Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a été désigné dimanche président en exercice de la Cedeao à l’issue de la 69e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement tenue à Lungi, en Sierra Léone. Il succède à son homologue sierra-léonais Julius Maada Bio qui a officiellement passé le relais après un mandat d’un an.
Le nouveau président de la Conférence hérite d’une organisation à géométrie variable. Depuis le retrait en janvier 2024 du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la Cedeao a perdu une partie importante de son espace sahélien et plus de 72 millions d’habitants. Dans ce contexte, la priorité affichée par Dakar est celle de la réconciliation. Durant la campagne, Bassirou Diomaye Faye a martelé la nécessité de bâtir une Cedeao des peuples plutôt qu’une Cedeao de sanctions. Son profil de juriste et son image de nouveau dirigeant sont présentés comme des atouts pour rouvrir le dialogue avec l’Alliance des Etats du Sahel.
La sécurité demeure l’autre grande urgence. Avec plus de 10 000 morts enregistrés en 2025 dans le Sahel, le terrorisme, les prises de pouvoir par la force et la piraterie dans le Golfe de Guinée continuent de menacer la stabilité régionale. La mandature sénégalaise devra donc relancer la Force en attente de la Cedeao et renforcer la coopération en matière de renseignement entre les douze Etats membres restants. Sur le plan économique, le dossier de la monnaie unique, l’Eco, reste en suspens. Le président Faye est attendu sur l’accélération de l’intégration commerciale, la libre circulation et la mobilisation de financements pour les grands projets d’infrastructures énergétiques et numériques.
Des défis diplomatiques et institutionnels
La tâche qui attend le président sénégalais s’annonce ardue. Le premier défi concerne sa capacité à être entendu par les régimes militaires de l’Aes. Issu d’un parti panafricaniste et arrivé au pouvoir sur une promesse de rupture, Bassirou Diomaye Faye devra démontrer son indépendance et éviter toute perception de l’alignement avec les anciennes puissances. Le second défi est interne à l’organisation. La Cedeao est en pleine crise de légitimité. Plusieurs Etats réclament une réforme en profondeur, avec moins de sanctions automatiques et plus de respect du principe de subsidiarité. Le Sénégal devra porter ce chantier délicat sans provoquer de nouvelles fractures.
Enfin, le président Faye devra concilier ses responsabilités régionales avec les attentes fortes au plan national. Elu il y a un peu plus d’un an, il est attendu à Dakar sur les questions de bonne gouvernance, d’emploi des jeunes et de souveraineté. L’exercice de la présidence tournante de la Cedeao, très prenante, va mettre à l’épreuve sa capacité à tenir les deux fronts.
Quelles perspectives pour un an de mandat ?
Malgré les obstacles, la présidence sénégalaise ouvre des pistes. Sur le plan diplomatique, Dakar pourrait initier une commission de réconciliation et de médiation avec l’Aes en vue d’un retour progressif, même sous une forme d’association. Sur le plan économique, le Sénégal peut s’appuyer sur ses atouts portuaires, énergétiques et géographiques pour donner un nouvel élan à l’intégration. Les attentes portent notamment sur la relance du Fonds de la Cedeao dédié aux jeunes et aux femmes ainsi que sur l’accélération du marché commun numérique.
Sur le plan des valeurs, le président Faye pourrait imprimer sa marque en plaidant pour un renforcement du pacte démocratique au sein de l’espace communautaire. La lutte contre la corruption et la promotion de la bonne gouvernance, thèmes centraux de son élection au Sénégal, pourraient devenir le fil conducteur de son action à la tête de la Conférence.
Thomas AZANMASSO



