Lors de sa dernière tournée dans les écoles de Cotonou avant la rentrée, le président de l’Association Nationale des Communes du Bénin (ANCB) a été impressionné par le pragmatisme de l’équipe d’encadrement d’une école primaire à Cotonou. Il souhaite désormais que ce sens des responsabilités fasse école dans tout le Bénin.

À quelques jours de la rentrée scolaire 2026-2027, trois salles de classe de l’EPP Mèdédjro, à Cotonou, risquaient de rester impraticables. Implantée dans un bas-fond, l’école faisait face à des remontées d’eau qui avaient rendu les locaux difficiles, voire impossibles, à utiliser. Les ingénieurs et techniciens avaient posé un diagnostic sans ambiguïté : une solution durable nécessitait des études, des travaux appropriés et surtout du temps. Mais sur le terrain, le calendrier scolaire, lui, n’attend pas.

C’est précisément dans cet espace entre l’urgence et le temps long que s’exprime le pragmatisme des acteurs de l’école.

Dès janvier 2025, le directeur du groupe C de l’école primaire publique de Mèdédjro, Germain Comlan AKAHNGA, avait refusé de considérer la situation comme une fatalité. Avec ses élèves et les moyens disponibles, il avait récupéré des pavés provenant d’un chantier et les avait installés sur un lit de sable. Une réponse simple, imparfaite et provisoire, mais suffisamment efficace pour permettre aux élèves de continuer à fréquenter leur salle de classe. Dix-huit mois plus tard, l’expérience avait fait ses preuves.

Lorsque la situation des trois autres salles s’est imposée à l’approche de la rentrée, cette solution née du terrain a donc été reprise. Les travaux engagés visent à mettre provisoirement les classes hors d’eau, en attendant le traitement structurel du problème prévu dans une seconde phase.

L’intérêt de cette histoire ne réside pourtant pas seulement dans quelques pavés posés sur du sable. Elle révèle une manière d’agir face aux difficultés : observer, expérimenter, évaluer, puis adapter. Sur le terrain, ceux qui vivent quotidiennement les problèmes développent une connaissance pratique que les dispositifs institutionnels ne doivent pas négliger.

Le pragmatisme des acteurs locaux ne saurait toutefois pas être ici synonyme de renoncement pour les autorités en charge de l’école. Dans une tribune paru ce lundi chez nos confrères du quotidien gouvernemental La Nation, le président de l’ANCB rappelle une distinction essentielle : répondre à l’urgence ne dispense pas de traiter les causes. Une solution transitoire ne doit pas devenir une norme de construction, pas plus que l’ingéniosité des communautés ne saurait justifier le sous-investissement public. Les pavés permettent de gagner du temps ; ils ne remplacent ni une infrastructure adaptée, ni sa maintenance, ni les investissements nécessaires.

C’est dans cette articulation entre intelligence locale et responsabilité institutionnelle que se trouve la véritable leçon de Mèdédjro. Les 77 communes du Bénin sont présentées comme autant de laboratoires où directeurs, enseignants, agents communaux, artisans, parents et communautés expérimentent chaque jour des réponses adaptées à leurs réalités.

L’enjeu, selon le président de l’ANCB, est désormais de faire circuler cette intelligence pratique : repérer les solutions, les documenter, vérifier leur sécurité, leur coût, leurs limites et leurs conditions de reproduction, puis permettre à d’autres territoires de s’en inspirer.

À Mèdédjro, quelques pavés n’ont évidemment pas réglé la vulnérabilité structurelle de l’école. Ils ont cependant permis de répondre à une urgence concrète. Surtout, ils illustrent une conviction forte : face aux difficultés, l’action publique gagne à écouter ceux qui sont déjà à l’œuvre. Car faire tenir l’école, c’est aussi savoir conjuguer la rigueur de l’expertise, la responsabilité des institutions et le pragmatisme de ceux qui, chaque jour, refusent que les obstacles aient le dernier mot.

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