Passionné de technologie et brillant orateur, le jeune Dodi Daguia entend mettre l’innovation au service des défis africains. À la tête de Youth4Peace, il développe avec son équipe une intelligence artificielle capable de fonctionner sans connexion Internet pour aider les producteurs à identifier les maladies et les ravageurs du maïs. Mais son engagement ne s’arrête pas aux champs. À travers son organisation, il œuvre également à faire découvrir les métiers d’avenir aux jeunes, à stimuler leur créativité et à soutenir les enfants vulnérables. Deux dimensions d’un même projet : faire de l’innovation un levier de progrès et donner à la jeunesse les moyens de participer aux transformations de demain.

PlantGuard AI, l’intelligence du terrain au service de la sécurité alimentaire

L’enjeu est considérable. Le maïs constitue un aliment de base pour plus de 300 millions d’Africains. Pourtant, selon la FAO, les ravageurs et les maladies peuvent entraîner des pertes importantes dans les récoltes. En Afrique, la seule chenille légionnaire d’automne détruirait entre 8,3 et 20,6 millions de tonnes de maïs par an, pour un impact économique pouvant atteindre 6,2 milliards de dollars. Dans ce contexte, mieux détecter les menaces qui pèsent sur les cultures représente un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire.

C’est à cette problématique que Dodi Daguia et son équipe entendent apporter une réponse avec PlantGuard AI. La solution repose sur deux innovations majeures. La première est sa capacité à fonctionner entièrement hors ligne. Grâce à TensorFlow Lite de Google, le modèle d’intelligence artificielle est embarqué dans le smartphone, permettant son utilisation dans les champs même en l’absence de réseau Internet. La seconde réside dans son approche de l’évaluation de la gravité des atteintes observées. Plutôt que de se limiter à la surface abîmée, l’application propose une échelle de gravité de 0 à 5, adaptée à la nature de chaque menace. Pour la rouille, elle mesure la surface tachée ; pour la chenille légionnaire, elle examine les dégâts causés au cornet central, qui abrite le cœur de la plante ; et pour le virus de la striure, elle prend en compte la précocité de l’infection.

La phase pilote a démarré de manière inclusive en juillet 2026 dans plusieurs exploitations agricoles, avec la participation de 25 producteurs, dont 9 femmes, accompagnés d’agronomes et d’associations locales de développement. La version actuelle reconnaît six catégories majeures : la rouille commune, la cercosporiose, l’helminthosporiose, la chenille légionnaire, le virus de la striure et la feuille saine. Cette dernière catégorie permet au système de distinguer les feuilles qui ne présentent pas de symptômes correspondant aux problèmes ciblés.

L’utilisation a été pensée pour rester accessible aux producteurs. Il suffit de photographier une feuille à plat, à une distance d’environ vingt centimètres, pour obtenir un résultat annoncé en moins d’une seconde, accompagné d’un taux de confiance et d’un code couleur. Si la photo est floue, l’application demande de recommencer. Lorsque deux maladies présentent des symptômes similaires, elle propose un quiz visuel rapide afin d’affiner le diagnostic. Les résultats peuvent également être restitués à voix haute en français et en anglais, tandis que le fon et d’autres langues africaines sont envisagés pour la suite. Le système fournit enfin des recommandations fondées sur des références de la FAO et de l’INRAB. Son fonctionnement embarqué permet d’effectuer le diagnostic sans transmettre les images à un service distant.

Le développement de PlantGuard AI se poursuit au rythme des saisons agricoles. La consolidation de la solution est prévue pendant la petite saison des pluies, d’août à novembre 2026, avec une mise à disposition sur l’App Store et le Play Store envisagée avant la grande saison de mars 2027. À terme, l’équipe envisage d’étendre l’application à d’autres cultures, notamment le soja et le manioc.

Au-delà de sa dimension technologique, PlantGuard AI illustre une conviction portée par Dodi Daguia : les innovations les plus utiles sont celles qui répondent à des besoins du quotidien. Cette philosophie dépasse toutefois la sphère agricole. Elle se retrouve dans la vision et les autres actions de Youth4Peace.

Youth4Peace : quatre priorités pour transformer les idées en actions concrètes

Fondée par Dodi Daguia, Youth4Peace place la jeunesse, l’innovation et la solidarité au cœur de son engagement en faveur de solutions adaptées aux défis africains. Sa devise résume cette ambition : « Libérer le potentiel, transformer les idées en actions à impact et construire les solutions de demain. »

Pour traduire cette vision, l’organisation articule son engagement autour de quatre priorités : préparer les jeunes aux métiers d’avenir ; révéler les talents et stimuler la créativité ; faire de l’innovation un levier de développement durable ; et soutenir les enfants vulnérables, notamment à travers des œuvres caritatives dans les orphelinats.

PlantGuard AI s’inscrit directement dans la troisième priorité. En mobilisant l’intelligence artificielle pour répondre aux difficultés rencontrées par les producteurs de maïs, le projet illustre la volonté de Youth4Peace de faire émerger des solutions technologiques ancrées dans les réalités locales. Mais l’organisation ne réduit pas son action à cette première innovation numérique. Elle mène également des initiatives éducatives et solidaires qui donnent corps à ses autres priorités. Des activités organisées à Oumako et à Sakété en témoignent, avec des actions allant de la découverte des métiers d’avenir à l’initiation au numérique et à l’expression artistique.

À Oumako, faire découvrir les métiers d’avenir par la pratique

À Oumako, dans la commune de Comè, à la veille de la rentrée scolaire, Youth4Peace a associé solidarité et apprentissage en apportant des fournitures scolaires aux élèves. Organisée en partenariat avec l’ONG internationale Doli Doli, l’initiative a permis aux enfants de découvrir les métiers d’avenir, le numérique et les énergies renouvelables. Les participants ont ainsi pu se familiariser avec le concept de fablab et apprendre à fabriquer une lampe fonctionnant à l’énergie solaire.

Pour animer cette séance participative aux côtés de Dodi Daguia, M. Antony, venu de Belgique, s’est notamment appuyé sur l’exemple d’Iroko FabLab, basé à Cotonou. Cet espace collaboratif permet aux artisans, aux étudiants et aux créateurs de transformer leurs idées en prototypes grâce aux outils numériques, dans une démarche qui mise sur l’innovation durable. En proposant aux élèves une expérience pratique, Youth4Peace entend susciter leur curiosité, stimuler leur créativité et leur faire entrevoir de nouvelles possibilités professionnelles.

À Sakété, ouvrir les horizons grâce au numérique et à la créativité

En 2025, Youth4Peace a également mené une action solidaire à Sakété en faveur d’enfants orphelins. Accompagnée de dons de vivres, cette initiative leur a permis de s’initier au numérique et aux moteurs de recherche, afin de découvrir le monde et d’envisager un meilleur avenir. Dans le cadre de cette démarche, l’organisation a également fait appel au jeune artiste-peintre Ulrich Zigan, qui a animé un grand atelier de peinture. Les enfants ont ainsi pu exprimer leurs sentiments, laisser libre cours à leur imagination et donner forme à leurs rêves. Pour les bénéficiaires, ce fut un « moment de partage d’amour et d’apprentissage inoubliable ».

Cette approche illustre la complémentarité des priorités de Youth4Peace : soutenir les enfants vulnérables, leur ouvrir l’accès aux outils numériques et leur offrir des occasions de révéler leurs talents. En associant découverte technologique, solidarité et expression artistique, l’organisation entend contribuer à l’épanouissement des enfants et à l’élargissement de leurs ambitions.

Ancrer les solutions dans les réalités africaines

Du diagnostic des maladies du maïs à la découverte des métiers d’avenir, en passant par l’initiation au numérique et l’expression artistique, les initiatives de Youth4Peace traduisent une même volonté : transformer le potentiel des jeunes en possibilités concrètes et mettre l’innovation au service des communautés.

Une capacité à fédérer les énergies et à transformer une idée innovante en action concrète, c’est ce que l’on retrouve chez le jeune promoteur. Dodi Daguia voit loin avec son bac scientifique, options Mathématiques, Sciences Physiques et Chimie brillamment obtenu et une perspective d’études universitaires en technologies. Cet adolescent qui paraît plus mâture que son âge, développe une certaine constance : rendre le numérique plus accessible et l’arrimer davantage aux réalités béninoises et plus largement africaines.

Thomas AZANMASSO

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