Face à l’envolée des prix du charbon de bois et aux impératifs environnementaux, le gouvernement béninois incite la population à adopter le gaz comme alternative. Mais pour de nombreux ménages, la transition énergétique se heurte à des réalités économiques intraitables.

Une crise silencieuse touche le quotidien des ménages béninois : l’accès à l’énergie de cuisson. Récemment, lors d’une session en direct sur le réseau social TikTok, le ministre porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, est intervenu sur la question de la cherté du charbon de bois. Son message est clair : l’avenir du Bénin s’écrira sans charbon, et il est temps d’anticiper la mutation.

Reconnaissant la hausse du prix du sac de charbon atteignant parfois 12 000 F Cfa contre 7 000 F Cfa auparavant, le ministre porte-parole a invité les citoyens à une analyse comparative de leurs dépenses. Selon lui, le calcul économique et environnemental penche en faveur des alternatives comme le gaz domestique.

« Quand je prends un sac de charbon, je l’utilise pendant combien de semaines ? Quand j’ai une bouteille de gaz, je l’utilise pendant combien de semaines ? (…) Regardez aussi de ces côtés-là et voyez ce qui vous arrange le mieux en tant que citoyens, en tant qu’agents économiques », a déclaré Wilfried Léandre Houngbédji.

Au-delà de la question économique, le porte-parole du gouvernement met en avant les enjeux environnementaux. Selon lui, l’évolution des modes de consommation pourrait conduire, à terme, à une réduction considérable, voire à l’abandon de l’utilisation du charbon au Bénin.

Il a prévenu que l’usage du charbon est voué à disparaître à terme au Bénin, à l’instar d’autres pays de la sous-région : «Nous sommes condamnés aussi à faire ce choix. Il vaut mieux commencer dès maintenant à prendre d’autres habitudes plutôt qu’à s’accrocher à celles qui, par ailleurs, nuisent beaucoup à l’environnement.».

La réalité du terrain : « On ne peut pas acheter 100 F Cfa de gaz »

Dans l’opinion, cette exhortation ne fait cependant pas l’unanimité. Si certains peuvent y voir une invitation à adopter des pratiques plus respectueuses de l’environnement, de nombreux internautes dénoncent une approche qui, selon eux, ne tient pas suffisamment compte des difficultés financières des ménages.

Il se dénote une fracture profonde entre la vision stratégique de l’État et la précarité du quotidien. Plusieurs points de friction émergent des témoignages.

Le principal atout du charbon réside dans la possibilité d’acheter de petites quantités au jour le jour. «Il vous arrive de vous lever sans avoir un rond alors que votre gaz est terminé. Serez-vous capable de prendre du gaz pour 100 F Cfa pour préparer du haricot ? », s’interroge un citoyen. La recharge de gaz exige une somme forfaitaire immédiate que beaucoup de foyers ne peuvent sortir d’un coup.

Ensuite, péparer certains plats locaux  (comme le vanzou, le pois d’angole, etc, plats de base pour de nombreux ménages) nécessitent une longue cuisson et  avec du gaz s’avère extrêmement coûteux.

Par ailleurs, il est déplorer l’absence de subvention et de préparation : des observateurs regrettent que l’État ne soutienne pas cette transition par des subventions profondes sur la recharge de gaz ou les kits de cuisson. Plusieurs citoyens dénoncent une politique du «fait accompli» sans accompagnement pédagogique ni hausse préalable du pouvoir d’achat.

Enfin, l’inquiétude grandit chez les vendeurs de charbon, qui craignent de subir le même sort que les acteurs du secteur de l’essence de contrebande (kpayo), menacés par les réformes sans garanties de reconversion viable.

Vers une transition sociale et non subie

La question du mode de cuisson au Bénin dépasse désormais le cadre d’un simple choix ménager pour devenir un enjeu de justice sociale et environnementale.

Au-delà des réactions parfois critiques, le débat met en évidence une préoccupation centrale : comment concilier la préservation de l’environnement, la promotion de modes de cuisson alternatifs et les contraintes financières des ménages ?

Si la préservation des forêts béninoises est une urgence absolue, l’adhésion populaire à la transition énergétique nécessitera sans doute des mécanismes d’accompagnement plus souples : subvention améliorée du gaz, ou encore promotion de foyers améliorés.

Pour les citoyens, le message est clair : la volonté de changer d’habitudes existe, mais elle doit être soutenable pour les portefeuilles les plus modestes.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE 

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