Dans les villages de la Donga, lorsque les premiers rayons du soleil caressent la terre rouge, une activité silencieuse mais essentielle s’active déjà. Sous les arbres et dans les cours familiales, des femmes transforment patiemment la noix de karité en une matière précieuse, connue pour ses usages multiples : le beurre de karité. Derrière chaque boule, chaque pâte onctueuse, se cache un long processus fait de travail, de savoir-faire et de transmission ; de la noix brute à la richesse des femmes rurales.

Tout commence dans la nature. Pendant la saison des pluies, les femmes parcourent les espaces boisés pour ramasser les fruits du karité tombés naturellement au sol. Ces noix, encore entourées de pulpe, sont soigneusement collectées dans des paniers ou des bassines avant d’être ramenées au village. C’est une première étape qui demande patience et endurance, car la qualité du futur beurre dépend déjà de cette sélection minutieuse.

Une fois au village, vient l’étape du nettoyage. Les noix sont lavées pour enlever les impuretés, la terre et les résidus de pulpe. Elles sont ensuite triées afin de ne conserver que celles jugées aptes à la transformation. Ce travail, souvent réalisé en groupe, devient aussi un moment de solidarité et de partage entre femmes. Après le nettoyage, les noix passent par une étape cruciale : la préparation à l’eau chaude. Elles sont bouillies ou chauffées afin de faciliter l’extraction future des amandes et d’amorcer le processus de transformation. Cette cuisson permet également de préserver certaines qualités de la matière première et de rendre le travail plus efficace lors des étapes suivantes.

Vient ensuite le séchage. Les noix ou amandes sont étalées au soleil directement sur la terre proprement préparée. Sous la chaleur du soleil, elles perdent progressivement leur humidité. Cette étape peut durer plusieurs jours et demande une surveillance constante pour éviter toute détérioration. Lorsque les noix sont parfaitement sèches, commence alors la transformation proprement dite. Elles sont concassées, broyées puis malaxées avec de l’eau jusqu’à obtenir une pâte épaisse. Par un long travail de brassage et de séparation, la matière grasse remonte progressivement à la surface. C’est à ce moment que naît le beurre de karité brut, encore vivant, qui sera ensuite filtré.

Dans plusieurs cours à Djougou, on observe ce quotidien cyclique porté par des groupements de femmes posant des gestes simples mais porteurs de tout un savoir ancestral. Chaque mouvement raconte une histoire de patience, de tradition et de survie économique.

Rappelons que le beurre de karité représente bien plus qu’un produit. Il est utilisé pour les soins corporels, la cuisine, mais aussi comme source de revenus essentielle pour les ménages ruraux. Dans la commune de Djougou et environs, il incarne une véritable chaîne de valeur portée majoritairement par les femmes, gardiennes silencieuses de ce savoir-faire.

Fayçal DRAMANE

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