L’affaire récente d’un directeur d’école accusé d’avoir violemment corrigé un écolier relance le débat sur les châtiments corporels. Si la protection de l’enfant impose désormais un cadre clair, une autre question demeure : comment maintenir l’autorité et la discipline à l’école sans recourir à la violence ?

 La rentrée scolaire à peine entamée, une affaire survenue à Hèkanmè, dans la commune de Zè, est venue rappeler que la question des violences en milieu scolaire reste d’actualité. Un directeur d’école aurait infligé une correction physique à un écolier, lequel aurait été blessé et hospitalisé.

Le responsable serait depuis porté disparu. Les circonstances précises de l’affaire devront être établies, mais l’épisode suffit à remettre sur la table une question qui dépasse ce seul cas : comment l’école doit-elle exercer son autorité depuis que les coups ne peuvent plus être utilisés comme moyen de discipline ?

La fin d’une ancienne conception de l’autorité

Pendant longtemps, dans les écoles comme dans les familles, le rapport d’autorité passait aussi par la sanction physique. La chicotte, le bâton ou les coups étaient considérés par certains comme des instruments permettant de corriger l’enfant et de lui apprendre le respect.

Cette conception a progressivement reculé. Au Bénin, le Code de l’enfant interdit les châtiments corporels à l’école, dans les centres d’apprentissage professionnel et dans les structures d’accueil. Le règlement des écoles maternelles et primaires publiques et privées rappelle également que les châtiments corporels sont formellement interdits.

L’objectif est clair : protéger l’enfant contre les violences physiques et les traitements dégradants. Mais la disparition de la chicotte pose parallèlement une autre exigence : construire une autorité qui ne repose pas sur la peur de recevoir des coups.

Quand l’autorité change de nature, les enseignants ne doivent pas être désarmés

Qu’une autorité prenne la fuite après avoir frappé  son élève ! C’est ici que le débat mérite d’être posé sans nostalgie de la chicotte. Interdire les coups ne signifie pas supprimer la discipline.

Un élève doit pouvoir être sanctionné lorsqu’il refuse les règles, perturbe les cours, manque de respect à un enseignant ou commet une faute. La différence est que la sanction doit désormais être encadrée et dépourvue de violence physique.

Dans le débat public, une crainte revient régulièrement : en retirant à l’enseignant le droit de frapper, ne risque-t-on pas de fragiliser son autorité ?

Des acteurs de l’école avaient déjà soulevé cette préoccupation après l’interdiction des châtiments corporels. Des témoignages recueillis par Educ’Action faisaient état de situations d’insolence, de défiance ou de manque de respect envers certains enseignants et responsables scolaires. Mais ces témoignages ne permettent pas, à eux seuls, d’établir que l’interdiction des coups serait la cause de ces comportements.

La question mérite donc d’être posée autrement : si l’ancien instrument d’autorité disparaît, quels nouveaux instruments l’école met-elle réellement entre les mains de l’enseignant ? Un enfant peut avoir des droits tout en étant soumis à des règles. Il peut être protégé contre la violence tout en devant répondre de ses actes. C’est précisément cette distinction qui doit être davantage expliquée aux élèves, aux parents et aux enseignants.

L’enjeu est donc de parvenir à une autorité éducative, capable d’être ferme sans être violente et bienveillante sans devenir permissive. Après la fin de la chicotte, l’école doit donc répondre à une question essentielle : quelle autorité voulons-nous construire à la place de celle qui reposait sur les coups ? L’après-chicotte reste à construire.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE 

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