A Golden Tulip Le Diplomate, mercredi 25 février 2026, la Commission béninoise des droits de l’homme (Cbdh), a organisé une table ronde consacrée à l’adoption d’une loi de protection des Défenseurs des droits humains (Ddh). Organisée avec l’appui de l’Association francophone des commissions nationales des droits de l’homme (Afcndh) et de l’Agence française de développement (Afd), cette rencontre marque une étape décisive pour la société civile béninoise.
L’objectif est clair : doter le Bénin d’un cadre institutionnel et législatif spécifique pour sécuriser ceux qui militent pour la justice et la dignité. Si le Bénin a été pionnier en esquissant un projet de loi dès 2013, bien avant ses voisins ivoirien ou malien, le texte reste à ce jour en attente. Pour la Vice-Présidente de Cbdh, Sidikatou Adamon Houedete, ce vide juridique doit être comblé pour répondre aux défis actuels, notamment les restrictions de l’espace civique et les pressions sur les acteurs engagés. Il s’agit également de lever l’incompréhension des politiques, qui attendent souvent des défenseurs un simple rôle d’accompagnement, tout en assurant l’harmonisation avec les standards internationaux comme la Déclaration des Nations Unies de 1998.
Le diagnostic de Michel Forst
Expert de renommée internationale et Secrétaire général de l’Afcndh, Michel Forst a brossé un tableau nuancé mais lucide de la situation. S’il reconnaît au Bénin un socle constitutionnel solide, il a pointé du doigt plusieurs signaux d’alerte, à commencer par le rétrécissement de l’espace civique. Ce phénomène, confirmé par les rapports de Civicus, se traduit, selon ses propos, par des pressions sur les médias et des restrictions aux manifestations. Michel Forst a rappelé que tout individu, y compris un fonctionnaire ou un avocat, est un défenseur dès lors qu’il promeut les droits humains, et que l’État a l’obligation de les protéger.
L’échange a permis d’identifier les acteurs les plus exposés sur le territoire national. Les journalistes et opposants politiques arrivent en première ligne face aux poursuites pour diffamation. Ils sont suivis par les défenseurs de l’environnement et du foncier, souvent en conflit avec des projets agro-industriels ou d’extraction. Enfin, les femmes défenseures font l’objet d’une attention particulière car elles sont victimes d’une double stigmatisation, à la fois sociale et sécuritaire. Cette table ronde, aux dires des organisateurs, ne se veut pas une simple plateforme de constat, mais un tremplin pour l’action. Il s’agit de bâtir un dispositif crédible, doté de ressources adéquates et de procédures d’urgence.
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE
