Armoires à intrants, check-lists, monitoring quotidien jusqu’au dernier dispensaire : enquête sur la mécanique de suivi qui veille, jour après jour, à ce que la promesse ne reste pas lettre morte.

Une mesure ne vaut que par son exécution. Annoncer la prise en charge gratuite et immédiate des urgences vitales était une chose ; la rendre effective, partout, à toute heure, jusqu’au poste de santé le plus reculé, en est une autre. C’est à cette seconde bataille, moins visible mais décisive, que s’attellent les autorités sanitaires béninoises depuis l’entrée en vigueur du dispositif.

Sur le terrain, la traçabilité est devenue le maître-mot. Dans les services d’urgence, les armoires garnies d’intrants ne sont pas de simples réserves : elles sont encadrées par des outils de gestion stricts. Au Centre hospitalier départemental du Zou, le directeur, Dr Carlos Eny, décrit un système conçu pour ne jamais tomber en panne. « Nous disposons d’une check-list pour assurer le suivi du stock de ces médicaments en vue d’organiser le renouvellement des intrants et éviter toute pénurie pouvant entraver la prise en charge. Nous avons mis en place des supports pour assurer la traçabilité de ces intrants et nous responsabilisons davantage le personnel pour implémenter la mesure de façon rigoureuse », explique-t-il.

Un suivi qui part du sommet

Mais le contrôle ne s’arrête pas aux murs de l’hôpital. Depuis le conseil des ministres du premier mercredi de juin, un suivi périodique est assuré par le ministre de la Santé lui-même, en ligne comme en présentiel, auprès de tous les acteurs de la pyramide sanitaire. Ces réunions fréquentes poursuivent un double objectif : vérifier que la mesure est bel et bien appliquée, et recueillir les doléances pour les résoudre au fil de l’eau.

En parallèle, les collaborateurs directs de l’autorité parcourent monts et vallées. Leur mission : s’assurer, formation sanitaire après formation sanitaire, que le dispositif fonctionne, et apporter sur place les corrections qui s’imposent. Rien ne doit échapper à la vigilance, ni les forces du système, ni ses points de fragilité.

« Chaque jour, on monitore »

Pour le conseiller technique du ministre de la Santé à la médecine hospitalière, Dr Ange Dossou, le suivi n’a rien d’épisodique : il est permanent. « Nous avons mis en place un mécanisme de suivi où chaque jour on monitore avec les responsables des hôpitaux, les activités journalières pour voir les forces, les faiblesses et les défis à relever. Ce mécanisme est en place et suit les soins jusqu’au niveau sanitaire le plus périphérique », assure-t-il.

C’est là, peut-être, que se joue la crédibilité de toute la réforme. Une armoire bien remplie à Cotonou ne sert à rien si le dispensaire de brousse reste à sec. En poussant le monitoring jusqu’à la dernière maille du réseau, les autorités font le pari que la gratuité des urgences ne sera pas une faveur réservée aux grandes villes, mais un droit également garanti sur tout le territoire.

La vigilance comme condition de survie

Après quelques jours seulement de mise en œuvre, le tableau d’ensemble est encourageant, mais nul ne crie victoire. Les acteurs le savent : une mesure de cette ampleur se gagne dans la durée, au prix d’un contrôle sans relâche des stocks, des pratiques et des écarts. Les armoires devront rester pleines, les check-lists tenues, les réunions maintenues. À ce prix seulement, la promesse faite aux Béninois, celle d’être soignés sans jamais avoir à payer pour survivre, tiendra l’épreuve du temps.

M.M

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