Dans les collèges et universités du Bénin, les apprenants et étudiants manifestent moins d’engouement pour leurs études. Le fort taux de chômage et le système éducatif inapproprié en découragent plus d’un. L’intérêt pour les études s’amoindrit, à telle enseigne que l’école ne représente désormais qu’une contrainte pour beaucoup de jeunes.

Têtes baissées pendant les cours, devoirs bâclés, livres poussiéreux, ce sont les signes d’un réel désintérêt pour l’école. Les salles de classe se transforment en véritables lieux de torture. Apprendre devient une contrainte. Pourtant, l’école se définit initialement comme l’endroit par excellence de transmission du savoir. Pour Issa Rayane, étudiant en deuxième année de Métier de l’Audiovisuel et du Multimédia, l’école est indispensable pour tout jeune. Pour lui, << c’est très utile pour les enfants parce que ça pose déjà les bases de la vie >>. Il présente l’école comme un lieu où l’on apprend à parler, lire, écrire, vivre en société, à tisser des liens. << C’est déjà essentiel pour le reste de notre vie >>, conclut-il. Cela induit que l’enfant acquiert sur les bancs des connaissances théoriques mais également les règles essentielles de la vie sociale. Pour ainsi dire, le savoir-faire et le savoir-être. L’on va à l’école pour s’instruire et avoir un bagage intellectuel solide.

Un système éducatif inadéquat

Malheureusement, l’école ne remplit pas toujours la fonction à elle assignée. En réalité, les contenus notionnels ne sont pas toujours adaptés aux réalités béninoises. Les élèves apprennent parfois des concepts déconnectés de leur environnement. À cela s’ajoute le fort taux de chômage qui décourage de nombreux jeunes. L’avènement de l’intelligence artificielle a saturé le marché du travail. Beaucoup de jeunes diplômés se retrouvent sans emploi, remplacés par des algorithmes et des robots. Tout porte à croire que l’on apprend pour se retrouver au chômage. Par ailleurs, les matières du secondaire n’entrent pas toujours en lien de compte avec les aspirations individuelles des apprenant. En effet, il y a forcément un futur architecte qui peut se passer de la philosophie kantienne. De même, le cours de chimie n’est pas indispensable pour une future styliste. Trinité Toupé, étudiante en première année d’analyse biomédicale, trouve qu’ << Il y a beaucoup de choses qu’on nous apprend sans qu’on ne sache vraiment pas à quoi ça nous servirait >>. Yvette Akakpo, étudiante en première année d’administration partage ce point de vue : << Par exemple, la notion de limites en mathématiques, je ne sais réellement à quoi cela me servirait dans l’avenir >>, déplore-t-elle. Loth Bebo, étudiant en deuxième année de droit conclut : << En fonction de la branche universitaire que vous avez choisie, (…) les connaissances reçues peuvent s’avérer utiles ou non >> . De plus, le train de vie accéléré et les conditions d’études contraignent les jeunes. Entre les longues journées passées à l’école, les travaux dirigés du week-end et les cours de répétition, les apprenants ont à peine le temps de souffler. Ce stress permanent constitue un facteur du désamour de l’école.

 Une dévalorisation du diplôme universitaire

Le diplôme universitaire perd progressivement sa valeur. Si par le passé, les diplômés avaient accès à toutes sortes d’emplois, ceux d’aujourd’hui sont confrontés à de sérieux problèmes.D’après l’ONG Dedras, << Au Bénin, plus de 100000 jeunes diplômés se retrouvent chaque année sur le marché du travail, face à une offre d’emploi limitée. Seuls 33% des jeunes de 15 à 35 ans ont un emploi rémunéré alors qu’ils représentent environ 60% de la population >>. Consolé Guédou reconnaît que : << Le diplôme, c’est primordial >>. Pourtant, << Aujourd’hui, seul le diplôme ne suffit pas. Il faut beaucoup d’autres choses comme les relations…il faut aussi développer d’autres compétences >>, fait-elle remarquer.

 Les sacrifices parentaux, leitmotiv des étudiants

Dans ce contexte, les études peuvent s’avérer très pénibles. Plusieurs étudiants se rendent au cours avec une seule motivation, celle de rendre fiers leurs géniteurs. << Ce qui me motive à travailler dur à l’école, ce sont les dépenses que font mes parents chaque jour >> , affirme Consolé Guédou, étudiante en première année de journalisme. L’échec scolaire devient inadmissible dès lors qu’on prend conscience de la cherté des études scolaires et universitaires. La quête de validation sociale peut également justifier l’acharnement aux études universitaires.

La polyvalence comme solution au chômage

En vue de tirer son épingle du jeu et d’éviter le chômage, la stratégie s’impose << Dans la perspective de mieux assurer mon avenir, je pense me faire former dans un métier du numérique et la coiffure >>, projette Yvette Akakpo. La polyvalence, l’initiation au numérique et les compétences pratiques sont deviennent des armes dans ce monde concurrentiel. Se reposer exclusivement sur ses connaissances théoriques est un piège qui a conduit plusieurs étudiants au chômage.

L’école est certes un lieu d’acquisition du savoir, mais elle ne garantit pas nécessairement un avenir radieux. Il revient à chaque apprenant et étudiant de multiplier ses connaissances pratiques en vue de maximiser ses chances. Une telle manière de faire fera sans nul doute régresser le taux de chômage au Bénin.

                                                                                                                                  Immaculée ASSOGBA (Stag)

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