Le monde de la culture béninoise s’est réveillé orphelin. Hier en soirée, le souffle de vie a quitté Anicet Gildas Aïmondé, plus connu sous le pseudonyme mythique de Yaosso le Mexicain. L’organiste virtuose, qui luttait avec dignité contre une insuffisance rénale au stade de la dialyse, a définitivement rangé son clavier, laissant ses fans et le secteur culturel plongés dans une immense affliction.

La naissance d’un prodige

Tout commence le 29 janvier 1979 à Ouidah, la cité historique. C’est là que Yaosso voit le jour, ignorant encore que ses doigts allaient, quelques décennies plus tard, redéfinir les contours de la musique béninoise. Très tôt, l’homme se lie d’amitié avec le piano, un instrument dont il ne sera plus jamais séparé et qu’il finira par dompter avec une aisance qui tenait du miracle.

Un calme légendaire pour un talent incommensurable

Ce qui frappait d’emblée chez Anicet Gildas Aïmondé, c’était le contraste saisissant entre sa posture et sa puissance artistique. Là où d’autres cherchaient le spectaculaire, Yaosso imposait un calme légendaire, presque mystique. Assis devant son orgue, le regard serein, il irradiait une tranquillité désarmante.

Mais dès que ses mains effleuraient l’ivoire et l’ébène, la magie opérait. Yaosso n’était pas un simple musicien ; il était un phénomène, un ogre de l’instrument. Son talent incommensurable se mesurait à la déconcertante facilité avec laquelle il s’appropriait les morceaux les plus complexes. Qu’il s’agisse de rythmes traditionnels ou de compositions modernes, il excellait à traduire et sublimer les chansons de nos langues nationales. Sous ses doigts, les airs du terroir prenaient une dimension universelle, élevant l’orgue au rang de conteur de nos identités.

«Il avait cette capacité unique de faire parler le piano dans nos langues maternelles. Même la mélodie la plus sinueuse devenait fluide, limpide, évidente sous ses doigts.»

L’art du partage : l’homme de l’ombre et de la lumière

Anicet Gildas Aïmondé a écrit, en lettres d’or, de très belles pages de l’histoire musicale du Bénin. S’il était un organiste hors pair, il était avant tout un collaborateur recherché, le complice idéal des plus grands artistes de la scène nationale. Au détour de ses nombreuses collaborations, il a su prêter son génie pour magnifier les œuvres des autres, sans jamais chercher à écraser ses pairs, mais en élevant toujours le niveau de la création.

Un grand vide, un héritage éternel

La maladie a fini par avoir raison de sa résistance physique, mais elle n’aura jamais prise sur son œuvre. En s’éteignant hier soir, Yaosso laisse derrière lui un secteur culturel en deuil, des mélomanes inconsolables, mais un héritage impérissable.

Le Mexicain est parti, son orgue s’est tu, mais les échos de ses mélodies résonneront à jamais dans le patrimoine artistique du Bénin. L’artiste est mort, le mythe, lui, entre dans l’éternité.

Patrick H. Y.(Coll.)

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