Dans les quartiers de Banikanni, à Parakou, emprunter certaines rues relève parfois du parcours du combattant. Entre ouvrages d’assainissement laissés à découvert, dalles manquantes et fossés dégradés, les usagers circulent avec appréhension. Face à une situation qui perdure depuis plusieurs années, les interrogations se multiplient et les critiques se font de plus en plus entendre.
« La route du développement passe par le développement de la route », dit-ont. À Banikanni, cette formule semble pourtant loin de la réalité vécue par les riverains. Malgré quelques aménagements réalisés, plusieurs axes demeurent marqués par des ouvrages inachevés ou détériorés, exposant quotidiennement les piétons, motocyclistes et automobilistes à des risques d’accident.
Sur le tronçon CEG Hubert Maga-Rose Croix, Prosper Sounoukini, piéton, ne cache pas son inquiétude. « Ce n’est pas la peine. J’imagine un étranger qui prend par ici la nuit », déplore-t-il. À ses yeux, cette voie n’est réellement praticable que pour les habitués des lieux. Les visiteurs ou toute personne qui ne maîtrise pas le trajet s’exposent facilement à un accident, surtout après la tombée de la nuit.
À quelques mètres de là, Ibrahim Raïmi, commerçant spécialisé dans la vente d’accessoires de téléphones portables, décrit les conséquences des fortes pluies sur son activité, notamment en raison de l’état des caniveaux. « À chaque fois qu’il pleut beaucoup, surtout lors de ces fortes pluies qui ont marqué le début de cette saison avec leurs dégâts à Parakou, les eaux de ruissellement remplissent les caniveaux, si bien qu’on ne sait pas où mettre les pieds pour éviter les endroits non fermés. D’autres sont tombés dedans. L’eau emprunte les caniveaux pour entrer dans les boutiques. Il faut que la mairie répare rapidement ces caniveaux avant le pire », explique-t-il.
Le chef du quartier Banikanni 3, Toïbou Mouhamed Lawani, rencontré suite à un rendez-vous, reconnaît également la gravité de la situation. Selon lui, plusieurs accidents sont directement liés à l’état de ces ouvrages. « Les enfants à pied tombent dans les caniveaux », rapporte-t-il.
Il dénonce également les comportements de certains riverains qui aggravent la situation, tout en évoquant les actions entreprises pour favoriser la fermeture des caniveaux. « Les bonnes dames continuent de verser des ordures pour boucher les caniveaux, malgré la mise en place des machines qui ramassent gratuitement les déchets. Nous sollicitons constamment l’aide de la mairie pour la réparation de ces caniveaux. Quelques-uns sont déjà fermés, mais il en reste encore. Nous espérons qu’ils vont nous aider pour la suite. Même actuellement, nous sommes dans le processus de rappeler encore cela à la mairie», relate-t-il.
Cet incivisme ne facilite pas non plus le travail des agents de la Société de gestion des déchets et de la salubrité (SGDS). Un agent de la structure, ayant requis l’anonymat, regrette que ces ouvrages servent régulièrement de dépotoirs sauvages. « Les caniveaux ouverts, devenus des lieux de dépôt de débris de nourriture, de sachets plastiques et autres déchets, nous compliquent le travail », déplore-t-il.
Il tient toutefois à préciser : « Pour les caniveaux que nous ouvrons, nous prenons toujours soin de les fermer après évacuation. » Cette précision permet ainsi de distinguer les interventions ponctuelles de la SGDS des ouvrages durablement laissés ouverts ou dégradés.
Le chef du quartier Banikanni 2, Zourkanel Boukari, a également livré son analyse. Selon lui, certains habitants contribuent eux-mêmes à la détérioration des infrastructures en les utilisant comme fosses septiques ou en y raccordant les eaux usées de leurs habitations. « Les gens percent les caniveaux et orientent les eaux de douche dedans. Nous sommes en train de mener les démarches nécessaires aux côtés des autorités pour que ces anciens caniveaux, qui sont ouverts depuis longtemps, soient fermés », confie-t-il.
À Banikanni 1, 2 et 3, l’état de ces ouvrages d’assainissement constitue aujourd’hui une véritable menace pour la sécurité des usagers et des riverains. Si certains tronçons ont déjà bénéficié de travaux de réhabilitation, de nombreuses portions restent exposées aux risques. Les chefs de quartier et les populations appellent la mairie de Parakou à accélérer les interventions afin d’apporter une solution durable à ce problème qui continue de mettre des vies en danger.
Alawodé GBAGUIDI (Stg)



