Le Bénin avance, mais il avance à deux vitesses. Publié le 31 octobre 2026 par la Fondation Mo Ibrahim, l’Indice Ibrahim de la Gouvernance en Afrique (IIAG) 2026 place le pays au 12e rang sur 54 pays africains, avec un score de 60,1 sur 100.

Un rang flatteur. Dix points au-dessus de la moyenne continentale (50,1) et largement au-dessus de la moyenne ouest-africaine (52,9). Un gain de 2,6 points depuis 2016, qui s’est même accéléré ces dernières années. Mais derrière cette performance globale se cache un déséquilibre inquiétant : pendant que l’économie explose, la démocratie recule. Et ce recul n’est pas marginal. Il est massif, documenté, et il place le Bénin parmi les pays où la participation citoyenne s’est le plus dégradée en dix ans.

La participation politique en chute libre

C’est le point noir du rapport. La sous-catégorie Participation a chuté de 18,6 points depuis 2016 au Bénin.

Dans le détail, c’est un effondrement. L’indicateur des élections démocratiques s’écroule de 36,3 points. Celui de l’absence d’influence indue, c’est-à-dire l’indépendance des processus politiques face aux pressions, aux réseaux et aux intérêts particuliers, plonge de 47,2 points. Les dispositifs anticorruption, eux, perdent 27,7 points.

Au total, la grande catégorie Participation, Droits et Inclusion recule de 5,7 points sur la décennie.

Que mesure exactement cet indice ? Pas seulement le vote. La participation, dans le cadre de l’IIAG, couvre aussi les libertés d’association et de réunion, le pluralisme politique, l’espace accordé à la société civile, la gouvernance délibérative et participative, ainsi que la perception des citoyens.

Autrement dit, ce n’est pas un simple indicateur technique. C’est la mesure de la capacité des Béninois à peser réellement sur les décisions qui les concernent. Et sur ce terrain, le pays recule.

Ce constat béninois n’est pas isolé. À l’échelle du continent, la Participation recule dans 31 pays, représentant 60% de la population africaine. La Sécurité & État de droit recule dans 34 pays, soit 78% de la population.

Le Bénin s’inscrit donc dans une tendance continentale de rétrécissement de l’espace démocratique, mais avec une intensité particulière sur la participation.

Un compromis non viable, avertit Mo Ibrahim

Pour la Fondation, ce paradoxe est au cœur de l’édition 2026 : 25 pays, représentant près de 47% de la population du continent, parviennent à progresser économiquement malgré la détérioration de la sécurité et de l’état de droit.

Le Bénin est l’illustration parfaite de ce compromis.

Et Mo Ibrahim, président et fondateur de la Fondation, prévient :  « Un tel compromis n’est pas viable à long terme. Sans progrès en matière de sécurité, d’état de droit et de participation, les avancées économiques et sociales ne sauront perdurer, et resteront en tout état de cause plus faibles. »

L’avertissement est clair : on peut construire des routes, attirer des investisseurs et améliorer la gestion budgétaire, mais sans institutions inclusives, sans élections crédibles et sans contre-pouvoirs, ces acquis restent fragiles.

L’économie, le seul moteur qui tourne

Car sur le plan économique, le bilan est, lui, spectaculaire.

Là où le Bénin écrase la concurrence, c’est sur les Fondements des Opportunités Économiques. Avec +12,3 points depuis 2016, il enregistre la plus forte progression du continent dans cette catégorie.

Il est aussi premier en Afrique pour l’Environnement des affaires et du travail, avec +12,8 points, grâce à un bond des infrastructures (+16,7 points) et de l’administration publique (+14,6 points).

Le pays se classe désormais 2e en Afrique pour l’Intégration régionale et 3e pour la Gestion budgétaire et financière et l’Efficacité de l’administration.

Le message de l’IIAG 2026 pour Cotonou est donc à double tranchant : le Bénin est devenu un modèle de gestion économique en Afrique. Il lui reste à redevenir un modèle démocratique.

M.M. 

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