Par Ousman HASSAN, cadre des travaux publics, consultant indépendant en ingénierie, voirie et réseaux divers, éleveur et agripreneur.

Vous avez tous vécu cette scène. Vous roulez sur un axe que vous connaissez, et soudain, sans avertissement préalable, la chaussée rétrécit. Des ouvriers travaillent à quelques mètres de votre véhicule. Quelques cônes éparpillés, un homme qui agite les bras, voilà tout le dispositif de sécurité visible. Vous freinez, vous évitez, vous passez. Et vous reprenez votre route, un peu secoué.

Cette scène est devenue si commune sur nos chantiers qu’elle ne surprend plus personne. C’est précisément ce qui devrait nous inquiéter.

Je suis cadre des Travaux Publics avec plus de vingt ans d’expérience sur des chantiers d’infrastructure. J’ai travaillé en France sur des projets où la signalisation temporaire et la protection des usagers sont des composantes à part entière de l’exécution des travaux, planifiées, budgétées et contrôlées au même titre que les travaux eux-mêmes. 

C’est depuis cette expérience que je souhaite aborder aujourd’hui un sujet trop souvent négligé : la signalisation temporaire et les équipements de protection collective sur nos chantiers routiers.

Des règles qui existent

Il est important de le souligner d’emblée : le Bénin n’est pas dépourvu de cadre de référence en la matière. Les marchés publics de travaux routiers font référence aux normes internationales et aux standards français, notamment l’Instruction Interministérielle sur la signalisation routière dans sa huitième partie. Ce texte définit avec précision les obligations applicables aux chantiers intervenant sur le domaine routier : types de panneaux, distances d’implantation, balisage, gestion des flux piétons et véhicules, signalisation nocturne.

Ces règles existent donc. Elles sont connues du secteur. La question n’est pas de les inventer, elle est de créer les conditions pour qu’elles soient systématiquement appliquées.

Ce que l’on observe sur le terrain

Un regard honnête sur nos chantiers routiers permet d’identifier plusieurs situations récurrentes qui méritent d’être corrigées.

Les plans de circulation, pourtant indispensables avant tout démarrage de chantier, sont parfois établis sans analyse approfondie du trafic existant ni prise en compte des autres travaux en cours sur les axes voisins. Il en résulte des déviations mal dimensionnées, des itinéraires de substitution inadaptés au volume de véhicules qui doivent les emprunter, et des embouteillages qui auraient pu être anticipés et limités.

La signalisation temporaire gagnerait à être systématiquement normalisée. 

On observe trop souvent des panneaux dont les dimensions, couleurs et pictogrammes s’écartent des standards. Or un panneau non conforme ne remplit pas pleinement sa fonction : l’usager doit le déchiffrer au lieu de le reconnaître instinctivement, ce qui réduit le temps de réaction disponible.

Le marquage au sol temporaire est peu présent sur nos chantiers. Les lignes qui doivent guider les véhicules dans les zones de travaux, matérialiser les voies réduites et indiquer les passages piétons contribuent pourtant significativement à la lisibilité de la situation pour l’usager.

Les cheminements piétons méritent une attention particulière. Lorsque des travaux occupent un trottoir, il est nécessaire d’aménager un passage alternatif sécurisé pour les piétons. Faute de quoi, ceux-ci se retrouvent sur la chaussée, exposés à un risque réel. Cette disposition, prévue par les normes applicables, est une protection élémentaire qui ne devrait pas être laissée au hasard.

Enfin, les hommes-trafic jouent un rôle crucial sur les chantiers actifs. Leur mission, réguler la circulation dans une zone où les conditions normales sont perturbées, est techniquement exigeante. Elle nécessite une formation adaptée : lecture du trafic, gestes codifiés reconnus par les conducteurs, anticipation des situations à risque. Sans cette formation, même la meilleure volonté ne suffit pas à garantir la sécurité.

Les équipements de protection collective : un investissement, pas une charge.

Les équipements de protection collective : cônes, barrières de délimitation, balises lumineuses, dispositifs de balisage nocturne, feux tricolores temporaires, sont parfois présents en quantité insuffisante, mal positionnés ou absents. Pourtant, leur coût représente une fraction minime du budget d’un chantier routier. Les considérer comme une charge accessoire, c’est inverser les priorités : leur rôle est de protéger à la fois les usagers et les ouvriers, et leur absence expose à des conséquences bien plus coûteuses humainement et financièrement que leur mise en place.

Un principe fondamental guide leur déploiement : la signalisation doit être adaptée à chaque situation, tenir compte de la nature du chantier, des conditions de visibilité et du niveau de trafic. Ce principe d’adaptation n’est pas contraignant. Il est au contraire le gage d’une signalisation efficace et proportionnée.

Des pistes d’amélioration concrètes

Améliorer la signalisation temporaire sur nos chantiers ne requiert pas de moyens extraordinaires. Quelques orientations méritent d’être envisagées.

Renforcer la phase de préparation des chantiers en exigeant un plan de circulation détaillé, validé avant tout démarrage, qui intègre explicitement les cheminements piétons, les déviations, la coordination avec les travaux voisins et le dispositif complet de signalisation. Ce document de préparation est un outil de travail utile pour tous les acteurs du chantier, pas une contrainte administrative supplémentaire.

Standardiser les équipements de signalisation temporaire utilisés au Bénin en définissant une liste de matériels conformes aux normes de référence. Les panneaux, balises et barrières utilisés sur nos chantiers devraient répondre à des caractéristiques minimales : rétroréflexion, dimensions et couleurs clairement définies et vérifiables.

Former les hommes-trafic à travers un programme court mais structuré, sanctionné par une certification reconnue. Ce sont des professionnels de la sécurité routière à part entière, et ils méritent d’être traités comme tels.

Intégrer la vérification de la signalisation temporaire dans les missions de contrôle et de surveillance des chantiers. Un chantier suivi régulièrement, y compris sur cet aspect, est un chantier où les dispositifs sont maintenus en bon état tout au long des travaux.

Construire mieux, protéger davantage

Le Bénin investit significativement dans ses infrastructures routières. Cet investissement mérite d’être accompagné d’une attention égale à la sécurité de ceux qui utilisent ces routes pendant qu’on les construit : usagers, piétons et ouvriers confondus.

La signalisation temporaire et les équipements de protection collective ne sont pas des accessoires. Ils sont une composante à part entière de la qualité d’un chantier routier. Les intégrer sérieusement dans nos pratiques, c’est faire un pas de plus vers des chantiers qui respectent les hommes autant que les délais.

Prochain sujet : Le contrôle technique, quand un papier ne suffit plus à garantir une vie.

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