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 Bénin/Présidentielle 2026 Wadagni : une croissance qui doit « se sentir dans les marchés de brousse »

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Des Collines au Borgou en passant par la Donga, le candidat à la présidentielle du 12 avril déploie un programme agricole et social d’une précision inédite. Mécanisation, sécurité sociale paysanne, intrants améliorés, réouverture de la Société sucrière de Savè, reconstruction du pont de l’Okpara : Wadagni a choisi de convaincre par les actes annoncés, pas par les formules.

On aurait pu s’attendre à autre chose de la part d’un ancien ministre de l’Économie et des Finances. À des courbes de croissance, à des projections de PIB, à des formules tirées des rapports d’institutions internationales. Romuald Wadagni a choisi une autre entrée. Sa première phrase de campagne, à Kandi le 27 mars, ne parle pas de taux ni d’indicateurs. Elle parle d’avenir : « Le nord n’est pas la marge du Bénin. C’est son avenir. » Tout le programme découle de là. Mais c’est dans le centre du pays – entre Djougou, Bassila, Tchaourou, Savè, Savalou, et les arrêts de Glazoué, Bantê et Dassa – que le candidat a déployé, ce jour-là, la dimension la plus concrète de sa vision économique.

L’économie informelle, oubliée des statistiques

Le premier pilier du programme économique de Wadagni s’adresse à ceux que les statistiques officielles peinent à capter : les acteurs de l’économie informelle. Les femmes qui tiennent les étals des marchés ruraux. Les artisans qui travaillent sans contrat et sans couverture sociale. Les petits éleveurs et les paysans qui produisent sans accès au crédit formel. C’est une masse considérable de l’activité économique béninoise – certaines estimations situent la part de l’informel entre 60 et 70 % du PIB réel – qui reste en dehors des circuits financiers ordinaires.

Wadagni le formule simplement, dans un registre délibérément populaire : « La croissance que je veux bâtir doit se sentir dans les marchés de brousse, pas seulement dans les rapports de la Banque mondiale. » Traduction concrète : un mécanisme d’accès élargi au crédit pour les petits producteurs agricoles, les artisans et les commerçantes rurales. Des structures de financement adaptées – garanties allégées, taux accessibles, délais de remboursement calibrés sur les cycles agricoles – qui permettent à ceux qui font tourner l’économie réelle de se développer.

La mécanisation comme levier de transformation agricole

De Djougou à Dassa, en traversant le couloir du centre béninois, le candidat a martelé un engagement central pour le monde rural : le renforcement massif de la mécanisation agricole. Non pas une mécanisation de façade, distribuée en période électorale et abandonnée ensuite, mais une politique structurée de mise à disposition d’équipements adaptés aux exploitations familiales. À Bassila, à Tchaourou, à Glazoué comme à Bantê, les agriculteurs – qui labourent encore majoritairement à la houe – ont entendu une promesse de rupture avec les pratiques passées.

Ce discours de mécanisation s’accompagne d’un engagement tout aussi concret sur les intrants améliorés. Semences certifiées, engrais adaptés aux sols locaux, produits phytosanitaires accessibles financièrement : Wadagni a insisté, étape après étape, sur la nécessité de faire descendre la chaîne de valeur agricole jusqu’au niveau du petit producteur. Pas de politique agricole ambitieuse sans intrants de qualité à des prix abordables. C’est aussi simple que ça, et il le dit avec cette franchise qui caractérise sa campagne.

Une sécurité sociale pour le monde paysan

L’un des engagements les plus novateurs du candidat concerne la mise en place d’une sécurité sociale adaptée au monde paysan et son renforcement progressif. Dans un pays où l’agriculture emploie plus de 72 % de la population active mais où les agriculteurs restent parmi les plus exposés à la précarité – sans retraite, sans couverture maladie, sans filet en cas de mauvaise récolte -, l’engagement prend une dimension politique considérable.

Wadagni ne présente pas cela comme une faveur accordée aux populations rurales, mais comme une obligation de gouvernance. Le paysan qui produit la nourriture du pays mérite, au minimum, la même dignité sociale que le fonctionnaire de l’État. C’est ce principe simple, énoncé à Savalou devant plusieurs milliers de personnes, qui a déclenché les acclamations les plus nourries de la journée.

La 3S de Savè : une promesse de renaissance industrielle

À Savè, l’annonce a résonné comme une promesse longtemps attendue. Romuald Wadagni a pris l’engagement solennel de rouvrir la Société sucrière de Savè – la 3S -, fermée depuis plusieurs années pour des raisons de mauvaise gestion. Pour les populations de cette ville et de ses environs, la fermeture de la 3S n’est pas une statistique industrielle : c’est la perte de centaines d’emplois directs, l’effondrement d’une dynamique économique locale et le symbole d’une gestion publique défaillante.

« La 3S ne fermera pas définitivement. Elle rouvrira. Et elle rouvrira parce que nous en assumerons enfin la gestion avec rigueur et transparence. »

L’engagement est d’autant plus crédible que Wadagni en est venu à le formuler non pas dans l’élan de la rhétorique électorale, mais dans le registre qu’il a fait sien depuis le début de la campagne : celui de la faisabilité documentée. Il sait ce que vaut une telle usine, il connaît les conditions de sa viabilité économique, et il dit qu’elles sont réunissables. Dans la bouche d’un ancien ministre des Finances, la promesse pèse différemment.

Le pont de l’Okpara : recoudre le tissu territorial

À Tchaourou, autre engagement fort : la reconstruction du pont sur le fleuve Okpara. Infrastructure vitale pour les échanges entre les communes du Borgou et les localités du centre, ce pont dont l’état de délabrement compromet la circulation et l’accès aux marchés est devenu, pour les populations locales, le symbole tangible de l’abandon infrastructurel du centre-nord. Wadagni s’est engagé à en faire une priorité des premières années de son mandat.

Une politique d’évaluation systématisée

Ce qui distingue le plus ce programme de ses équivalents dans les campagnes précédentes, c’est l’engagement d’une politique d’évaluation systématisée de l’impact des mesures prises. Wadagni s’est engagé à ne pas se contenter de lancer des politiques agricoles et sociales dans le vide, mais à mesurer, à échéances régulières et transparentes, leur impact réel sur les conditions de vie des populations cibles. Si une mesure ne produit pas d’effet, elle sera corrigée. Si elle produit l’effet attendu, elle sera amplifiée. C’est le principe du gestionnaire rigoureux appliqué au mandat présidentiel.

L’hôpital international de Parakou, déjà annoncé

À Parakou, Wadagni avait déjà annoncé la construction d’un Centre hospitalier international – un CHIP -, destiné à accueillir les patients du nord et de la sous-région qui font aujourd’hui le voyage en Europe ou aux États-Unis pour des soins spécialisés. L’annonce avait électrisé la salle. Elle incarne précisément ce que le candidat entend par réduction des inégalités : non pas seulement redistribuer ce qui existe, mais créer de nouvelles capacités là où elles manquent.

C’est le programme d’un homme qui connaît les chiffres mais qui a choisi, pour cette campagne, de les mettre au service d’une vision. « Gouverner, c’est d’abord choisir. Et mon choix est fait : ceux qui ont le moins seront servis en premier. » Quatorze jours pour convaincre que ce choix est sincère, réaliste et qu’il engage.

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