Le décès en détention de Codjo Alofa ravive le dossier Pierre Urbain Dangnivo. Si la mort du principal condamné éteint son action publique, les responsabilités assumées par ses complices maintiennent la procédure judiciaire pleinement active.
Le décès tragique de Codjo Alofa, survenu le 26 octobre 2026 au pénitencier, aurait pu marquer le point final de l’un des feuilletons judiciaires les plus sombres de l’histoire récente du Bénin. Condamné en juillet dernier à 30 ans de réclusion criminelle pour l’assassinat, en août 2010, de Pierre Urbain Dangnivo, le détenu se soustrait définitivement, par sa mort, à l’exécution de sa peine et aux éventuels recours de la défense. Cependant, réduire l’affaire Dangnivo à la seule figure d’Alofa serait une erreur d’appréciation juridique et politique majeure. En effet, si la mort de l’intéressé éteint l’action publique à son encontre, elle ne met pas fin aux poursuites engagées contre ses co-auteurs et complices. D’autant plus que lors du dernier procès, les déclarations des co-accusés et l’endossement explicite des responsabilités par certains d’entre eux ont redistribué les cartes du dossier. En assumant donc leur participation au crime ou en apportant des éléments nouveaux sur la chaîne des événements, ces protagonistes restent pleinement comptables devant la justice. Autrement, l’extinction des poursuites est strictement personnelle et ne constitue pas un brevet d’impunité pour le reste du groupe. Comme l’a d’ailleurs appuyé Me Olga Anassidé, avocate de la famille Dangnivo, l’affaire est loin d’être close. D’une part, la lumière doit être faite sur les circonstances exactes du décès d’Alofa, rappelle-t-elle, d’où le placement de sa dépouille sous main de justice et l’ouverture immédiate d’une enquête. D’autre part, l’obligation de vérité matérielle persiste, d’autant que le rôle et l’endossement des responsabilités par les complices au cours du dernier procès exigent que les investigations aillent à leur terme pour honorer la mémoire de la victime et le droit des ayants droit. En clair, les complices encore en vie portent désormais le poids de la vérité. La disparition d’Alofa, qui avait jusqu’au bout nié les faits, prive la justice d’un confronté direct, mais elle braque une lumière brute sur les responsabilités de chacun. L’affaire Dangnivo ne s’éteint ainsi pas dans une cellule de prison. Elle continue devant la juridiction pour tous ceux qui ont participé à ce crime.
J.G


