Pendant des décennies, nos systèmes de formation ont poursuivi un objectif clair : transmettre des connaissances et délivrer des diplômes. Cette logique a permis de structurer des parcours académiques solides, mais elle montre aujourd’hui ses limites face aux réalités du marché de l’emploi.
En effet, le constat est désormais largement partagé : être diplômé ne garantit plus d’être employable. La preuve, dans de nombreux secteurs, les entreprises peinent à recruter des profils immédiatement opérationnels, tandis que les candidats, pourtant qualifiés, rencontrent des difficultés d’insertion. Ce décalage structurel interroge notre manière de former, d’orienter et de préparer les talents aux exigences concrètes du monde professionnel. Il devient donc impératif de faire évoluer notre approche afin de passer d’un modèle où l’on forme pour apprendre et accumuler les diplômes à un modèle où l’on forme pour employer. Et, c’est dans ce contexte que la proposition portée par le candidat à la prochaine présidentielle, Romuald Wadagni, mérite une attention particulière. Sur la liste des nouveaux projets que le prétendant au fauteuil présidentiel figure “la mise en place d’un cadre de formation en alternance pour renforcer l’orientation vers les filières techniques et professionnelles et faciliter l’implication du secteur privé.” J’estime qu’au-delà de l’annonce, il s’agit d’un véritable levier de transformation qui est envisagé. L’alternance, parlons-en! Elle repose sur un principe simple mais efficace : articuler formation théorique et immersion en entreprise. Ce modèle permet de construire des compétences directement alignées avec les besoins du marché, tout en facilitant une insertion professionnelle rapide et durable. Il présente plusieurs avantages majeurs. D’abord, il réduit significativement le décalage entre formation et emploi. L’apprenant est confronté aux réalités du terrain, aux outils, aux exigences, aux rythmes professionnels. Il ne découvre pas le monde du travail après sa formation : il y évolue déjà. Ensuite, il renforce l’employabilité. En sortant du dispositif, le bénéficiaire ne dispose pas seulement d’un diplôme, mais également d’une expérience concrète, valorisable et immédiatement mobilisable.
Enfin, il implique pleinement le secteur privé, qui devient un acteur central dans la construction des compétences. L’entreprise ne subit plus le marché du travail : elle contribue à le façonner.
Ce modèle, je ne le décris pas en théorie. Je l’ai vécu. Ma propre reconversion professionnelle dans le recrutement s’est construite dans le cadre d’un contrat d’apprentissage, au sein d’un centre de formation du Groupe Adecco à Paris. Alternant une semaine de formation et trois semaines en entreprise, j’ai pu acquérir simultanément des connaissances académiques et des compétences opérationnelles. Cette expérience m’a permis d’obtenir un diplôme, d’apprendre un métier et d’être immédiatement opérationelle sur mes différentes missions. Par mon exempe, j’ai compris que l’alternance n’est pas une voie secondaire. C’est un véritable accélérateur de compétences. Elle permet une reconversion réussie, une montée en compétences rapide, une insertion directe sur le marché et une crédibilité professionnelle renforcée.
Pour autant, il serait illusoire de penser que la seule mise en place de ce dispositif suffira à produire ces résultats. Encore faut-il le faire avec ambition, exigence et cohérence. L’expérience française est, à cet égard, particulièrement éclairante. Le succès de l’apprentissage repose sur une architecture rigoureuse et des mécanismes de régulation solides.
D’une part, le dispositif est soumis à un double contrôle :
– l’inspection de l’apprentissage, qui veille à la qualité pédagogique et au bon
déroulement des formations
– l’inspection du travail, garante du respect du cadre légal et des conditions de
travail des apprentis. D’autre part, le financement et la structuration du système reposent sur des acteurs clés comme les OPCO (Opérateurs de Compétences), qui accompagnent les branches professionnelles dans le développement des compétences, financent les formations et assurent une cohérence entre besoins économiques et parcours proposés.Ce niveau d’encadrement n’est pas accessoire. Il est précisément ce qui garantit la crédibilité, la qualité et la pérennité du dispositif. Car, l’alternance est un équilibre fragile. Sans contrôle, elle peut dériver vers de la main-d’œuvre à bas coût. Sans exigence pédagogique, elle perd sa valeur formative. Sans implication des entreprises, elle devient théorique. Néanmoins, transposer un tel modèle au Bénin ne signifie pas le copier, mais plutôt de construire un système adapté à nos réalités, et tout aussi structuré. Cela suppose :
– des centres de formation exigeants et connectés aux besoins du marché
– un engagement réel des entreprises dans la transmission des compétences
– un cadre réglementaire clair et appliqué
– des mécanismes de financement pérennes et lisibles – un dispositif de contrôle et de
suivi effectif. Sans cette rigueur, l’alternance restera une intention. Avec elle, elle peut devenir un levier puissant de transformation. Au-delà de la formation, c’est bien d’un enjeu de compétitivité et de développement dont il s’agit. Former des talents adaptés aux besoins des entreprises, sécuriser les parcours professionnels, faciliter les reconversions, valoriser les filières techniques et professionnelles : autant de défis auxquels l’alternance peut apporter des réponses concrètes. Romuald Wadagni nous propose donc une réelle opportunité. Encore faut-il la saisir avec méthode, exigence et vision. Former pour employer n’est plus une option. C’est une nécessité.
