Onze ans déjà que le Général Mathieu Kérékou a tiré sa révérence, rejoignant le panthéon des grandes figures de notre histoire. Le 14 octobre 2015, la République retenait son souffle face à la disparition de celui qui aura traversé, en acteur et en metteur en scène central, plus de trois décennies de la vie politique béninoise.

Aujourd’hui, l’expression populaire « le caméléon a quitté l’arbre » résonne non seulement comme un hommage à sa légendaire capacité d’adaptation, mais aussi comme un prisme idéal pour interroger notre trajectoire républicaine : que reste-t-il des leçons du passé face aux mutations de notre démocratie contemporaine ?

Hier : La quête fondatrice de la concorde et du pluralisme

Sous l’ère Kérékou, les défis étaient ceux de la survie même de l’État.

Le choc des systèmes : d’un État militaro-marxiste centralisé à la grande mue pacifique de la Conférence Nationale de 1990, le défi majeur était de canaliser les fractures sans basculer dans le chaos.

L’apprentissage de la règle : l’instauration du multipartisme, la limitation des mandats et le respect du verdict des urnes, acté par Kérékou lui-même en 1991 puis en 2006, ont forgé un modèle béninois salué pour sa souplesse et sa tolérance.

Le Grand Camarade  a su comprendre, à un moment  critique de son histoire,  que la pérennité d’une nation pèse plus lourd que le destin d’un seul homme.

Aujourd’hui : L’institutionnalisation de l’État et les défis de l’efficacité

Les défis d’aujourd’hui ont changé de visage. Si la liberté de parole a ancré la démocratie dans les mœurs, les exigences ont évolué :

La rigueur et la gouvernance : le pragmatisme bon enfant cède progressivement le pas à une gestion axée sur la technocratie, la performance et la transformation structurelle.

L’équilibre des pouvoirs : là où hier la consolidation passait par l’inclusion permanente, le débat contemporain interroge la place de l’opposition, le renforcement des contre-pouvoirs et la vitalité du débat citoyen face aux impératifs du développement.

Bilan : L’héritage à l’épreuve du temps

Onze ans après, revisiter l’héritage de Mathieu Kérékou rappelle une vérité fondamentale : les institutions ne valent que par la culture civique de ceux qui les animent. Si le style politique a mué, la nécessité d’un dialogue permanent entre les aspirations du peuple et la fermeté de l’action publique reste entière.

Le caméléon a quitté l’arbre, mais la branche de la République, elle, doit continuer de porter les fruits durables de la démocratie et de la paix.

S’adapter aux défis de son époque sans renier les fondements de sa liberté, tel est le véritable legs que les bâtisseurs d’hier transmettent aux architectes d’aujourd’hui.

Ibrahim Yarou Djibril

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