Entre préjugés ancrés, pressions familiales et méconnaissance médicale, l’absence d’enfant est encore trop souvent imputée d’emblée à la femme. Une approche injuste et réductrice, alors que l’infertilité concerne aussi bien l’homme que la femme.
Le désir d’enfant constitue un cap majeur dans la vie des couples. Mais lorsque la grossesse tarde à s’installer, l’attente vire rapidement à l’épreuve. Dans de nombreuses familles, l’épouse devient alors la cible privilégiée des regards inquisiteurs, des soupçons et des accusations, sans qu’aucun diagnostic n’ait été posé.
« C’est surtout parce que beaucoup de personnes ont grandi avec l’idée que c’est à la femme que revient la responsabilité d’avoir un enfant », observe Germaine NOUVO, femme au foyer. Dans certaines sociétés, la maternité reste en effet étroitement liée à l’identité sociale féminine.
« Quand un couple reste longtemps sans enfant, les gens commencent souvent par regarder la femme. Ils disent : “C’est sûrement elle qui a un problème” », témoigne Leatitia BADE, sage-femme à Abomey. Cette stigmatisation se traduit par des remarques acerbes de la belle-famille, des interrogations répétées, des comparaisons malvenues ou des conseils non sollicités, particulièrement pesants après plusieurs années de mariage.
Une pression psychologique délétère pour le couple
« C’est une pression très forte », souligne Laurence KOUNDE, psychologue du travail et des Organisations. Selon elle, les questions se multiplient immédiatement à l’encontre de l’épouse, à qui l’on intime parfois qu’elle n’a été mariée que pour procréer. Au-delà des reproches, ces tensions menacent directement l’équilibre du foyer, risquant d’altérer le dialogue et la confiance entre conjoints et pouvant mener à la rupture.
À cette détresse morale s’ajoute parfois la persistance de croyances spirituelles ou mystiques, certains attribuant l’absence de grossesse à des forces occultes. L’épreuve engendre ainsi un profond sentiment de culpabilité, de honte et d’isolement, poussant parfois certaines personnes à fuir les réunions familiales.
La réalité médicale et l’importance d’une prise en charge conjointe
Pourtant, la réalité biologique est tout autre. Les difficultés de conception n’ont rien d’exclusivement féminin. « Chez l’homme, la quantité et la qualité des spermatozoïdes, certaines infections, des troubles hormonaux ou d’autres problèmes de santé peuvent notamment intervenir », rappelle Germaine NOUVO.
Face à ce constat, une évolution profonde des mentalités s’impose. L’infertilité doit être traitée comme une question de santé et non comme une défaillance individuelle. Les spécialistes insistent sur l’importance d’une évaluation médicale conjointe pour identifier les causes réelles et orienter les partenaires vers une prise en charge adaptée.
L’accompagnement psychologique a également toute sa place pour aider les conjoints à surmonter les traumatismes et à préserver leur couple des ingérences extérieures. « Aux couples, ne transformez pas la maison en tribunal », prévient Laurence KOUNDE. Plutôt que de désigner un coupable au hasard, l’écoute mutuelle, le soutien et la démarche médicale conjointe restent les meilleures réponses à cette épreuve.
C’est dire que face à l’absence de grossesse, il faut en finir avec la tentation du bouc émissaire.
Marie-Aurencia FAGBEHOURO (Stag)


