À 8 heures du matin, sous un hangar de tôle dans les quartiers de Parakou, les mécaniciens de motos sont déjà à pied d’œuvre. L’atelier est souvent rudimentaire : une table pour poser les outils soigneusement rangés et quelques bancs pour les clients qui attendent la fin des réparations. Du lundi au samedi, de 8 heures à 19 heures, ils dépannent les conducteurs de taxi-moto, les fonctionnaires, les paysans et les étudiants. Si certains prennent le dimanche comme jour de repos, d’autres poursuivent leur activité sans interruption.

Le mécanicien de motos n’a peut-être pas fait de longues études et ne porte pas de blouse blanche, mais le déplacement quotidien de milliers de motocyclistes dépend en partie de son savoir-faire. Dans les quartiers de Parakou, il est souvent considéré comme le « docteur des motos ». Le mécanicien deux-roues est chargé de l’entretien, du diagnostic et de la réparation des motos. Son rôle est essentiel pour garantir le bon fonctionnement des engins et, par conséquent, la sécurité de leurs utilisateurs. Une moto mal réparée pouvant provoquer un accident, il doit être capable d’identifier rapidement l’origine d’une panne à l’aide d’outils adaptés. Il intervient notamment sur le moteur, les systèmes de freinage et la chaîne de transmission. Il assure également les opérations d’entretien courant, comme la vidange, le réglage des freins ou encore le remplacement des pièces usées, notamment les bougies et les chaînes. « Quand un client vient avec une ancienne pièce et veut qu’on la remette, je lui conseille d’acheter du neuf. Sinon, il va revenir avec le même problème deux semaines après », confie Séfiou, mécanicien au quartier Assemblée 600.

La confiance, une clé pour fidéliser les clients

Contrairement à certaines idées reçues, plusieurs ateliers permettent aux clients d’attendre sur place et de suivre les réparations de leur moto. Une pratique qui contribue, selon les mécaniciens, à instaurer un climat de confiance. « C’est une manière de créer la confiance », explique Alimou Alassane. Pour fidéliser la clientèle, les gestes comptent, tout comme le respect, la transparence sur le prix des pièces détachées et la qualité du travail. « Lorsqu’un client traîne sa moto en se dirigeant vers moi, je cours l’aider pour qu’il ne se fatigue pas », raconte Séfiou.

Le mécanicien explique également sa manière de gérer les réparations : « Si le client m’amène sa moto, je commence d’abord le travail. S’il y a des pièces à acheter, je lui dis. Il peut aller les acheter lui-même ou me donner l’argent. Et après, je peux lui diminuer le prix de la réparation », ajoute-t-il. Alimou Alassane insiste, lui aussi, sur l’importance de la relation avec les clients. « Quand il vient, je lui demande des nouvelles de la famille et je le traite comme un roi. Parce que sans lui, je ne suis rien », affirme-t-il.

Une école de patience pour les apprentis

Dans les ateliers, les patrons jouent également un rôle dans la formation des jeunes apprentis. Ils leur transmettent les gestes du métier, les conseillent et les corrigent lorsqu’ils commettent des erreurs. Une exigence qui, selon eux, vise à garantir la qualité du travail à la fin de leur apprentissage. « Lorsque je reçois plusieurs clients, je donne à chacun de mes apprentis une moto à réparer. Et quand le travail est bien fait, ils savent qu’ils vont recevoir quelque chose à la fin », explique un mécanicien.

Mais la mécanique exige bien plus que des clés et un marteau. Certaines pannes peuvent nécessiter plusieurs jours de travail. « La réparation la plus difficile, c’est quand il faut casser le moteur. C’est ce qui prend le plus de temps », déclare Alimou Alassane. Siméon Megnihou se souvient d’une intervention particulièrement complexe : « Une moto TVS était serrée. Le client n’avait pas changé l’huile moteur depuis quatre mois. J’ai dû ouvrir le moteur complet. Ça m’a pris plusieurs jours avant de finir la réparation. » Dans ce métier, il faut surtout savoir identifier rapidement l’origine d’une panne et être attentif aux moindres détails. Un simple oubli, comme une pièce mal serrée, peut avoir de graves conséquences. Le métier demande également de la résistance physique : rester debout pendant de longues heures, travailler sous la chaleur, dans la graisse et la poussière, et effectuer de nombreux déplacements pour rechercher des pièces ou de l’huile moteur.

Le travail bien fait comme meilleure publicité

Pour ces mécaniciens, la maîtrise du métier reste la meilleure manière de conserver sa clientèle. Un client satisfait peut en attirer d’autres. « Quand j’ouvre mon atelier, je travaille du matin au soir sans me reposer. Parfois, je ne trouve même pas le temps de manger parce que les gens apprécient mon travail. Et je suis très fier de voir les clients satisfaits », témoigne Séfiou. Malgré la graisse et la chaleur, la plus grande récompense reste, pour certains, la satisfaction du client. « Lorsqu’un client arrive en traînant sa moto et qu’il repart quelques heures après avec le sourire aux lèvres, je me sens heureux », confie Alimou Alassane. Le métier reste toutefois confronté à plusieurs difficultés, notamment le manque d’outils adaptés et la forte concurrence.

« Il y a beaucoup de mécaniciens. Chacun se débrouille pour gagner de quoi nourrir sa famille. Il faut donc connaître son métier pour ne pas perdre les clients », estime Alimou Alassane. Pour Siméon Megnihou, les mécaniciens doivent également savoir défendre la valeur de leur travail : « Si un client ne veut pas payer correctement, on refuse de le recevoir. Si chaque personne fait la même chose, l’atelier va fermer un de ces jours. » Aux jeunes qui souhaitent se lancer dans la mécanique, Séfiou adresse un conseil : « Il faut avoir de la patience, aimer son travail et ne pas voler les pièces des clients. C’est grâce à eux qu’on survit. »

Face aux nouvelles technologies, la mécanique doit évoluer

Avec l’arrivée progressive des motos à injection, le métier évolue. Le mécanicien doit désormais acquérir de nouvelles compétences, notamment en électronique et en diagnostic informatique. L’apparition des motos électriques pourrait également transformer davantage la profession dans les prochaines années.

Les réparateurs devront donc adapter leurs connaissances et leurs outils à ces nouvelles technologies pour continuer à répondre aux besoins des usagers.

Pour certains, la mécanique est avant tout une passion. Pour d’autres, elle représente un moyen de survie et une source indispensable de revenus.

« Je n’aime pas la saleté, mais c’est mon destin. C’est grâce à ce travail que je nourris ma famille », conclut Alimou Alassane.

À Parakou, derrière chaque moto remise en circulation se cache ainsi le travail discret de ces hommes qui passent leurs journées les mains dans la graisse et les yeux rivés sur les moteurs. Entre savoir-faire, patience et adaptation aux nouvelles technologies, les mécaniciens de deux-roues occupent une place essentielle dans une ville où la moto reste au cœur de la mobilité quotidienne.

Téna Rosine SINWONGOU (Stg)

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