Chaque jour, la place Bio Guerra à Parakou devient le point de ralliement de dizaines de jeunes. Ils viennent y discuter, rire et passer du temps ensemble. Mais à la tombée de la nuit, l’espace est avalé par l’obscurité. Sur toute la place, seuls deux lampadaires sont allumés et éclairent quelques mètres. Le reste est plongé dans le noir. Une situation qui inquiète les habitués, nourrit l’insécurité et trahit la mémoire du nom que porte ce lieu.

À Parakou, la place Bio Guerra n’est pas un simple carrefour où l’on passe du bon temps. C’est un lieu de distraction, un repère pour des dizaines de jeunes qui viennent chaque jour discuter, rire et se retrouver. Mais à la tombée de la nuit, ce qui devrait rester un espace ouvert et rassurant devient une zone avalée par l’obscurité. Ce changement brutal ne se limite pas à une gêne visuelle ; il modifie la manière dont les gens se sentent, dont ils circulent et dont ils se protègent. L’éclairage n’est donc pas un détail technique, c’est une condition de dignité, de confiance et de cohésion sociale. C’est exactement ce que résument les premiers concernés, ceux qui fréquentent la place et qui observent la réalité avec leurs propres yeux. « Le soir, on se retrouve mais avec un peu plus de prudence. On marche comme si on cherchait notre chemin à l’aveugle, et on finit par vouloir partir plus vite », raconte Ingrid Chaffa une visiteuse du lieu. Son témoignage montre que l’insécurité ne naît pas seulement des actes visibles ; elle commence quand on ne peut plus voir clairement, quand on ne peut plus repérer, quand on ne peut plus anticiper. La lumière joue alors un rôle de protection psychologique et sociale, parce qu’elle rend les mouvements des uns et des autres lisibles, donc plus faciles à dissimuler.

Ce problème touche aussi une dimension symbolique essentielle, parce que la place Bio Guerra porte un nom qui raconte une histoire. Quand l’espace qui porte ce nom se noie dans le noir, on ne perd pas seulement de la lumière : on affaiblit le respect dû à la mémoire qu’il représente. Une visiteuse du lieu du nom de Zénab Isserma  le dit avec une clarté : « Les gens ne comprennent pas toujours que les lieux ont une âme. Si on laisse la place dans l’obscurité, on laisse aussi l’idée qu’on peut effacer ce que le nom rappelle. » Son témoignage fait ressortir une vérité : la mémoire n’existe pas uniquement dans les discours, elle se vit aussi dans l’environnement. Elle a besoin de cadre, d’entretien, de visibilité, de dignité. Sans cela, l’histoire devient une intention fragile, facilement oubliée au profit de l’indifférence.

La dimension mémorielle ajoute une couche d’amertume à ce  déficit d’éclairage. Bio Guerra, dont la place porte le nom, n’est pas une figure anodine. « Nommer un lieu, c’est graver un souvenir. Mais quand on laisse ce lieu dans le noir, quel message envoie-t-on sur la valeur qu’on accorde à cette mémoire. Je n’ose pas dire que les autorités municipales méconnaissent l’histoire de ce résistant. Malheureusement, c’est l’impression que nous avons. C’est comme si on disait aux jeunes que leur histoire, leur espace de vie, ne mérite pas qu’on y veille», a fait savoir Habib Jordi Yacoubou, professeur d’histoire.

Rétablir l’éclairage complet, assurer l’entretien et rendre visible la volonté de protéger les gens et de respecter la mémoire est une question de volonté. Car tant que cette lumière fera défaut, c’est la mémoire de toute une communauté ainsi que leur  sécurité qui continuera de vaciller dans l’obscurité.

Lys Ledestin KADA ( Stg)

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici