Au Bénin, les rappels à l’ordre contre les prélèvements non homologués dans les établissements scolaires se succèdent. Pourtant, sur le terrain, les pratiques dénoncées perdurent. Des travaux dirigés payants aux contributions imposées pour l’achat de matériel d’entretien, les parents continuent de supporter des charges supplémentaires, tandis que des élèves sont parfois privés de cours pour défaut de paiement. Seulement…
Une nouvelle fois, le ministère de l’Enseignement secondaire, technique et de la Formation professionnelle rappelle les règles. Dans une correspondance datée du 30 octobre 2026, le Secrétaire général du ministère, instruit les directeurs départementaux de veiller à la cessation des perceptions de frais non homologués dans les établissements scolaires. Les chefs d’établissement sont notamment invités à mettre fin aux prélèvements parallèles, aux renvois d’apprenants pour défaut de paiement de ces frais ainsi qu’à l’imposition de l’achat et du port de macarons.
Cette instruction remet sur la table une problématique qui dépasse le seul enseignement secondaire. Car, dans les établissements primaires aussi, les dépenses supplémentaires prennent différentes formes. Achat de balais, de cahiers d’Education physique et sportive (Eps), de papier hygiénique, de manuels non inscrits au programme, de dictionnaire propre à l’établissement, de macarons ou encore de contributions diverses : autant de sollicitations qui viennent s’ajouter aux dépenses ordinaires de scolarisation.
Individuellement, certaines sommes peuvent paraître modestes. Cumulées, elles finissent par peser lourdement sur le budget des familles. La situation devient plus préoccupante lorsque le paiement conditionne l’accès aux cours ou le maintien de l’élève dans la salle de classe.
De ce fait, la question mérite ainsi l’attention du ministère des Enseignements maternel et primaire. La lutte contre les frais illicites ne saurait se limiter aux collèges et lycées.
Des interdictions qui peinent à s’imposer
Le phénomène n’est pourtant pas nouveau. Le gouvernement avait décidé d’interdire les travaux dirigés (TD) payants dans les établissements publics et privés.
Mais des années après, les TD payants continuent d’être signalés. Des élèves sont encore renvoyés ou empêchés de suivre certaines activités pour défaut de paiement. Cette persistance révèle une difficulté majeure : l’existence d’une interdiction ne garantit pas automatiquement sa mise en œuvre. Entre les prescriptions ministérielles et les réalités des établissements, un écart demeure.
Le véritable défi reste celui du contrôle. Une chose est de prendre des décisions, de publier des notes de service et de rappeler les interdictions. Une autre est de s’assurer qu’elles sont effectivement respectées dans chaque établissement.
Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain
Il convient toutefois de distinguer les prélèvements abusifs des dispositifs qui peuvent répondre à un besoin réel. Le macaron scolaire, par exemple, n’est pas nécessairement inutile. L’inscription d’un numéro de téléphone sur l’uniforme d’un enfant peut faciliter son identification et permettre de retrouver rapidement ses parents en cas de perte.
Une situation vécue par une famille en témoigne : une écolière égarée après les cours a pu être prise en charge grâce au numéro de téléphone de son établissement inscrit sur son uniforme.
La directrice, alertée par les personnes qui l’avaient retrouvée, est allée la récupérer au commissariat avant de contacter ses parents.
L’intérêt d’un tel dispositif ne justifie cependant pas que son acquisition soit imposée sans discernement ni que son coût devienne une charge supplémentaire injustifiée. C’est dans cette nuance que se situe le débat : préserver les initiatives utiles à la sécurité et à l’encadrement des élèves, sans laisser place aux abus financiers.
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE



