Une semaine. Il aura fallu à peine une semaine à Romuald Wadagni, investi le 24 mai 2026, pour prendre la route. Non pas celle des capitales lointaines et prestigieuses, mais celle du voisinage immédiat, ce cercle rapproché de nations avec lesquelles le Bénin partage une frontière, une monnaie, une histoire et, souvent, des malentendus. Dès le 1er juin, le nouveau chef de l’État s’envolait pour Abuja. Le lendemain, cap sur Niamey et Ouagadougou. Le surlendemain, Lomé et Abidjan. Puis, dans un deuxième mouvement, Dakar, Bamako et Bissau. En quelques jours, le président béninois avait bouclé un tour d’horizon régional que peu de dirigeants entreprennent avec une telle célérité.

Commencer par le plus proche

Le choix de la géographie est un message politique. Là où d’autres nouveaux dirigeants réservent leur première sortie officielle à l’ancienne métropole ou à un grand partenaire international, Wadagni a inversé l’ordre des priorités. Le voisinage d’abord. Le Nigeria, poumon économique de la sous-région ; le Niger et le Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel ; le Togo et la Côte d’Ivoire, partenaires de corridor ; puis les capitales de l’UEMOA, ces États qui partagent le franc CFA et la BCEAO.

Ce n’est pas une tournée de courtoisie, c’est une entreprise de réparation. Les relations entre Cotonou et Niamey étaient restées tendues jusqu’à la passation de pouvoir. En faisant du Niger sa première étape francophone, Wadagni a posé un geste que les observateurs n’ont pas manqué de relever.

Non pas se faire craindre, mais apaiser

C’est ici que se dessine la singularité de la démarche. Le président béninois ne s’est pas déplacé pour rassurer sur sa fermeté ni pour marquer un territoire. Il est allé chercher l’apaisement là où d’autres auraient cultivé la distance. Dans une région fracturée par les recompositions politiques, où la CEDEAO et l’AES s’observent en chiens de faïence, le Bénin a choisi de se poser en pont plutôt qu’en camp.

« Travailler au dégel avec son voisin de l’hinterland, c’est faire montre de clairvoyance et de réalisme », observait la presse burkinabè au lendemain de l’étape nigérienne. À Niamey comme à Ouagadougou, les accueils réservés au président béninois ont été chaleureux, signe qu’un fil rompu peut se renouer quand on prend soin d’aller tendre la main soi-même.

L’enjeu dépasse la diplomatie des symboles. Le port de Cotonou, poumon commercial du pays, dépend de la fluidité des échanges avec l’arrière-pays sahélien. Apaiser les voisins, c’est aussi défendre une économie. La générosité du geste et le calcul de l’intérêt national avancent ici du même pas.

Puis l’Europe, mais toute l’Europe

Restait l’étape européenne, et c’est là que la méthode Wadagni révèle sa cohérence la plus profonde. Le 24 juin 2026, pour son tout premier déplacement sur le continent européen, le président béninois ne s’est rendu ni à Paris, réflexe des francophones, ni à Londres, tropisme des anglophones. Il a choisi Bruxelles. C’est-à-dire l’Union européenne dans son ensemble, ses vingt-sept nations réunies, plutôt qu’une capitale unique et une relation exclusive.

Au siège du Conseil européen, il a été reçu par António Costa ; à la Commission, par Ursula von der Leyen. Trois axes de coopération en sont sortis : transformation économique et industrialisation autour du port de Cotonou, développement territorial et sécurité dans le nord du pays, financement d’infrastructures durables. « Le Bénin est un partenaire clé de l’Union européenne en Afrique de l’Ouest », a salué la présidente de la Commission.

Le choix de Bruxelles n’est pas anodin. C’est la traduction diplomatique d’une conviction : le Bénin ne parle pas à une ancienne tutelle, il parle à un bloc entier, d’égal à égal.

Une doctrine du mouvement

Alors, qu’est-ce qui fait courir Wadagni ? Ni l’agitation, ni la conquête. Une conception exigeante de la place du Bénin dans le monde : proche de ses voisins qu’il apaise, ouvert aux grands ensembles auxquels il parle sans intermédiaire. Le mouvement, chez lui, n’est pas dispersion. C’est une méthode.

M.M

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