De la prise en charge de la cataracte à l’oncologie pédiatrique, en passant par les soins de proximité, la fistule obstétricale, le cancer du col de l’utérus et bientôt la drépanocytose, la Fondation Claudine Talon intervient sur plusieurs fronts de santé publique au Bénin. Son action combine campagnes de soins, construction d’infrastructures, équipements et accompagnement des structures sanitaires. Tour d’horizon.
Créée en 2016, la Fondation Claudine Talon a fait de la santé l’un de ses principaux domaines d’intervention. L’organisation cible notamment les femmes et les enfants vulnérables, avec une approche qui combine accès aux soins et renforcement de l’offre sanitaire.
D’un projet à l’autre, les réponses diffèrent. Ici, il s’agit de construire une infrastructure spécialisée. Là, de rapprocher les soins des populations. Ailleurs encore, de dépister une maladie, de financer des traitements ou d’accompagner les structures sanitaires. Une diversité d’interventions qui dessine, au fil des années, une présence sur plusieurs maillons du système de santé.
À Porto-Novo, un centre au service des enfants atteints de cancer
En mai 2022, une nouvelle infrastructure ouvre ses portes au Centre hospitalier universitaire départemental de l’Ouémé et du Plateau (CHUD-OP), à Porto-Novo. Construite par la Fondation Claudine Talon, elle accueille notamment le premier service public béninois consacré à la prise en charge des cancers de l’enfant.
Avant cette ouverture, les possibilités de traitement des cancers pédiatriques restaient limitées dans le secteur public. Pour certaines familles, la recherche de soins à l’étranger pouvait constituer une solution, à condition d’en avoir les moyens.
L’unité d’oncologie pédiatrique de Porto-Novo vient ainsi renforcer l’offre disponible sur le territoire national. Elle dispose de 32 places d’hospitalisation et de cinq places pour les soins ambulatoires.
Au-delà des murs, la Fondation accompagne également le fonctionnement du service à travers l’appui au diagnostic, aux traitements, à la nutrition et aux équipements médicaux.
Des urgences pédiatriques dans le même bâtiment
L’infrastructure ne se limite pas à l’oncologie. Le bâtiment construit au CHUD-OP est un R+2. Le rez-de-chaussée accueille les urgences pédiatriques, tandis que l’unité d’oncologie pédiatrique occupe le premier étage. Le deuxième étage abrite des services annexes.
Le choix permet de réunir, dans un même ensemble, deux besoins distincts de la prise en charge des enfants : les situations nécessitant une intervention urgente et le suivi des patients atteints de cancer.
La Fondation intervient également sur les conditions de fonctionnement. Elle a contribué à l’équipement de l’unité, notamment pour le diagnostic, et apporte un appui à certaines dépenses liées aux soins et à la nutrition des enfants. La maintenance des équipements ainsi que le nettoyage et la désinfection du bâtiment font également partie de son accompagnement.
Une Maison pour les parents des enfants malades
Pour les familles, l’accès au traitement n’est pas la seule difficulté. En oncologie pédiatrique, les prises en charge peuvent s’étendre sur plusieurs mois. Pour les parents venus de loin, rester aux côtés de leur enfant peut alors représenter une charge supplémentaire.
À quelques mètres de l’unité d’oncologie pédiatrique de Porto-Novo, la Fondation a construit une Maison des Parents, mise en service en 2023.
La structure comprend 22 studios, un réfectoire et une salle de jeux. Les familles des enfants pris en charge dans l’unité peuvent y être hébergées et nourries gratuitement.
L’objectif est de permettre aux parents venus de différentes régions du Bénin de rester à proximité de leurs enfants pendant la durée des traitements. L’accompagnement dépasse ainsi le seul acte médical pour prendre en compte les conditions dans lesquelles les familles vivent la maladie.
À Wanrou, rapprocher les soins des populations
L’intervention de la Fondation ne se limite pas aux établissements spécialisés. À Wanrou, dans la commune de Banikoara, elle a construit, avec la Société pour le Développement du Coton (SODECO), un centre de santé destiné notamment aux populations d’Arbonga, de Kori et de Guinguiri.
Avant la mise en service de cette infrastructure, les habitants de ces localités devaient parcourir environ 15 kilomètres pour rejoindre le centre de santé le plus proche. Le nouveau centre, mis en service en janvier 2022, comprend une maternité, un dispensaire, une ambulance, des logements pour le personnel et des équipements nécessaires à son fonctionnement.
Quelques mois plus tard, la Fondation a également doté la maternité d’un échographe neuf. À Wanrou, l’enjeu n’est donc pas celui d’une spécialité médicale rare. Il est plus immédiat : réduire la distance entre les populations et les soins de première ligne, notamment pour les femmes enceintes.
À Ganvié, une autre réponse au déficit d’infrastructures
À Ganvié, la problématique est également celle de l’accès aux soins. Le projet Ganvié+ prévoit la construction, l’aménagement et l’équipement d’un centre de santé de référence, mais aussi la rénovation du centre de santé public existant.
La Fondation présente ce projet comme une réponse aux besoins sanitaires d’une population importante, dans un contexte où les infrastructures existantes peinent à répondre aux besoins en soins primaires, maternels et infantiles.
L’objectif est d’améliorer à la fois l’accès aux soins de base, la qualité de la prise en charge et les conditions de travail des professionnels de santé.
La cataracte : aller vers ceux qui ont besoin de retrouver la vue
Autre volet de l’action de la Fondation : la lutte contre la cataracte. Depuis 2021, elle organise, en collaboration avec le ministère de la Santé, des campagnes gratuites de dépistage et de chirurgie dans différentes régions du pays.
Le dispositif repose sur plusieurs étapes : identifier les personnes souffrant de cataracte, confirmer les cas nécessitant une intervention, puis réaliser gratuitement les opérations.
En 2026, le programme prévoit notamment des missions à Abomey, Aplahoué, Cotonou, Lokossa et Parakou, sous réserve de modifications du calendrier.
Contrairement aux projets d’infrastructures, ces campagnes reposent sur une autre logique : aller à la rencontre des patients et rapprocher le dépistage et la chirurgie des populations qui en ont besoin.
Cancer du col de l’utérus : dépister avant l’évolution de la maladie
Chez les femmes, la Fondation intervient également dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus. Depuis 2021, elle soutient un programme de dépistage et de traitement des lésions précancéreuses dans des centres de santé partenaires à Cotonou et à Parakou.
Les femmes âgées de 25 à 49 ans peuvent bénéficier gratuitement du dépistage et, lorsque des lésions précancéreuses sont identifiées, de leur prise en charge dans le cadre du programme.
L’approche repose ici sur la prévention. L’enjeu est d’identifier les anomalies suffisamment tôt pour permettre leur traitement avant leur éventuelle évolution vers un cancer invasif.
Fistule obstétricale : traiter et accompagner les femmes
La santé maternelle constitue un autre axe de l’intervention. À travers le programme « Zéro fistule obstétricale au Bénin », la Fondation accompagne les femmes victimes de cette complication. L’intervention comprend notamment leur identification, leur orientation vers les structures adaptées et leur accompagnement.
La Fondation a également construit à Tanguiéta un centre d’accueil et de récupération destiné aux femmes opérées de fistule obstétricale.
Là encore, le dispositif ne s’arrête pas à l’intervention chirurgicale. L’accueil et la récupération font partie de la prise en charge, avec l’idée de permettre aux femmes de bénéficier d’un accompagnement après leur opération.
Le don de sang, autre maillon de la chaîne
L’action porte également sur un élément moins visible, mais indispensable au fonctionnement des établissements de santé : le sang. La Fondation apporte un soutien à l’Agence nationale pour la transfusion sanguine, notamment dans l’organisation de campagnes de collecte.
La disponibilité des produits sanguins conditionne en effet certaines prises en charge, particulièrement lors des urgences, des accouchements compliqués ou dans le traitement de certaines pathologies.
La Fondation a également développé, par le passé, une « Trousse d’urgence » destinée à renforcer la disponibilité de médicaments et de consommables nécessaires aux premiers soins d’urgence obstétricaux, néonatals et pédiatriques dans des centres hospitaliers de Cotonou.
La drépanocytose : un nouveau centre en construction
Le prochain chantier majeur concerne la drépanocytose. En 2024, le ministère de la Santé avait annoncé que, répondant à sa sollicitation, la Fondation Claudine Talon mobiliserait les ressources nécessaires à la construction d’un centre public consacré à cette maladie.
Le chantier est désormais engagé à Cotonou. Le futur centre doit proposer une prise en charge multidisciplinaire des personnes vivant avec la drépanocytose, du nouveau-né à l’adulte, y compris les femmes enceintes. Le projet prévoit également le suivi des patients, la coordination des professionnels et un volet consacré à la recherche médicale.
Autre dimension annoncée : le renforcement des compétences. Des médecins béninois doivent notamment être formés à la greffe de moelle osseuse, présentée comme une perspective thérapeutique pour certains patients.
Construire, mais aussi équiper et accompagner
À travers ces différents projets, une constante apparaît : la construction d’un bâtiment n’est qu’une partie de l’intervention.
À Porto-Novo, l’infrastructure est accompagnée d’équipements, d’un appui au diagnostic, à la nutrition et aux traitements, mais aussi de maintenance. À Wanrou, l’offre a été renforcée quelques mois après l’ouverture du centre avec l’acquisition d’un échographe.
Dans l’oncologie pédiatrique, le renforcement des compétences constitue également un volet de l’accompagnement. Cette dimension est déterminante dans le fonctionnement d’une infrastructure sanitaire. Un bâtiment, aussi moderne soit-il, ne suffit pas à garantir des soins. Le personnel, les équipements, les médicaments, les consommables, la maintenance et la continuité des services conditionnent aussi son efficacité.
Des infrastructures destinées à intégrer le patrimoine public
Une autre caractéristique de plusieurs de ces projets tient à leur inscription dans le dispositif public de santé. La Fondation intervient comme partenaire pour construire ou renforcer des infrastructures appelées à servir les populations dans le cadre du système sanitaire public. Le futur centre de prise en charge de la drépanocytose est ainsi présenté comme un centre public.
Cette orientation pose toutefois une question qui dépasse la construction elle-même : celle de la pérennité. Une fois les bâtiments construits et équipés, leur fonctionnement régulier suppose des ressources humaines, des médicaments et consommables, une maintenance des équipements et des moyens de fonctionnement.
L’enjeu n’est donc plus seulement de construire. Il est aussi de faire vivre durablement ces infrastructures et de maintenir la qualité des services proposés aux populations.
Une intervention sur plusieurs niveaux du système de santé
De la cataracte à la drépanocytose, en passant par les cancers de l’enfant, les urgences pédiatriques, la santé maternelle, le cancer du col de l’utérus, la transfusion sanguine et les soins de proximité, la Fondation Claudine Talon intervient sur plusieurs niveaux de la chaîne sanitaire.
Ses rapports annuels montrent d’ailleurs que la santé constitue son principal domaine de dépenses. En 2023, elle représentait 75 % des dépenses par domaine d’intervention.
L’action de la Fondation ne se résume donc ni à une maladie ni à une infrastructure. Elle combine prévention, dépistage, traitement, construction, équipement et accompagnement. Reste, au-delà des réalisations et des investissements, une question centrale pour mesurer leur impact dans le temps : leur capacité à s’inscrire durablement dans l’offre de soins et à continuer de répondre aux besoins des populations.
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE



