La santé maternelle et néonatale demeure un enjeu majeur de santé publique au Bénin. Pour renforcer la contribution des médias à la prévention et à la sensibilisation des populations, le Centre de recherche en reproduction humaine et en démographie (Cerrhud), en collaboration avec l’Association des journalistes en Santé sexuelle et reproductive, a organisé, mercredi 28 octobre 2026, une journée de formation et d’informations à l’intention des journalistes spécialisés dans les questions de santé. La rencontre s’est tenue sur le site du Cerrhud, à Gbégamey, à Cotonou.
« Les journalistes, un tissu précieux entre les programmes de santé et la communauté. » C’est par ces mots que le Dr Jean-Paul Dossou, directeur exécutif du Cerrhud, a rappelé la place stratégique des médias dans la diffusion des connaissances scientifiques et la promotion de comportements favorables à la santé.
Pour lui, le rapprochement entre chercheurs et professionnels des médias constitue un levier important pour rendre l’information sanitaire plus accessible aux communautés et contribuer à une meilleure prise en compte des enjeux de santé dans les décisions publiques. Il a ainsi invité les journalistes à jouer pleinement leur rôle de relais entre les programmes de santé et les populations.
Dans la même dynamique, le Dr Romuald Bothon, chef du service santé mère-enfant à l’Agence nationale des soins de santé primaires du ministère de la Santé, a insisté sur l’importance d’une information adaptée aux réalités et aux besoins des communautés. « Notre population a besoin d’être informée », a-t-il souligné, rappelant la nécessité d’adapter continuellement les approches de sensibilisation aux enjeux de santé de la mère et de l’enfant.
Le Dr Romuald Bothon a également mis en avant les actions menées par le ministère de la Santé, à travers l’Agence nationale des soins de santé primaires, pour accélérer la réduction de la mortalité maternelle et néonatale. Ces interventions ciblent principalement les trois retards qui peuvent compromettre la survie des femmes enceintes et des nouveau-nés : le retard dans la décision de recourir aux soins, celui lié à l’accès aux structures sanitaires et celui concernant la prise en charge une fois dans les établissements de santé. L’objectif est d’agir sur ces différents obstacles, depuis la communauté jusqu’à l’accès à des soins de santé de qualité dans l’ensemble des établissements sanitaires du Bénin.
Des chiffres qui interpellent
Les communications présentées au cours de la rencontre ont mis en évidence plusieurs défis persistants en matière de santé sexuelle et reproductive. Selon les données exposées lors des échanges, près d’une femme sur deux connaît une grossesse non intentionnelle en Afrique de l’Ouest. Par ailleurs, 37 % des femmes se marieraient avant l’âge de 18 ans, tandis que 48 % ne bénéficieraient pas de consultations prénatales et 42 % auraient subi des violences conjugales.
Ces chiffres soulèvent des préoccupations majeures concernant la prévention des grossesses non intentionnelles, la protection des adolescentes, l’accès aux soins prénatals et la lutte contre les violences faites aux femmes.
Au-delà des statistiques, la santé maternelle et néonatale renvoie à des enjeux humains, sociaux et sanitaires fondamentaux. Chaque femme enceinte doit pouvoir bénéficier d’un accompagnement adapté, de soins de qualité et d’une prise en charge respectueuse de ses droits.
Les conditions dans lesquelles se déroule une grossesse peuvent également avoir des conséquences sur la santé et le développement de l’enfant. D’où l’importance d’un suivi médical approprié, d’un environnement favorable à la grossesse et d’une meilleure sensibilisation aux Droits sexuels et reproductifs. La prévention des complications maternelles et néonatales ne saurait, en effet, se limiter aux structures sanitaires. Elle nécessite également l’engagement des familles, des communautés, des pouvoirs publics et des médias.
Le Cerrhud présente ses missions et ses domaines d’intervention
La journée a également permis aux participants de mieux connaître le Cerrhud, sa vision, ses missions, ses valeurs et ses orientations stratégiques. À travers sa présentation, Florence Ahossi a exposé les principaux domaines d’intervention du centre, notamment la Santé sexuelle et reproductive, les maladies transmissibles et non transmissibles ainsi que les questions climatiques, avec un intérêt particulier pour la santé maternelle et néonatale.
Cette communication a aussi mis en lumière les plus de 45 années d’engagement du centre dans ses domaines d’intervention, ainsi que son rôle dans la production et la valorisation des connaissances au service de la santé.
Mieux parler de santé sexuelle et reproductive dans les médias
Les travaux ont ensuite porté sur les concepts clés de la Santé sexuelle et reproductive ainsi que sur les droits qui y sont associés. Le Dr Jean-Claude Dossou a notamment insisté sur la place de ces questions dans la vie des communautés. « La Ssr est vitale pour la survie de la communauté. Le sexe et la reproduction sont au cœur de notre survie collective », a-t-il déclaré.
Au-delà des connaissances théoriques, les échanges ont mis l’accent sur les mots et les expressions à privilégier dans le traitement médiatique des questions de santé sexuelle et reproductive. L’enjeu est de permettre aux journalistes de produire des contenus exacts, accessibles et respectueux des personnes concernées, tout en évitant les formulations susceptibles d’alimenter la stigmatisation ou les préjugés.
Des médias au service de la prévention et du plaidoyer
Selon les éléments présentés lors de la rencontre, les pathologies maternelles et néonatales figurent parmi les principales causes de décès au Bénin. Cette situation appelle au renforcement de la prévention, à l’amélioration de l’accès aux soins et à une sensibilisation plus soutenue des populations.
Dans ce contexte, les journalistes sont invités à aller au-delà de la simple transmission de l’information. Par leurs enquêtes, reportages, interviews et analyses, ils peuvent rendre visibles les difficultés rencontrées par les femmes, déconstruire les idées reçues, valoriser les bonnes pratiques et interpeller les décideurs sur les insuffisances de la prise en charge sanitaire.
Cette journée de formation et d’information aura ainsi permis de rappeler que la qualité de l’information constitue un levier important de santé publique. En consolidant les liens entre chercheurs et professionnels des médias, le Cerrhud entend favoriser une information sanitaire plus rigoureuse et plus accessible, au bénéfice des femmes, des nouveau-nés et des communautés.
Mieux informer sur la santé maternelle et néonatale, c’est contribuer à prévenir les risques, à défendre les droits des femmes et à protéger la vie dès les premiers instants.
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE

