Hier, lors de la rentrée judiciaire de la juridiction, le Procureur spécial près la CRIET a communiqué un chiffre principal : 3 849 plaintes et procès-verbaux enregistrés en un an, en hausse de 25,50 %. Ce chiffre montre que la juridiction est de plus en plus sollicitée. Il laisse toutefois de côté plusieurs indicateurs que l’on attend d’un bilan d’activité.

Trois mille huit cent quarante-neuf. C’est le nombre de plaintes et de procès-verbaux enregistrés par la Cour de Répression des Infractions Economiques et du Terrorisme (CRIET) au cours de l’année judiciaire qui vient de s’achever, selon le Procureur spécial Elonm Mario Mètonou. Il l’a communiqué ce lundi 12 octobre à Cotonou, lors de l’audience solennelle de rentrée. C’est le seul indicateur chiffré de ses réquisitions, ce qui justifie de l’examiner en détail.

Un quart de saisines en plus

En 2024-2025, la juridiction avait enregistré 3 067 plaintes et procès-verbaux. Elle en a donc reçu 782 de plus cette année, soit une progression de 25,50 % selon le magistrat. Sur une année entière, cela représente en moyenne plus de dix saisines par jour, week-ends et jours fériés compris.

Ce total regroupe deux sources. Les procès-verbaux sont établis par les services d’enquête, puis transmis au parquet. Les plaintes sont déposées par les victimes elles-mêmes. Le discours ne précise pas la part de chacune.

Mario Metonou met en avant une tendance : chaque année, le nombre de plaintes portées directement devant la CRIET par les victimes augmente, selon lui, « de manière exponentielle ». Même si la comparaison ne s’est faite qu’avec les chiffres de l’année judiciaire écoulée, elle est au centre de son argumentation.

Un argument contre l’image d’une Cour « inflexible »

Le procureur utilise en effet ces chiffres pour défendre la juridiction. Il les oppose à l’image d’une CRIET que certains considèrent comme une machine « excessivement répressive, presque inflexible voire injuste ». Son raisonnement est simple : si les justiciables rejetaient la Cour, les victimes ne la saisiraient pas en nombre croissant. « Les chiffres ne mentent pas », a-t-il affirmé.

L’argument est solide, mais il a ses limites. Une hausse des saisines peut traduire la confiance des citoyens. Elle peut aussi s’expliquer par l’intensification des enquêtes ou par la progression réelle de certaines formes de criminalité. C’est le cas de la cybercriminalité, que le procureur classe parmi les menaces majeures. Les chiffres présentés ne permettent pas de déterminer laquelle de ces explications l’emporte.

Le procureur a aussi évoqué un autre jugement porté sur lui, venu de l’opinion : selon plusieurs observateurs, il ne saurait requérir que vingt ans de prison ferme. Aucun chiffre sur les réquisitions prises ou les peines prononcées n’est venu confirmer ou démentir cette réputation.

Ce que le bilan ne mesure pas

En dehors des saisines, le bilan présenté hier reste descriptif. Selon Mario Metonou, la CRIET a, depuis sa création par la loi du 2 juillet 2018, « brisé des réseaux » et « confisqué les fruits du crime ». Elle a aussi rappelé que nul n’est au-dessus du pacte social. Le procureur assume cette approche. Le bilan de la juridiction, dit-il, « n’est pas une froide arithmétique », mais « le récit d’un État qui se tient debout ».

Plusieurs données n’ont cependant pas été communiquées : le nombre d’affaires jugées, les délais de traitement, le montant des avoirs confisqués, les taux de condamnation et de relaxe. Rien non plus sur la détention provisoire, alors que le procureur souhaite qu’elle redevienne « l’exception ultime ». Ces indicateurs seraient pourtant les plus utiles pour évaluer l’équilibre entre efficacité répressive et protection des droits, qui était le thème de cette rentrée.

Au-delà des statistiques

Le magistrat se méfie lui-même d’une lecture purement comptable de l’activité judiciaire. Quand on parle d’efficacité, a-t-il observé, on pense souvent au rendement, aux délais, aux stocks et à la rapidité. Il rappelle que le mot latin efficacitas renvoie à la « force » et à la « vertu ». Il ajoute qu’un dossier qui s’accumule dans les greffes « n’est pas une liasse de papiers », mais une vie humaine.

Le paradoxe est là. Plus la CRIET est saisie, plus la tentation du rendement augmente. Et plus il devient difficile de respecter l’exigence d’humanité que le procureur place au cœur de l’année 2026-2027. Les 782 saisines supplémentaires de l’an passé montrent l’ampleur du défi. Elles soulignent aussi un besoin : des indicateurs plus précis, notamment sur les délais et la détention, pour évaluer les résultats sur pièces

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