L’atelier consacré à l’élaboration du Cadre d’orientation curriculaire national, ouvert le 22 juin 2026 à Cotonou, marque une nouvelle étape dans la réforme du système éducatif béninois. Au-delà des considérations techniques, une question fondamentale mérite toutefois d’être posée : l’école forme-t-elle aujourd’hui les apprenants pour réussir leur vie ou simplement pour franchir les différentes étapes du cursus scolaire ?

Depuis plusieurs décennies, l’enseignement est largement structuré autour d’un modèle unique où tous les élèves suivent sensiblement le même parcours, apprennent les mêmes matières au même rythme et sont évalués selon des critères identiques. Cette approche a certes permis de démocratiser l’accès au savoir, mais elle montre aujourd’hui ses limites dans un monde où les talents, les aspirations et les compétences recherchées sont de plus en plus diversifiés.

Combien d’élèves découvrent seulement à l’université, voire après leurs études, qu’ils ont passé des années dans une filière qui ne correspond ni à leurs aptitudes ni à leurs passions ? Combien de talents artistiques, techniques, artisanaux ou entrepreneuriaux demeurent inexploités parce que le système privilégie certains profils au détriment d’autres ?

L’une des grandes révolutions que pourrait porter le futur Cadre d’orientation curriculaire serait justement de replacer l’apprenant au centre du système éducatif. Non plus comme un simple récepteur de connaissances, mais comme un individu doté de prédispositions, de talents et de potentialités qu’il convient d’identifier et de développer dès les premières années de scolarisation.

Cela ne signifie pas qu’un enfant devrait choisir définitivement son métier à l’âge de dix ans. L’école doit continuer à lui transmettre un socle commun de connaissances essentielles. Mais elle pourrait parallèlement mettre en place des mécanismes permettant de détecter progressivement ses centres d’intérêt, ses aptitudes naturelles et ses domaines d’excellence. Dans cette perspective, l’orientation ne serait plus un choix tardif imposé à l’entrée de l’université, mais un processus continu d’accompagnement permettant à chaque apprenant de construire progressivement son projet de vie.

À l’heure où le Bénin réfléchit à l’avenir de son système éducatif, le véritable défi n’est peut-être pas seulement de revoir les programmes. Il est de bâtir une école capable de révéler les talents, de valoriser toutes les formes d’intelligence et de permettre à chaque enfant d’apprendre non seulement ce qu’il doit savoir, mais aussi ce pour quoi il est naturellement appelé.

Car au fond, la question essentielle demeure : voulons-nous continuer à former des élèves pour obtenir des diplômes, ou voulons-nous former des citoyens épanouis, compétents et pleinement alignés avec leurs talents ? Le défi n’est plus seulement de revoir les programmes, mais de révéler les talents.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE

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