L’annonce de l’expédition d’un premier baril de pétrole béninois vers les Pays-Bas suscite de l’intérêt et nourrit des espoirs quant aux perspectives économiques du pays. Mais au-delà de cette avancée, une question mérite d’être posée : quelles retombées concrètes cette richesse aura-t-elle sur le quotidien des populations ?

Car pendant que le pétrole brut béninois prend le chemin de l’exportation, les ménages continuent de subir le coût des produits énergétiques. Le pétrole lampant se vend à plus de 1 000 F Cfa le litre, contre 750 F Cfa pour l’essence. Un écart de plus de 200 F Cfa qui interpelle d’autant plus que le Bénin ne produit pas l’essence consommée à la pompe et dépend des approvisionnements extérieurs pour ce carburant.

La question ne consiste pas à opposer l’exportation du pétrole à sa consommation locale. Il s’agit plutôt de s’interroger sur la capacité du pays à transformer ses ressources en véritables avantages pour ses citoyens. Une richesse nationale ne devrait pas seulement se mesurer aux volumes exportés et aux recettes attendues, mais également à ses effets sur les conditions de vie des populations.

Oui, il faut du social dans nos hôpitaux et dans nos écoles. L’accès aux soins et à l’éducation est indispensable. Mais le véritable impact social se ressent également dans les marchés, dans les boutiques et dans les assiettes. Il se mesure à la capacité des familles à se nourrir convenablement sans y consacrer l’essentiel de leurs revenus.

Le consommons local à l’épreuve du pouvoir d’achat

Le mois d’octobre a été l’occasion de multiplier les discours, les initiatives et les appels en faveur de la consommation des produits locaux. Mais une fois les campagnes de promotion achevées et les discours prononcés, une équation demeure : celle du pouvoir d’achat.

Encourager les Béninois à consommer ce qu’ils produisent est une démarche louable. Encore faut-il que les produits locaux soient financièrement accessibles. Le consommons local ne peut durablement reposer sur le seul patriotisme économique des consommateurs. Il doit aussi se traduire par des prix abordables, une meilleure disponibilité des produits et des conditions qui permettent aux ménages de privilégier la production nationale sans fragiliser davantage leur budget.

Consommer local ne devrait pas être un sacrifice financier, mais un choix économiquement viable. C’est aussi à cette condition que les campagnes de promotion trouveront un véritable prolongement dans les habitudes de consommation.

Le pétrole de Sèmè ouvre une nouvelle perspective pour l’économie béninoise. Mais cette nouvelle richesse ne devrait pas être appréciée uniquement à travers les cargaisons expédiées vers l’étranger. Elle doit aussi nourrir une réflexion sur le coût de la vie, l’accès à l’énergie et le pouvoir d’achat.

Un pays ne mesure pas seulement sa richesse à ce qu’il exporte, mais aussi à ce que ses populations peuvent se permettre d’acheter. Le social commence aussi dans le panier de la ménagère.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE 

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