<<Entre l’homme et le béton, lequel est le plus important ?>> S’interrogea Edgard Pisani dans la poste-face de Dimensions culturelles du développement de Basile KOSSOU et Paul -Marc Henry. Au lendemain des indépendances dans les années 1960 en Afrique, tous les Etats se sont donnés un modèle de développement axé sur la construction des infrastructures. Dans la conscience des dirigeants de l’époque, le développement, c’est le béton et non l’homme. Des décennies plus tard, ils se sont rendus compte que tout repose sur l’homme. En d’autres termes, le développement d’une nation ne se lit pas seulement à travers le béton, c’est-à-dire les infrastructures. En Afrique, nous sommes toujours dominés par cette conception matérialiste du développement. Le vrai développement, c’est l’homme. Tout part de lui et tout lui revient. Denis Diderot l’a montré en ces termes : << l’homme est le terme unique d’où il faut partir et auquel il faut tout ramener.>>
La mesure d’urgence vitale du président de la République s’inscrit dans ce sens. De quoi s’agit-il ? Il s’agit de la prise en charge immédiate des patients en situation de santé extrême sans passer par les démarches administratives. En clair, une mesure d’urgence vitale désigne toute action immédiate déployée pour sauver une personne en danger de mort. Il s’agit des gestes de premiers secours ou une politique de santé publique de prise en charge hospitalière. En effet, les patients mouraient simplement dans les couloirs de nos hôpitaux parce que les parents ne disposaient pas immédiatement de moyens financiers pour faire face aux premières dépenses. Aussi, certains agents se préoccupaient-ils des démarches administratives en oubliant le patient dont la vie est en danger. Ces pratiques ont montré un autre visage de notre système sanitaire. La mesure d’urgence vitale met fin à ces tâtonnements sur la vie humaine.
Par ailleurs, cette mesure d’urgence vitale décrétée par le chef de l’État, loin d’une réponse à une promesse électorale, nous rappelle deux principes : un principe pénal et un principe humanitaire.
Selon le code pénal du Bénin, la non-assistance à personne en danger est un délit et sanctionnée. Le fait de s’abstenir volontairement de porter secours à une personne en péril est un délit. Désormais les agents de santé seront mis devant leur responsabilité parce que l’État a joué déjà sa partition. Nous pouvons dire que le Président de la République renforce notre code pénal dans ce sens.
Selon le principe humanitaire, l’homme est un être sacré. Tout individu conscient de ce fait doit le protéger. C’est dire que l’homme ne doit pas être considéré comme un moyen, mais plutôt comme une fin (Kant). Contrairement aux choses et aux animaux qui ont un prix et peuvent servir de moyens, l’être humain est une fin en soi. C’est pourquoi nous avons l’obligation de sauver la vie humaine quel que soit le prix à payer.
Au-delà de ces considérations philosophico-spirituelles, le Président de la République expose par ce geste sa vision du développement. Il s’agit d’un humanisme de développement. Cela désigne un modèle politique qui place l’être humain au centre de la croissance économique et sociale. Plutôt que de voir le progrès uniquement à travers des indicateurs matériels, le président priorise le bien-être, l’éducation, la liberté, la réduction des inégalités et la dignité de chaque individu. Autrement dit, l’économie doit servir l’homme et non l’inverse. Le développement est mesuré par la qualité de vie, l’accès aux soins et l’épanouissement personnel.
Daniel HOUEKIN






