Autrefois incontournable dans les rues de nombreuses villes béninoises, le vélo, communément appelé kèkè en langue yoruba, constituait le principal moyen de déplacement de milliers de personnes. Élèves, commerçants, artisans et travailleurs l’utilisaient quotidiennement pour se rendre à leurs occupations. Aujourd’hui, cette réalité s’efface progressivement. C’est ce constat qui a motivé notre rencontre, le mercredi 5 août 2026 à Parakou, avec Aboudou Marzouk, vendeur de vélos et de motos d’occasion. Selon lui, les motos ont largement supplanté les bicyclettes dans les habitudes de déplacement.

Dans plusieurs quartiers de Parakou, il suffit d’observer la circulation pour constater la rareté des cyclistes. Le vélo est désormais considéré par beaucoup comme un moyen de transport lent, peu adapté aux exigences actuelles de mobilité. Pour de nombreux ménages, la moto représente un gain de temps et une solution plus pratique pour les déplacements quotidiens. Pourtant, ce « cheval de fer » d’autrefois demeure un moyen de transport économique, écologique et bénéfique pour la santé.

Rencontré sur son lieu de vente, Aboudou Marzouk confirme cette évolution. « Aujourd’hui, 90 % de nos clients viennent des villages. Sur 100 personnes en ville, il y en a peut-être une seule qui achète un vélo », affirme-t-il. Selon lui, les principaux acheteurs sont des élèves ou des parents vivant en milieu rural, où les distances à parcourir restent importantes. Il regrette également le changement de mentalité des jeunes. « Beaucoup exigent aujourd’hui une moto. Ils considèrent le vélo comme un moyen de transport dépassé, alors qu’il reste très utile et coûte beaucoup moins cher à entretenir », déplore-t-il.

Au-delà de son rôle dans les déplacements, le vélo contribue à réduire les émissions de gaz d’échappement et favorise une bonne condition physique. Honelle Oga, passionné de cyclisme, témoigne : « J’aime le vélo. Ce n’est pas seulement un moyen de transport, c’est aussi une activité sportive qui entretient le corps. » Un autre habitant, ayant requis l’anonymat, partage le même avis : « J’adore le vélo depuis toujours, mais aujourd’hui il est difficile de l’utiliser en ville. »

Un sexagénaire, également resté anonyme, continue d’en faire son principal moyen de locomotion. « Le vélo reste mon compagnon de toujours. Grâce à lui, je me maintiens en bonne santé », confie-t-il avec le sourire. Une institutrice à la retraite se souvient également de cette époque : « C’était le moyen de transport de presque tout le monde. Aujourd’hui, je me déplace surtout en voiture.»

Face au recul progressif de la bicyclette, certains acteurs appellent à une meilleure valorisation de ce moyen de transport durable. Aboudou Marzouk lance un appel aux autorités : « Nous avons besoin d’un appui de l’État. Les grossistes sont rares à Parakou et les prix restent élevés. Cela décourage les clients et complique notre activité. »

Malgré son déclin, le vélo demeure un moyen de transport accessible, économique, respectueux de l’environnement et favorable à la santé. Dans un contexte où les villes sont confrontées à la pollution et aux embouteillages, lui redonner une place pourrait contribuer à promouvoir une mobilité plus durable. Plus qu’un simple souvenir, le vélo pourrait encore représenter une solution d’avenir.

Diane ETCHAOU (Stg)

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