Le refus d’être examiné ou pris en charge par un professionnel de santé du sexe opposé est une réalité, même si elle demeure relativement peu fréquente au Bénin. Des médecins de différentes spécialités partagent leurs expériences et expliquent comment ils gèrent ces cas délicats.

Motivées par la pudeur, les convictions religieuses, les croyances, les exigences du conjoint ou encore le besoin de préserver son intimité, ces situations placent parfois les soignants face à un dilemme : respecter le choix du patient tout en garantissant la continuité des soins. Pour le Dr Olivier Sambiéni, gynécologue-obstétricien, ce type de situation n’a rien d’exceptionnel.

Il affirme y avoir été confronté aussi bien au Bénin qu’en France. Sa ligne de conduite est claire : ne jamais exercer de pression sur une patiente. « Je prends juste acte et je laisse la patiente repartir. Pas de pression pour amener une patiente à changer d’avis. Si, après être repartie, elle change d’avis d’elle-même, je suis toujours prêt à la recevoir». Une approche fondée sur le respect de l’autonomie du patient, sans remettre en cause sa liberté de choix.

Comprendre sans juger

Même constat chez le Dr Fadel Souroukou, gastroentérologue. S’il reconnaît avoir été surpris lors de sa première expérience, son regard a évolué avec le temps. « La première fois, j’ai trouvé ça stupide. Mais par la suite, j’ai compris que chaque patient a ses croyances qu’il faut respecter ». Selon lui, la situation la plus fréquente concerne des hommes qui souhaitent que leur épouse soit suivie par une gynécologue plutôt que par un gynécologue.

Pour le médecin, l’essentiel est d’éviter tout jugement : « Le soignant doit tout faire pour ne pas juger ». Lorsque la situation ne présente pas de caractère urgent, poursuit-il, il transfère simplement le dossier à une collègue. En revanche, il souligne que « dans les situations où il y a urgence vitale, la question du sexe du soignant ne se pose jamais ».

Un phénomène devenu plus rare

Le Dr Elisée Kinkpé, médecin de santé publique spécialisé en promotion de la santé, estime que ce phénomène est aujourd’hui moins courant qu’autrefois. Selon lui, les réticences provenaient surtout, par le passé, de femmes vivant dans des zones reculées qui hésitaient à se faire examiner par des prestataires masculins. Avec l’augmentation du nombre de professionnels de santé des deux sexes, ces situations seraient devenues plus rares.

Il rappelle néanmoins que le droit du patient demeure une priorité. « Si l’effectif le permet, on répond à la requête du patient. Les droits du patient obligent les prestataires à cela ». Toutefois, en cas d’urgence mettant la vie en danger, le devoir de sauver le patient peut conduire le professionnel à intervenir, idéalement avec l’accord d’un proche lorsque cela est possible.

Entre frustration et compréhension

Le Dr Uriel Dassoundo, diabétologue et cancérologue, indique avoir été confronté à plusieurs reprises à ces refus, notamment lors de consultations en Santé sexuelle et reproductive. Certaines femmes préfèrent être suivies par une femme, soit par pudeur, soit à la demande d’un conjoint jaloux, soit pour préserver leur intimité.

Il reconnaît que cette situation peut être difficile à vivre pour certains médecins. « Le médecin peut se dire que c’est un manque de confiance, qu’on le trouve incompétent ou que c’est un manque de respect envers sa personne et son métier. Il peut être frustré, surtout s’il n’a pas une certaine ancienneté dans le domaine ». Avec l’expérience, beaucoup finissent toutefois par accepter ces choix. « Chaque patient a le droit de se faire consulter par qui il veut. »

Le droit du patient, avec des limites

Les témoignages des praticiens convergent vers une même conclusion : lorsqu’aucune urgence ne l’empêche, le professionnel de santé respecte le souhait du patient et, si possible, l’oriente vers un confrère ou une consœur. En revanche, lorsque le pronostic vital est engagé, la priorité reste de sauver la vie. Dans ces circonstances exceptionnelles, le sexe du soignant passe au second plan.

Au-delà des préférences personnelles, ces situations rappellent que la relation de soins repose avant tout sur la confiance, le respect mutuel et le dialogue. Si le patient est libre d’exprimer ses préférences, le soignant, lui, est appelé à les accueillir avec professionnalisme, sans jugement, tout en veillant à ce que ce choix ne compromette jamais la qualité ni la rapidité de la prise en charge.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE

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