Des béninois se retrouvent enrôlés dans l’armée russe pour combattre en Ukraine, selon le rapport “Le commerce du désespoir“, rendu public par All Eyes on Wagner, un collectif d’universitaires et d’experts en cybersécurité. Alors que plusieurs pays africains haussent déjà le ton, cela ne semble pas préoccuper les béninois y compris les autorités compétentes. Une indifférence qui interpelle toutefois !
Quinze (15) béninois au moins seraient enrôlés entre 2023 et 2025 par l’armée russe sur plus de 1417 africains répertoriés et provenant de 35 pays, selon le rapport intitulé “le commerce du désespoir, qui renseigne également sur la stratégie de recrutement mise en place à cet effet. Un rapport abondamment relayé par des médias internationaux et africains. Le rapport identifie également une recrue béninoise du nom R. M et précise son numéro d’immatriculation. Ce dernier aurait même diffusé une vidéo sur son compte Facebook, proposant des visas d’étudiant, de tourisme et de travail pour la Russie. Quelques recherches sur le net ont effectivement permis de constater qu’il a posté des images de lui en compagnie des soldats russes. Sur la base des recherches en Open sources, le collectif documente et rend publique une liste de noms. Cette liste, obtenue par le groupe d’investigation via le programme ukrainien « Je veux vivre », qui encourage à la reddition, donne une idée de l’ampleur des recrutements sur le continent africain.
Ce silence qui inquiète…
Des béninois sont-ils réellement enrôlés ? Comment en sont-ils arrivés là ? Autant de questions qui taraudent les esprits. Et si des gouvernements africains à l’image du Ghana ou encore de l’Afrique du sud commencent déjà à hausser le ton, les autorités béninoises ne devraient pas rester longtemps, indifférentes. Contactés, certains acteurs de la société civile béninoise ont confié ne pas disposer des éléments pour opiner. « Si les autorités béninoises n’ont pas perçu la nécessité de se prononcer, nous ne voyons pas encore l’urgence d’alimenter une quelconque polémique » laisse entendre un responsable de la société civile.
Par ailleurs, selon plusieurs publications consultées, des gouvernements africains haussent déjà le ton face à cette triste réalité, renseignée par le rapport « Le commerce du désespoir ». Au Ghana, le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa a effectué, selon Tv5, une visite à Kiev notamment pour discuter avec les autorités ukrainiennes du sort de deux Ghanéens prisonniers de guerre après avoir été capturés sur le front alors qu’ils combattaient dans les rangs russes. Selon le Chef de la diplomatie Ghanéenne, les Ghanéens partis combattre dans cette guerre « sont victimes de manipulation, de désinformation » de la part « de réseaux criminels de trafiquants » qui leur promettent « un travail décent » en Russie. « En tant que gouvernement responsable, nous ne pouvons fermer les yeux sur ces statistiques bouleversantes…ce n’est pas notre guerre et nous ne pouvons pas permettre que nos jeunes deviennent des boucliers humains pour d’autres », a-t-il ajouté.
En Afrique du Sud, plusieurs hommes enrôlés ont appelé à l’aide et des démarches auraient été entreprises pour faciliter leur rapatriement. Selon Rfi, une dizaine de sud-africains ont été rapatriés.
Selon les données du rapport, les contingents les plus importants proviennent d’Égypte (361 hommes), du Cameroun (335 hommes) et du Ghana (234 hommes). Le Bénin se trouve cité dans le rapport avec une quinzaine d’hommes qui seraient déployés au front en Ukraine. « La moyenne d’âge observée chez les recrues africaines est de 31 ans avec une plus forte représentation de la catégorie 18-25 ans avec 150 ressortissants recensés, le plus âgé a 57 ans, ressortissant égyptien, le plus jeune est âgé de 18 ans et est ghanéen » lit-on dans le rapport.
Des 316 africains décédés au front, trois (03) béninois auraient également perdu la vie, selon le rapport. Recrutés entre 2023 et 2025, ces derniers auraient perdu la vie dans la guerre opposant la Russie et l’Ukraine, révèle le rapport intitulé “le commerce du désespoir“. Agés entre 28 et 31 ans, les trois béninois qui seraient décédés au front portent des noms de famille plus ou moins connus au Bénin.
Le rapport renseigne outre le nom, sur la date de naissance, le matricule militaire, la date de signature de contrat et la date de décès enregistrée, le nombre de mois engagés avant le décès, la citoyenneté et l’unité d’appartenance dans l’armée russe.
Le silence des autorités béninoises interpelle.
Henoc MBOUANGA

