Trente-neuf ans. Voilà trente-neuf ans jour pour jour que le destin du Burkina Faso, et celui de toute l’Afrique progressiste, basculait dans le deuil. Le 15 octobre 1987, les rafales d’un coup d’État sanglant abattaient à Ouagadougou le capitaine Thomas Sankara. Il avait 37 ans.

En quatre années d’un pouvoir incandescent (1983-1987), le Père de la Révolution burkinabè a insufflé un vent d’audace, de probité et d’émancipation qui continue de hanter les consciences et d’inspirer la jeunesse du continent.

Arrivé au pouvoir le 4 août 1983, le verbe haut et la conviction chevillée au corps, Sankara refuse les habits dorés de la gentry post-coloniale. Il débaptise la Haute-Volta, nom colonial par excellence, pour en faire le Burkina Faso, le Pays des hommes intègres.

Sous sa houlette, la politique cesse d’être une affaire de salons feutrés pour devenir une affaire de dignité populaire :

L’autosuffisance comme doctrine : Il bouscule les schémas d’aide internationale, impose la production et la consommation locale avec le célèbre Faso Dan Fani, et lance de vastes campagnes de vaccination et de reboisement.

L’intégrité érigée en règle d’or : Vente de la flotte des voitures de fonction au profit de simples Renault 5, réduction drastique des privilèges et mode de vie spartiate imposé à toute l’équipe dirigeante.

La révolution des mentalités : Lutte implacable contre la corruption, émancipation concrète des femmes, scolarisation accélérée.

Le visionnaire en avance sur son temps

Sankara n’était pas seulement un tribun charismatique maniant la guitare et la critique géopolitique avec la même aisance. Il était un visionnaire qui voyait les impasses du continent.

Lors de son discours mémorable à l’OUA en juillet 1987 à Addis-Abeba, il posait la dette comme un instrument de recolonisation moderne : « La dette ne peut pas être payée, parce que si nous ne payons pas, nos créanciers ne mourront pas. Soyons-en certains. »

Précurseur des combats écologiques et de la souveraineté économique intégrale, il fustigeait l’assistanat chronique et appelait les Africains à compter d’abord sur leurs propres forces. Une liberté de ton qui dérangeait profondément, à l’intérieur comme à l’extérieur.

L’héritage d’une flamme inéteignable

L’assassinat du 15 octobre 1987 a brisé un homme, mais a immortalisé une idée. Près de quarante ans plus tard, le nom de Thomas Sankara reste l’étalon-or de la gouvernance éthique en Afrique.

À l’heure où le continent cherche de nouveaux repères face aux soubresauts sécuritaires et géopolitiques, l’exigence sankariste de souveraineté, de justice sociale et de probité morale demeure plus que jamais d’actualité.

« On peut tuer des hommes, mais on ne peut pas tuer des idées. » – Thomas Sankara

Ibrahim Yarou Djibril

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