Dans le dynamisme culturel qui anime le Bénin, certaines voix montent plus haut que d’autres. C’est le cas de Victorin Bateni M’po, connu sous le surnom de Slameur Onankoti. Ce nom touche les esprits. Il est passé de la récitation en classe au micro du slam. Une passion apparue depuis l’enfance et portée par le besoin de se trouver. Par ses textes, ses performances et son engagement artistique, il essaie de réconcilier la jeunesse avec les racines culturelles.
La passion pour la prise de parole est née très tôt chez Victorin Bateni M’po. Étant au cours primaire, son amour pour la récitation marque ses enseignants. Sa mémoire lui permet de retenir facilement tout ce qu’il entend. Grâce à cela, la radio Nanto FM fait appel à lui. Une première montée sur scène qui le marque à jamais. « Même quand je ne savais pas encore bien écrire, je retenais les textes dans ma tête. Ensuite je demandais à mon enseignant de m’expliquer leur sens » se rappelle-t-il.
Au collège puis au lycée il fait des mots son métier. Grâce aux grands auteurs comme Victor Hugo, il développe ses propres idées. En 2015, il se démarque sur les réseaux sociaux par ses poèmes qui lui permettent d’avoir une première place dans le numérique. C’est en 2017 que tout change pour lui grâce à la rencontre d’un ami qui lui fait découvrir le slam, un art de la parole fondé sur la poésie, la scène et l’engagement. « Quand j’ai vu ce qu’il faisait, je me suis demandé ce que c’était. On m’a répondu : c’est du slam. Et à cet instant, j’ai compris que c’était exactement ce que je voulais faire. » Dès cet instant, il utilise l’écriture pour s’exprimer et interroger la société. Ses textes examinent l’espoir, la motivation, les réalités africaines et les défis de la jeunesse.
Depuis plusieurs années, le slameur Onankoti décide de donner une orientation plus culturelle à son travail artistique. Étant de la communauté Otammari, il porte le poids de voir sa culture s’éloigner des jeunes. « Beaucoup de jeunes originaires du Nord finissent par cacher leur identité culturelle lorsqu’ils voyagent dans d’autres régions. Il y a un complexe qu’il faut corriger », explique-t-il. Il fait du slam un outil de mémoire et de transmission. À travers ses textes, il veut ramener les jeunes à la source et leur montrer la richesse des cultures locales. Selon lui, la modernité ne doit pas prendre toute la place, elles sont appelées à se compléter.
Le slam progresse au Bénin mais il lui reste du chemin avant d’être totalement reconnu. Malgré cela, le slameur Onankoti se fait déjà une place dans différents espaces culturels. Il est aussi bien présent dans le rap que dans les défilés de mode, les rencontres artistiques ou les présentations de projet. Dans certains cas il est le seul slameur invité. « Cela montre que le slam commence à trouver sa place. Mais il reste encore beaucoup à faire pour que cet art soit pleinement valorisé » a-t-il expliqué. Pour Victorin Bateni M’po, le slam ne se limite pas à la scène, il devient une manière d’habiter le monde. « J’ai décidé de vivre ce que j’écris et d’écrire ce que je vis. Si je demande aux gens de réfléchir à leurs comportements, je dois moi-même essayer d’appliquer ces valeurs dans ma vie», renchérit-il. Il fonde son engagement artistique sur une cohérence entre le discours et l’action. Si les auditeurs lui confient que ses textes les ont poussés à réfléchir autrement, il y voit la preuve que la parole peut encore transformer les consciences.
Aujourd’hui, le slameur Onankoti continue son travail de recherche et de création autour du patrimoine culturel de sa communauté. Son but est simple : analyser l’évolution des traditions, relever les pertes et réfléchir aux moyens de restaurer des valeurs essentielles. « Nous devons retourner aux sources pour comprendre notre histoire et construire l’avenir » affirme-t-il.
Dans un monde où les identités culturelles se redéfinissent sans cesse, Victorin Bateni M’po alias Slameur Onankoti choisit de prendre la parole comme une torche pour éclairer le chemin des racines.
Cette année son défi audacieux : réaliser 200 prestations, semant ses textes, sa mémoire et sa voix dans chaque coin et recoin du pays comme autant d’étincelles pour réveiller la fierté culturelle. Un projet colossal mais à l’image de son art : puissant, vibrant et engagé, un souffle qui promet de faire vibrer les consciences et rallumer les mémoires à chaque scène franchie.
Téna Rosine SINWONGOU (Stg)



