Une course effrénée aux tendances se tient au sein de la couche juvénile béninoise. Si pour certains la mode n’a pas de signification particulière, d’autres sont prêts à sacrifier leurs économies pour se conformer aux tendances du moment. Une situation qui mérite d’être examinée de plus près.
Qu’il s’agisse de vêtements, de coiffure, de manucure ou d’accessoires, chacun veut s’affirmer et être à la pointe de la mode. L’émergence des réseaux sociaux et l’influence des célébrités donnent parfois l’impression qu’il faut constamment renouveler sa garde robe pour vivre avec son temps. Dès lors, on commence à dépenser sans compter, on ne surveille plus ses achats. Il suffit d’un tour dans un magasin pour se laisser tenter par les blue-jeans impeccables et les baskets aux couleurs attrayantes.
L’habillement, un langage corporel
Une telle flexibilité est majoritairement due à l’importance qu’accordent les jeunes à la mode. Celle-ci représente le reflet de la personnalité de l’individu. Elle est un langage social et permet de capter l’attention sur soi. Pour Harmony Bio-Etienne, étudiante en première année de journalisme, : << la mode c’est une façon ou un moyen d’exprimer sa personnalité et ses humeurs. C’est comme une première impression visuelle >>. Charline Nguerefara, étudiante en économie, la définit comme << l’identité, la personnalité et le caractère >>. Il semble donc évident que la mode implique de lourds sacrifices. Cependant, autour de la question de savoir s’il faut dépenser beaucoup d’argent pour s’habiller, les avis divergent. Pour Harmony Bio-Etienne, être à la mode ne rime pas forcément avec dépenses exorbitantes. << On peut bien s’habiller sans forcément beaucoup dépenser >>, affirme-t-elle. Elle fustige ainsi l’idée selon laquelle la mode est l’apanage des plus nantis. D’autres, par contre, pensent que le style mérite des investissements de taille. C’est le cas de Jovite Francegbe, jeune créateur de contenus qui accorde une part de choix à son apparence. Il avoue dépenser environ trente mille mensuellement, chaussures et accessoires inclus. Il rejoint ainsi Charline Nguerefara qui affirme : << Si je veux m’habiller ou devrais-je dire être à la mode pour sortir et surtout dans notre milieu actuel, je dirais vingt-cinq mille ou trente mille >> .
La mode, un sous-secteur budgétivore
Toutefois, la recherche de soi a souvent des répercussions sur l’économie de l’acheteur. << C’est vrai que ça affecte parce que l’argent peut faire quelque chose de sérieux mais on se dit qu’il faut bien s’habiller pour faire croire qu’on est bien, qu’on a de l’argent >>, reconnaît Jovite Francegbe. Si s’offrir ce dont on a envie est insignifiant pour les plus huppés, il s’agit d’une véritable contrainte pour ceux qui vivent avec de modestes moyens. Plusieurs étudiants se sont retrouvés sans le sou à la fin du mois pour avoir eu les yeux plus gros que le ventre. Effectuer chaque mois des dépenses exorbitantes empêche d’investir et de réaliser de grands projets.
Faire la politique de ses moyens
Afin d’éviter la ruine, l’idéal serait de surveiller ses achats. Il faut effectuer ses dépenses en fonction de ce que l’on gagne. On peut se tourner vers des articles de seconde main, des vêtements et accessoires durables… Il revient à chacun de s’organiser selon son budget : << j’évite d’acheter pour une seule soirée. Je mise sur des vêtements que je peux réutiliser >>, explique Harmony Bio-Etienne. Si notre capacité financière nous le permet, on peut s’offrir des tenues de luxe. Dans le cas contraire, se contenter de ses ressources demeure la meilleure option car à en croire le philosophe Alexander Pope, << L’homme sage ne porte pas sa dépense au-delà de son revenu >> (Maximes et réflexions morales, 1739)
La perception de la mode est une notion purement subjective. Les dépenses à effectuer dans le « vêtir » varient en fonction du pouvoir financier et des priorités de chaque jeune. Une utilisation judicieuse de son argent s’impose en vue d’une économie stable.
Immaculée ASSOGBA (Stag)
