Sur Medi1TV Afrique, le fondateur d’iYara a présenté une innovation béninoise qui veut simplifier l’accès aux soins grâce au numérique. Face aux défis persistants des systèmes de santé africains, Martial Batcho défend une approche pragmatique : connecter patients, professionnels et acteurs de santé pour rendre le parcours de soins plus simple, plus rapide et plus accessible. Une ambition qui mérite désormais d’être accompagnée pour franchir un nouveau cap.
Le vendredi 4 septembre 2026, l’émission Medi Up de Medi1TV Afrique, une télévision internationale marocaine, a consacré un numéro à iYara, sous le titre évocateur « iYara ou la santé à portée de clic ». Face à l’animateur, Martial Batcho, fondateur de cette plateforme béninoise de santé numérique, a présenté les origines, le fonctionnement et les ambitions d’une solution conçue pour répondre à une difficulté très concrète : rapprocher les soins des populations.
À ses côtés, Ameline Silmont, professionnelle de santé et fondatrice d’AGOJIE, a apporté un regard complémentaire sur les conditions nécessaires pour qu’une innovation numérique ne reste pas une simple application, mais puisse réellement contribuer à l’évolution des systèmes de soins.
Partir d’un problème concret : accéder au bon soin au bon moment
Dans de nombreux contextes africains, le parcours de soins demeure complexe. Distance avec les structures médicales, disponibilité limitée de certains professionnels, difficultés d’orientation, délais, manque d’information ou encore accès inégal aux pharmacies peuvent retarder la prise en charge.
C’est sur cette réalité que Martial Batcho a construit iYara. Lancée au Bénin, la plateforme entend utiliser le numérique pour réduire certaines de ces barrières et rapprocher les différents acteurs du parcours de soins.
L’idée est moins de créer une médecine parallèle que de faciliter la mise en relation et la continuité du parcours. Le patient peut accéder à des services numériques, rechercher un professionnel, effectuer une téléconsultation et bénéficier d’un accompagnement qui doit progressivement relier consultation, prescription, pharmacie et suivi.
Cette approche s’inscrit dans une logique déjà revendiquée par le fondateur : construire une solution depuis l’Afrique et pour les réalités africaines. Lors d’une précédente présentation, Martial Batcho expliquait que l’infrastructure d’iYara avait été pensée pour supporter jusqu’à 10 000 utilisateurs mensuels et 1 000 consultations quotidiennes.
Une technologie au service d’un parcours de soins intégré
La force d’iYara réside dans cette volonté de ne pas réduire la e-santé à la seule téléconsultation. La plateforme cherche à connecter plusieurs maillons : patients, médecins et pharmacies.
Cette architecture permet d’imaginer un parcours plus fluide : trouver un professionnel, prendre rendez-vous, consulter à distance lorsque la situation s’y prête, recevoir une prescription et poursuivre le parcours avec les acteurs concernés.
L’intelligence artificielle peut également intervenir comme outil d’assistance et d’orientation. Mais l’enjeu essentiel demeure la place du professionnel de santé. Une technologie peut aider à organiser l’information ou faciliter l’accès ; elle ne doit pas se substituer au diagnostic et à la décision médicale.
C’est précisément là que l’intervention d’Ameline Silmont prend toute son importance. Fondatrice d’AGOJIE, spécialisée dans le conseil en projets de santé à impact, elle apporte une lecture professionnelle indispensable : pour produire un impact durable, une innovation doit s’intégrer aux réalités organisationnelles, aux pratiques des soignants et aux besoins des patients.
Autrement dit, le défi n’est pas seulement de faire fonctionner une plateforme, mais de la faire fonctionner dans un système de santé réel.
Féliciter, soutenir et maintenant changer d’échelle
Le passage de Martial Batcho sur Medi1TV constitue une reconnaissance intéressante pour une innovation née au Bénin. Il permet aussi de rappeler une réalité : les entrepreneurs africains de la tech et de la santé ont besoin de visibilité, mais surtout de partenaires capables de les accompagner au-delà de la phase de lancement.
iYara dispose déjà d’une première base opérationnelle. Son fondateur avait annoncé un réseau de plusieurs professionnels de santé et pharmacies partenaires.
La prochaine étape consiste désormais à démontrer que cette architecture peut être consolidée, financée et reproduite dans d’autres environnements.
Le passage à l’échelle exigera des investissements, des partenariats avec les professionnels et établissements de santé, les pharmacies, les assureurs et les institutions publiques. Il faudra aussi adapter la solution aux réglementations, aux infrastructures numériques et aux pratiques propres à chaque pays.
C’est pourquoi Martial Batcho mérite d’être félicité pour le chemin parcouru, mais aussi encouragé et soutenu pour aller encore plus loin. Une innovation de santé ne change pas durablement les choses uniquement parce qu’elle est technologiquement intéressante. Elle y parvient lorsqu’elle atteint suffisamment d’utilisateurs, s’intègre aux systèmes existants, démontre son impact et peut être déployée à grande échelle.
Le regard croisé proposé par Medi Up résume finalement l’exigence du journalisme de solutions : partir d’un problème réel, comprendre ses causes, examiner la réponse apportée, observer ses premiers résultats et interroger honnêtement ses conditions de réussite.
Avec iYara, Martial Batcho porte une ambition qui dépasse la création d’une application. Il cherche à contribuer à une nouvelle manière d’organiser l’accès aux soins. Le potentiel est là. Il appartient désormais à l’écosystème – investisseurs, institutions, professionnels de santé, partenaires technologiques et acteurs publics – de créer les conditions permettant à cette solution béninoise de franchir un nouveau seuil et de démontrer sa capacité à servir, au-delà du Bénin, les besoins de millions d’Africains.



