Ces quatre dernières années en Afrique, le nombre de victimes de violences islamistes ne cesse d’accroître. Un rapport du Centre d’études stratégiques de l’Afrique, publié le 08 septembre dernier, tire la sonnette d’alarme sur l’évolution des groupes islamistes militants et ses conséquences sur les populations.
Au Sahel, en Somalie, dans le bassin du lac Tchad et au Mozambique, les victimes de violence imputables aux groupes islamistes militants dépassent les 20 000 pour la 4e année consécutive. Le Sahel représente 42 % du nombre total de morts signalées en Afrique, suivi par la Somalie et le bassin du lac Tchad, avec 28 % chacun. Ces tendances régionales reflètent l’évolution de la violence des islamistes militants en Afrique ces dernières années. Sur les quelque 166 000 personnes tuées par la violence extrémiste en Afrique au cours de la dernière décennie, 92 % l’ont été au Sahel, en Somalie et dans le bassin du lac Tchad.
Bien que 15 pays africains aient connu un certain degré de violence islamiste au cours de l’année écoulée, 94 % de ces décès se sont produits dans cinq pays : la Somalie, le Nigeria, le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
23 872 morts ont été enregistrées au cours de l’année écoulée représentent une hausse de 77 % par rapport aux 13 507 morts de 2021 et une augmentation de près de 150 % par rapport aux 10 002 morts recensées en 2017. Ce qui dénote d’une accélération du rythme de cette violence.
L’année écoulée a également été marquée par une hausse de 42 % du nombre de victimes (passant de 4 221 à 5 980) liées à des actes de violence à distance. Plus de 90 % d’entre elles sont dues à des frappes aériennes. Toutefois, le nombre de victimes liées aux drones est en augmentation, ce qui reflète l’évolution des tactiques employées tant par les armées africaines que par les groupes islamistes militants.
Au Sahel, 9 928 morts signalées sont imputables à des groupes islamistes militants au Sahel (principalement au Burkina Faso, au Mali et au Niger). La détérioration de la situation sécuritaire au Sahel a été marquée par une série d’attaques très médiatisées perpétrées par des groupes militants. En mai 2025, la coalition Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimeen (JNIM) a lancé une vague d’attaques coordonnées dans le nord et l’est du Burkina Faso. En septembre, le JNIM a orchestré un blocus national du carburant au Mali, provoquant des coupures d’électricité et des pénuries d’eau à Bamako. En avril 2026, le JNIM a attaqué Bamako et d’autres villes du Mali, tandis que le groupe séparatiste, le Front de libération de l’Azawad (FLA), s’emparait de Kidal, dans le nord du Mali. En juin, le JNIM a attaqué l’aéroport de Niamey au Niger.
Depuis 2022, près de 49 000 morts imputables à l’extrémisme violent ont été recencées au Sahel. La coalition de groupes islamistes militants JNIM est la plus meurtrière de la région puisque 76 % de l’ensemble des morts liées aux militants lui sont imputables.
Violence contre les civils
L’EIGS se distingue par son recours à la violence contre les civils puisque 36 % des morts de ce type lui sont imputables au Sahel. Il s’agit du deuxième taux de mortalité de civils le plus élevé parmi les groupes islamistes militants du continent. Le Niger est au cœur d’une grande partie de cette violence. Les morts de civils représentent environ 35 % de l’ensemble des morts imputables aux groupes islamistes militants au Niger, un taux plus élevé qu’ailleurs dans la région. Les armées du Mali et du Burkina Faso — ainsi que leurs homologues russes continuent d’être associées à davantage de morts de civils que le JNIM et l’EIGS réunis. Ce qui favorise le recrutement par les groupes islamistes militants.
Somalie
La Somalie enregistre en moyenne environ 7 350 morts par an imputables à des groupes islamistes militants depuis 2023, ce qui en fait le deuxième théâtre le plus meurtrier du continent (après le Sahel). 95 % de ces morts sont imputables à Al-Shabaab, qui est le groupe islamiste le mieux doté en ressources d’Afrique, avec des revenus annuels estimés à 200 millions de dollars et le contrôle de vastes étendues de territoire. Le niveau de violence élevé et persistant de ces dernières années se traduit par une augmentation de 88 % du nombre moyen annuel de victimes (passant de 3 900 à 7 350) par rapport à la décennie précédente.
Les morts liées aux batailles ont généralement représenté plus de 70 % des morts enregistrées en Somalie, reflétant les luttes incessantes pour le contrôle du territoire et des axes de transport clés. Avec le recours croissant aux frappes aériennes et au déploiement de drones, ce ratio a évolué. La violence à distance provoque désormais environ 40 % des morts.
Le cas du Nigeria
Au Nigeria, les groupes islamistes militants du Sahel ont gagné du terrain dans le nord-ouest au cours de l’année écoulée. Le nombre de victimes imputables à ces groupes est passé de zéro en 2024 à 136 en 2025, puis à 504 en 2026. Le JNIM et l’EIGS semblent tous deux collaborer avec d’autres groupes armés au Nigeria – notamment la faction Sadiku de Boko Haram, Ansaru et Lakurawa, ainsi que divers gangs criminels (connus localement sous le nom de « bandits »). Lakurawa s’est montré particulièrement actif, le nombre de morts qui lui sont imputables étant passé de 136 à 509 au cours de l’année écoulée. La convergence entre les activités des extrémistes violents et la criminalité organisée pose un nouveau défi sécuritaire croissant aux autorités nigérianes.
Le nombre de victimes en baisse au Bénin et au Togo
Ces dernières années, les groupes islamistes militants du Sahel ont déployé des efforts concertés pour étendre leur influence aux pays côtiers d’Afrique de l’Ouest voisins, en particulier le Bénin et le Togo. Le contrôle des routes commerciales menant au Burkina Faso et au Mali permettrait d’accroître encore les revenus dont disposent le JNIM et l’EIGS. Au cours de l’année écoulée, le nombre de victimes a cependant baissé de 78 % tant au Bénin (passant de 277 à 81 morts) qu’au Togo (passant de 194 à 43 morts). Cette baisse est probablement en grande partie liée aux efforts de stabilisation déployés par ces pays. Néanmoins, on s’attend à ce que le JNIM continue de tenter d’étendre sa présence dans ces pays ainsi qu’en Côte d’Ivoire et au Ghana.
M.M

