Depuis une décennie, le Bénin multiplie à grande échelle les grands chantiers routiers, modernisant ainsi le réseau national et explorant également la voie fluviale. Seulement qu’en revanche, le secteur ferroviaire demeure au point mort, soulevant des interrogations sur la stratégie globale de désenclavement.

En une décennie de transformations, le paysage des infrastructures routières au Bénin s’est profondément métamorphosé. De Cotonou aux communes les plus reculées, l’extension des axes bitumés et la mise en œuvre des programmes d’asphaltage remodèlent la circulation. Cette dynamique permet désormais aux citoyens de vaquer quotidiennement à leurs occupations dans des conditions de confort et de sécurité nettement améliorées, réduisant ainsi de manière significative les temps de trajet. Au-delà de la simple mobilité des personnes, cette modernisation intensive constitue aussi un  moteur économique important. Puisque la fluidité du transport des marchandises facilite les échanges interurbains, réduit les coûts logistiques des opérateurs et renforce l’attractivité quant aux productions. Dans la même perspective d’aménagement du territoire, les autorités béninoises explorent également la valorisation du transport fluvial. L’objectif affiché est d’offrir des alternatives crédibles de circulation.

Quid du transport ferroviaire ?

Cependant, ce tableau d’ensemble met en lumière un contraste saisissant. Celui de l’inertie complète du secteur ferroviaire. Alors que les vieux rails cèdent de plus en plus la place aux coups de béton et de goudron, les faits indiquent une absence de relance officielle de ce mode de transport. Pis, motus et bouche cousue sur le sort du rail béninois, jadis colonne vertébrale des échanges entre le Sud littoral et l’hinterland. Une mise en veilleuse qui  interpelle lorsqu’on observe les dynamiques en cours dans la sous-région ouest-africaine. D’autant plus que les pays comme le Sénégal, le Nigéria ou la Guinée ont fait du chemin de fer un axe central de leur stratégie de désenclavement et de développement économique durable. L’expérience régionale démontre donc qu’un maillage territorial réussi repose sur la complémentarité entre un réseau routier performant et des lignes ferroviaires de grande capacité. Pour le Bénin, le retour du train offrirait sans risque de se tromper, des avantages stratégiques majeurs. En matière logistique, le transport par rail permet d’acheminer à moindre coût de très grands volumes de produits agricoles, d’élevage et de ressources minières depuis l’intérieur des terres vers les centres urbains notamment le port. De ce fait, cette connectivité renforcée stimulerait la production locale et inciterait les jeunes à rester et produire au pays, valorisant un potentiel agricole et souvent sous-exploité. En outre, le transfert d’une partie du fret lourd de la route vers le rail permettrait d’éviter la détérioration précoce des chaussées récemment construites à coup de milliards. Face aux investissements colossaux injectés dans le bitume et au mutisme sur cette relance  des chantiers ferroviaires, une interrogation subsiste : le transport par rail est-il définitivement enterré au Bénin ? Énigme !

J.G

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