C’est un constat lucide mais pas résigné que dressent les Nations Unies à la veille du Sommet sur le climat du Secrétaire général prévu le 23 septembre au siège de l’ONU à New York. Dans une analyse publiée ce 21 septembre 2026, l’organisation estime que le dépassement temporaire de l’objectif de l’Accord de Paris, limiter le réchauffement à 1,5°C au dessus des niveaux préindustriels, est désormais largement considéré comme inévitable. L’enjeu n’est donc plus de l’éviter, mais de le contenir autant que possible et de le rendre aussi court que possible.
Il y a dix ans, le monde se dirigeait vers plus de 4°C de réchauffement. Grâce à l’Accord de Paris, la trajectoire est redescendue à 2,3°C si tous les engagements nationaux actuels sont tenus. Mais le climat continue de se réchauffer. Les onze dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, avec leur lot de chaleur, sécheresses, inondations, tempêtes et incendies qui pèsent sur les vies et les économies.
Chaque fraction de degré compte
L’ONU rappelle ce qu’est un dépassement. Il ne s’agit pas d’une année chaude isolée, mais d’une hausse moyenne mesurée sur plusieurs décennies, qui franchit le seuil, atteint un pic, puis redescend si les émissions sont fortement réduites. Cette baisse n’est pas garantie.
Même si tous les plans nationaux actuels et les promesses de neutralité carbone étaient pleinement mis en œuvre, le réchauffement culminerait autour de 1,8°C selon le PNUE. Une différence qui semble minime mais qui est vitale. Plus les températures grimpent haut et longtemps, plus les risques explosent.
Chaque fraction de degré coûtera des vies, détruira des moyens de subsistance, creusera les inégalités et rapprochera les écosystèmes de dommages irréversibles, a averti le Secrétaire général António Guterres.
Pourquoi la vitesse est décisive
Le problème est l’écart entre la science et l’action. Près de 90% des émissions mondiales sont couvertes par des plans climatiques actualisés, les CDN. Mais même appliqués, ils ne réduiraient les émissions que de 10% d’ici 2035, alors qu’il faudrait 60% pour garder 1,5°C à portée.
Il faut donc accélérer. Réduire vite le méthane et les autres polluants à courte durée de vie, stopper la déforestation, sortir des fossiles pour les renouvelables, moderniser les réseaux électriques et électrifier transports et industrie. Aller vite, c’est aussi une question de sécurité énergétique. Trois personnes sur quatre vivent dans des pays importateurs de pétrole et de gaz, vulnérables aux conflits. Comme le résume Guterres : il n’y a pas d’embargo sur le soleil ni de flambée des prix pour le vent.
Le financement, nerf de la guerre
Tous les pays n’ont pas les mêmes moyens. Les pays en développement paient beaucoup plus cher pour financer un parc solaire, là où le potentiel est immense. L’ONU réclame des financements moins coûteux, une réforme des banques multilatérales et plus d’investissements privés.
Le financement conditionne aussi la justice de la transition. Il doit aider les travailleurs à se reconvertir, créer des emplois décents, permettre aux pays producteurs de minerais pour batteries de transformer sur place plutôt que d’exporter brut.
S’adapter, coopérer
Réduire les émissions ne suffira plus à effacer les impacts déjà là. Les inondations au Népal et en Chine l’ont encore montré. Avec un épisode El Niño intense attendu jusqu’à début 2027, les risques vont s’accentuer dans la Corne de l’Afrique, l’Amérique latine et les Caraïbes.
L’adaptation devient vitale : routes et logements plus résistants, agriculture résiliente, gestion de l’eau, systèmes d’alerte précoce. Et cela demande aussi de l’argent, surtout pour les plus vulnérables.
Enfin, aucun pays ne peut y arriver seul. Énergie, finance, technologie et chaînes d’approvisionnement dépassent les frontières. La coopération internationale, même dans un contexte géopolitique tendu, reste la seule voie.
Ce sont ces trois mots d’ordre, accélérer la transition, débloquer les financements, protéger les populations, qui seront au cœur du Sommet du 23 septembre à New York et des Dialogues sur les solutions consacrés à l’énergie, aux océans, au méthane et à l’industrialisation verte. L’heure n’est plus aux nouvelles promesses, mais à tenir celles déjà faites.
