À travers LÉGENDES VIVANTES, une série de portraits-hommages publiée sur les réseaux sociaux, Alban Codjia fait le pari de raconter des parcours inspirants pendant que celles et ceux qui les incarnent sont encore là pour en mesurer l’écho. Journaliste et réalisateur béninois, il revient sur la genèse de cette initiative, son attachement au genre du portrait et son projet de réunir ces récits dans un ouvrage destiné à prolonger leur mémoire.
LÉGENDES VIVANTES, de quoi s’agit-il ?
C’est une série de portraits-hommages consacrée à des femmes et des hommes dont les trajectoires peuvent édifier la société et inspirer d’autres personnes. Elle est publiée sur la page Facebook Alban Codjia. L’idée de départ est toute simple : parler des gens de leur vivant, sans attendre leur disparition pour leur consacrer des oraisons funèbres enflammées.
J’ai toujours pensé qu’un portrait objectif réalisé du vivant d’une personne vaut mieux que dix mille éloges à titre posthume. Nous ne parlons pas suffisamment des réalisations des uns et des autres pendant qu’ils sont encore là pour en tirer du réconfort, mais aussi une envie renouvelée de poursuivre leurs efforts et de persévérer.
Pourquoi avoir choisi précisément le portrait pour porter cette initiative ?
J’aurais pu réaliser des reportages, des enquêtes ou emprunter d’autres formes journalistiques, mais j’ai choisi le portrait parce que j’aime profondément ce genre.
Avant d’être réalisateur audiovisuel, j’ai d’abord été journaliste de presse écrite. Pendant près de quinze ans, j’ai travaillé dans différents desks, notamment celui de la culture, où il était question, entre autres, de mettre en lumière des trajectoires artistiques et des parcours singuliers. On m’a également confié une rubrique intitulée « Figure des médias », consacrée aux hommes et aux femmes de médias les plus en vue. C’est notamment là qu’est né mon attachement au portrait.
Au-delà du goût pour le genre, il y a une conviction : le portrait permet de transmettre une mémoire, de partager des expériences et de tirer les enseignements d’un parcours. Raconter une trajectoire, c’est aussi donner à d’autres des raisons de croire en leurs possibilités et de persévérer malgré les obstacles. C’est cette dimension qui donne tout son sens à LÉGENDES VIVANTES.
Vous parlez à la fois de « portrait-hommage » et de « portrait objectif ». Comment conciliez-vous la volonté de célébrer une personnalité avec l’exigence journalistique de distance et de nuance ?
Le principe est simple : préserver, sur le fond, la rigueur journalistique, en ne rapportant que des faits vérifiés, et veiller, dans le style, à éviter les éloges faciles. L’aspect hommage prend tout son sens dans l’attention accordée à la dimension humaine du parcours, aux épreuves traversées, aux choix effectués et aux enseignements que l’on peut en tirer. Il ne s’agit donc pas d’idéaliser une personnalité, mais de raconter son histoire avec justesse, en mettant en lumière ce qui mérite d’être retenu de son expérience.
Quels critères déterminent qu’une personne mérite, selon vous, d’entrer dans la galerie des LÉGENDES VIVANTES ?
C’est l’œuvre accomplie et le parcours qui font d’une personne une légende vivante. Bien entendu, certains parcours nous paraissent plus inspirants que d’autres. Le critère est donc simple : une personne intègre cette galerie lorsque son histoire, par les leçons qu’elle véhicule et les valeurs qu’elle incarne, est susceptible d’édifier d’autres personnes.
Vous avez lancé l’initiative au début de l’année. Quel bilan faites-vous des premières publications ?
Nous publions un portrait par mois. Plusieurs personnalités ont déjà été mises à l’honneur, notamment Édouard Loko, journaliste et Président de la Haac, Orden Alladatin,ancien comédien , député à l’Assemblée nationale, figure importante de la mouvance présidentielle sous Patrice Talon, Alougbine Dine, metteur en scène, fondateur de l’école internationale de théâtre du Bénin. Nous avions prévu de passer à deux publications par mois après les six premières parutions, mais certaines contingences nous ont conduits à maintenir le rythme mensuel. L’essentiel reste pour nous de poursuivre cette démarche et de continuer à documenter des trajectoires qui méritent d’être connues et transmises.
Quelle place souhaitez-vous accorder aux femmes dans LÉGENDES VIVANTES ?
Trois femmes ont déjà trouvé place dans nos publications et il est prévu que d’autres personnalités féminines soient mises en lumière.
Quelle est la prochaine étape ?
Nous voulons réunir les portraits dans un livre afin de conserver une trace de ces parcours et de les faire connaître au-delà des réseaux sociaux. Ce projet nécessite cependant des moyens financiers dont nous ne disposons pas encore. Nous avançons avec les ressources disponibles et espérons mobiliser des personnes, des entreprises et des institutions sensibles à la valorisation des parcours et à la promotion de modèles inspirants. Toute contribution susceptible de nous aider à concrétiser cette nouvelle étape sera la bienvenue. Les réseaux sociaux font vivre ces histoires aujourd’hui ; un livre leur offrirait une place durable dans notre mémoire collective.
Alban Codjia

