Derrière le classement de l’Open Budget Survey 2025 se cache une architecture institutionnelle patiemment construite. Voyage au cœur des mécanismes qui font du Bénin une référence continentale.

Un classement flatteur intrigue toujours. Comment un pays parvient-il à devancer l’ensemble d’un continent et à se hisser parmi les meilleurs au monde sur la participation citoyenne au budget ? Pour le Bénin, premier d’Afrique avec un score de 52 sur 100 dans l’Open Budget Survey 2025, la réponse ne tient pas à un coup d’éclat, mais à un édifice. Celui de mécanismes concrets, mis en place étape après étape, que l’enquête de l’International Budget Partnership permet de cartographier précisément.

Le citoyen associé dès la conception

Tout commence en amont, au stade de la formulation du budget. C’est là que le Bénin réalise sa meilleure performance, avec un score de 87 sur 100. Le ressort de cette réussite porte un nom : les consultations prébudgétaires instaurées par le ministère de l’Économie et des Finances.

Concrètement, avant même que le projet de budget ne prenne sa forme définitive, des espaces de dialogue permettent de recueillir les priorités des populations et des organisations de la société civile. Cette ouverture en amont change la nature de l’exercice budgétaire. Le budget cesse d’être un document élaboré en vase clos pour devenir le produit d’une concertation. Dans un environnement régional où la moyenne de participation s’établit à 16 sur 100, cette pratique distingue radicalement le Bénin.

Un budget rendu lisible pour tous

La participation n’a de sens que si l’information circule. Et sur ce point, le Bénin a fait un choix décisif : celui de la pédagogie budgétaire. Le pays produit un budget citoyen, version simplifiée et accessible du budget officiel, qui obtient une note de contenu de 92 sur 100 dans l’enquête.

Ce document n’est pas un détail technique. Il traduit la volonté de rendre la matière budgétaire intelligible au plus grand nombre, au-delà du cercle des experts. Un citoyen qui comprend comment l’État lève et dépense l’argent public est un citoyen mieux armé pour participer. Le budget citoyen constitue ainsi la clé de voûte du dispositif béninois, le pont entre la technicité des comptes publics et l’engagement des populations.

Le relais parlementaire

Le deuxième pilier de l’édifice se trouve à l’Assemblée nationale. L’enquête attribue au Bénin un score de 72 sur 100 pour la surveillance budgétaire, qualifiée d’adéquate, portée conjointement par le contrôle législatif et le contrôle juridictionnel.

Le Parlement béninois a notamment institué des audiences publiques liées à l’approbation du budget annuel. Ces séances ouvrent un espace formel où le débat budgétaire se déroule sous le regard du public. Au stade de l’exécution, le pays maintient également des canaux de participation, avec un score de 67 sur 100. L’association des citoyens ne s’arrête donc pas au vote du budget : elle se prolonge dans le suivi de sa mise en œuvre.

La transparence documentaire comme socle

Tout cet édifice repose sur une base solide : la disponibilité des documents budgétaires. Avec un score de transparence de 77 sur 100, très au-dessus de la moyenne mondiale fixée à 45, le Bénin publie l’essentiel des pièces qui permettent de comprendre et de suivre l’action budgétaire de l’État.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le document de cadrage budgétaire préalable obtient un contenu noté 100 sur 100, le budget voté 95, le projet de budget de l’exécutif 83. Ces documents sont disponibles, complets et publiés dans les délais. Sans cette matière première, aucune participation réelle ne serait possible. La transparence et la participation forment ainsi un couple indissociable, l’une nourrissant l’autre.

Une décennie de construction

Cet ensemble cohérent ne s’est pas constitué en un jour. Il est le fruit d’une progression méthodique. Le score de transparence du Bénin est passé de 39 sur 100 en 2017 à 49 en 2019, puis 65 en 2021, avant d’atteindre les niveaux actuels. Chaque édition de l’enquête a enregistré le franchissement d’un nouveau palier.

Cette continuité témoigne d’un engagement institutionnel durable, indépendant des aléas. L’alignement progressif des pratiques nationales sur les standards internationaux du budget ouvert traduit une stratégie de long terme, où chaque réforme prépare la suivante.

Un modèle à approfondir

Le dispositif béninois offre des marges de développement que l’enquête identifie comme autant de prochaines étapes. L’International Budget Partnership suggère d’élargir encore les plateformes de consultation, de renforcer le rôle de la Cour des comptes dans l’association du public, et d’enrichir l’information sur l’exécution des dépenses sociales.

Autant de pistes qui dessinent l’horizon d’un modèle déjà abouti mais perfectible. Le Bénin a démontré qu’une participation citoyenne robuste au budget était possible sur le continent. En consolidant son architecture, il peut transformer une réussite en référence durable, et inspirer une région où l’ouverture budgétaire reste, trop souvent, un chantier à peine entamé.

M.M

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