D’Abomey-Calavi à Natitingou ou encore à Porto-Novo, le prix carburant notamment l’essence de contrebande connait une hausse vertigineuse. Alors que les stations grouillent de monde, l’inquiétude gagne les rangs.
Se déplacer actuellement devient de plus en plus difficile dans plusieurs villes du Bénin. En cause, la hausse du prix de l’essence de contrebande. Étudiants, conducteurs de zémidjan et autres usagers en paient le prix. Étudiante à l’UAC, Bénédicte Agbato dépend entièrement des moyens de transport en commun parce qu’elle n’a pas de moto. « Je suis sans véhicule, je suis obligée de prendre les zems ou les bus de Tokpa pour rentrer », explique-t-elle. Pour elle, il n’y a plus de déplacements à moindre coût à cause de l’augmentation du prix de l’essence. Une situation qui pèse lourdement sur son budget mensuel : « Je dois dépenser plus pour venir à l’université, alors que mes autres dépenses n’ont pas diminué. »
Même constat chez Aurel Akouta, également étudiant et propriétaire d’une moto. Selon lui, la hausse du prix de l’essence l’oblige à dépenser davantage pour se rendre à l’université. « L’essence qui était autrefois à 400 ou 500 F est aujourd’hui à 800 F. Donc, ça augmente le prix du trajet », affirme-t-il. Face à cette situation, il dit être parfois obligé de prendre les bus de Tokpa pour réduire ses dépenses de déplacement.
Les conducteurs de zémidjan ne sont pas épargnés par cette situation. À Abomey-Calavi, un conducteur de zémidjan évoque les difficultés rencontrées au quotidien. « La cherté du carburant pèse beaucoup sur notre quotidien », déclare-t-il. Pour lui, chaque journée de travail nécessite davantage de dépenses qu’auparavant. « Des fois, il faut au moins deux ou trois litres d’essence. Avec 500 F ou 1 000 F, on s’en sortait facilement. Aujourd’hui, il faut utiliser jusqu’à au moins 2 000 F pour avoir deux litres », ajoute-t-il. Cette hausse des dépenses pousse certains conducteurs à revoir leurs tarifs afin de préserver leurs revenus. C’est le cas d’Evariste : « Avant, là où je pouvais déposer un client avec 300 F, aujourd’hui c’est 500 F, voire 600 F », explique-t-il.
Les facteurs qui expliquent la hausse
La hausse du prix de l’essence ne concerne pas uniquement les consommateurs. Les vendeurs de carburant évoquent également plusieurs facteurs pour expliquer l’évolution des prix. À Abomey-Calavi, certains estiment que le problème commence au niveau des fournisseurs. « Les fournisseurs chez qui l’on achète augmentent leurs prix, ce qui a des répercussions sur nos ventes au Bénin », explique un vendeur d’essence de contrebande. À cela s’ajoutent, selon lui, les difficultés liées au transport des marchandises, notamment les saisies ou les contrôles des services douaniers, ainsi que l’augmentation des frais et des taxes. Un autre facteur est évoqué par certains vendeurs : le taux de change entre le naira et le franc CFA. Un vendeur d’essence qui dit avoir l’habitude de s’approvisionner au Nigeria explique que ses prix dépendent notamment de l’évolution du taux de change. « Quand le naira chute face au FCFA, je n’ai d’autre choix que d’augmenter mes prix pour rester rentable », assure-t-il.
En plus de la hausse du prix de l’essence, une autre réalité se remarque sur le terrain : la multiplication des mini-stations au bord des routes.
Les mini-stations, une autre réalité sur le terrain
L’installation de mini-stations dans les quartiers constitue une autre évolution du paysage de la distribution du carburant. Pour les tenanciers, ces points de vente offrent un cadre plus sécurisé et plus encadré. « Avec les mini-stations, on est plus en sécurité et on n’a peur de rien », affirme Armande, tenancière d’une mini-station à Abomey-Calavi. Cependant, ces points de vente rencontrent eux aussi des difficultés, notamment en raison de la hausse du prix du carburant. « Dans une journée, à peine 20 personnes viennent s’approvisionner chez nous parce que le litre est à 850 F », ajoute Armande. Selon elle, certains usagers préfèrent se tourner vers l’essence de contrebande, moins chère. À cette difficulté s’ajoute le problème de l’approvisionnement. C’est l’un des principaux casse-têtes des gérants de mini-stations. Plusieurs confient être livrés de manière irrégulière, avec des retards pouvant durer plusieurs jours. Pour éviter de fermer boutique, certains disent être obligés de chercher d’autres sources d’approvisionnement. « Quand le dépôt ne nous livre pas, on est obligés de prendre de l’essence kpayo pour mettre dans les pompes, sinon on n’a rien à vendre. On mélange un peu pour garder les clients », confie un tenancier.
Du côté des conducteurs de zémidjan, le prix pratiqué dans ces points de vente constitue également un frein. Certains estiment que l’essence y coûte plus cher et que la quantité obtenue ne suffit pas toujours à couvrir leurs besoins pour une journée de travail. « À la station, avec 2 000 F, tu prends à peine quelques litres. Pour nous qui travaillons toute la journée, ça ne suffit pas », explique un conducteur de zémidjan rencontré à Abomey-Calavi.
Un autre conducteur partage le même constat. « Avec ce que je gagne par jour, je dois chercher à réduire mes dépenses de carburant. C’est pour cela que je ne prends pas toujours l’essence dans les stations », confie-t-il. Il ajoute que la quantité obtenue à la station ne lui paraît pas toujours suffisante au regard de la somme dépensée : « Quand je mets mon argent dans la station, l’essence finit vite et je me demande si c’est le litre que j’ai demandé qu’ils m’ont vendu » explique-t-il. Les autorités sont donc invitées à revoir leur coopération avec leur partenaire pétrolier afin de régulariser et pourquoi pas subventionner le secteur. Mais reste à savoir jusqu’à quand ces difficultés pèseront sur le quotidien des populations.
Elisabeth Sovi ( stag)



