatre universités publiques. Achever ce qui est engagé, puis élargir : le schéma, déjà observé sur les cantines scolaires, se répète.

La technique au centre du jeu

Le plan n’est pas seulement social. La hausse marquée du nombre de bourses dans les filières techniques et professionnelles traduit un choix de politique économique : orienter la jeunesse vers les compétences dont le marché du travail a besoin, et hisser l’enseignement technique au rang de priorité nationale. L’orientation figure en toutes lettres dans la Vision Bénin 2060, qui fait du développement d’un capital humain sain, compétent et compétitif l’une de ses lignes directrices. Le pari est générationnel : les étudiants soutenus cette année formeront l’encadrement de l’économie que le pays se promet à l’horizon du centenaire de son indépendance.

Du repas chaud à l’amphithéâtre

Mis bout à bout, les actes éducatifs de ce début de mandat dessinent une chaîne continue : un repas chaud dans toutes les écoles publiques dès cette année scolaire, la gratuité du secondaire général public pour les filles, et désormais un supérieur rendu plus accessible et plus vivable. La cohérence est revendiquée ; elle crée aussi une exigence. Un continuum ne vaut que si aucun de ses maillons ne cède, et chacune de ces promesses a son heure de vérité fixée à la même échéance : la rentrée. C’est là, dans les cours d’école comme sur les campus, que se mesurera si le social annoncé du quinquennat est une politique ou un programme.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici