Il se passe quelque chose de révélateur sur nos routes dès qu’un usager aperçoit un agent de police en uniforme. Le motocycliste qui roulait à contresens reprend soudainement sa file. Le conducteur qui grillait les feux rouges s’arrête sagement. Le tokpa-tokpa en défaut d’assurance ralentit. Et dès que l’agent a tourné le dos ou disparu de vue, tout recommence comme si de rien n’était.

Le phénomène est tout aussi frappant sur les axes où la Police Républicaine effectue des contrôles radar pour excès de vitesse. Alertés par d’autres conducteurs, par des appels téléphoniques ou simplement par la vue des dispositifs installés en bord de route, les automobilistes ralentissent ostensiblement à l’approche du contrôle, le temps de passer sans être verbalisés, puis accélèrent de nouveau dès qu’ils sont hors de portée. La règle n’est pas respectée. Elle est contournée. Ce n’est pas la même chose.

Ce comportement dit tout. Il dit que nos usagers connaissent les règles. Ils savent ce qu’ils font est interdit. Ils choisissent délibérément de ne les respecter que lorsqu’ils risquent d’être pris. Cette réalité appelle une réponse claire : rendre le risque d’être pris permanent, imprévisible et inévitable.

Un constat que nous ne pouvons plus ignorer

Le Ministre chargé de l’Intérieur et de la Sécurité Publique a publié, le 10 juillet 2026, un communiqué rappelant aux usagers l’obligation de circuler à droite, et annonçant que la police serait mobilisée pour faire respecter cette règle. C’est une initiative que l’on ne peut que saluer. Mais elle pose immédiatement une question : pourquoi faut-il un communiqué ministériel pour rappeler une règle aussi élémentaire du code de la route ? Et surtout, comment s’assurer que son application ne se limite pas à quelques jours de contrôles visibles avant que les vieilles habitudes ne reprennent le dessus ?

La réponse n’est pas dans des opérations ponctuelles. Elle est dans la création d’une structure permanente, spécialisée et redoutable : une brigade spéciale de répression des infractions routières.

Ce qu’est cette brigade et comment elle fonctionne

Cette brigade n’est pas une énième réorganisation de la police de la circulation. C’est une unité d’élite, recrutée parmi les meilleurs éléments de la police républicaine, sélectionnée sur des critères rigoureux d’intégrité et de compétence, et formée de façon approfondie sur l’ensemble du code de la route. Pas seulement ses grandes lignes, mais ses moindres dispositions.

Son principe de fonctionnement repose sur un élément stratégique fondamental : l’invisibilité. Ses agents circulent en civil, à bord de véhicules banalisés que rien ne distingue des voitures ordinaires. L’automobiliste ou le motocycliste à côté de vous sur l’avenue peut être un agent. Le piéton qui attend de traverser peut en être un autre ou encore le passager à bord d’un bus ou d’un taxi. Cette incertitude permanente produit l’effet le plus puissant qui soit en matière de répression : obliger chaque usager à respecter la loi en tout temps et en tout lieu, non pas parce qu’il voit un policier, mais parce qu’il ne sait pas où il se trouve.

Cette brigade applique la loi. Strictement la loi. Des amendes revues à la hausse avec des montants dissuasifs à payer sans aucune négociation, aucun arrangement, aucune exception. Chaque infraction constatée est verbalisée, enregistrée et sanctionnée selon les textes en vigueur. Elle dispose du pouvoir d’immobiliser sur-le-champ tout véhicule jugé dangereux et de le faire conduire en fourrière. Elle vérifie également la conformité réelle des véhicules : contrôle technique, assurance, immatriculation au-delà du simple document présenté.

SECUROUTE : l’outil qu’attendait cette brigade

Le Bénin dispose depuis novembre 2023 d’un atout technologique majeur que cette brigade doit s’approprier pleinement : la plateforme SECUROUTE. Lancée par l’Agence Nationale des Transports Terrestres, cette plateforme centralise l’ensemble des informations relatives aux véhicules immatriculés au Bénin : conformité du contrôle technique, validité de l’assurance, paiement de la TVM, historique des contraventions. Elle permet déjà la verbalisation et le paiement des amendes en ligne par mobile money.

Couplée à une application mobile dédiée aux agents de la brigade, SECUROUTE devient un instrument de contrôle redoutablement efficace. En quelques secondes, lors d’un contrôle, l’agent accède à l’historique complet du véhicule et du conducteur. Un véhicule dont la vignette SECUROUTE affiche un contrôle technique expiré, une assurance caduque ou des contraventions impayées est immédiatement identifié. S’il est constaté une nouvelle infraction, celle-ci est enregistrée en temps réel dans le système.

Cette traçabilité numérique complète produit un autre bénéfice considérable : des statistiques fiables. Combien d’infractions par type, par zone, par heure, par catégorie de véhicule ? Ces données, aujourd’hui introuvables, permettraient de cartographier précisément les comportements dangereux, d’identifier les axes les plus accidentogènes et d’orienter les actions de prévention là où elles sont le plus nécessaires. On ne combat efficacement que ce que l’on mesure.

Un appel direct au Ministre de l’Intérieur

Monsieur le Ministre, votre communiqué récent sur la circulation à droite est le signe d’une conscience aiguë des problèmes qui gangrènent notre sécurité routière. Nous vous en remercions. Mais la conscience du problème sans la structure pour le traiter durablement ne produit que des effets éphémères.

La création d’une brigade spéciale de répression des infractions routières relève directement de votre autorité. C’est vous qui disposez des leviers pour la constituer, la former, l’équiper et lui donner les pouvoirs nécessaires à l’accomplissement de sa mission. C’est vous qui pouvez décider que la tolérance zéro sur nos routes n’est pas un slogan mais une réalité quotidienne.

Nos routes tuent. Nos routes mutilent. Nos routes tolèrent des comportements que plus aucun pays soucieux de la vie de ses citoyens n’accepte. Cette brigade ne résoudra pas tout. La formation des conducteurs, la qualité des infrastructures, l’état des véhicules, les faibles amendes sont des chantiers parallèles indispensables. Mais elle enverrait un signal fort et immédiat : l’incivisme sur nos routes a un coût, ce coût sera systématiquement appliqué, et personne n’y échappera.

Le Bénin a la plateforme technologique. Il a les hommes. Il lui manque la décision politique. Monsieur le Ministre, cette décision vous appartient.

Prochain sujet : signalisation horizontale au Bénin : quand le marquage au sol s’efface, c’est la sécurité qui disparait.

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