Des centaines d’africains seraient déployés au front en Ukraine dans le cadre de la guerre opposant le pays et la Russie. Selon le rapport “Le commerce du désespoir“, rendu public par All Eyes on Wagner, un collectif d’universitaires et d’experts en cybersécurité, 1417 africains sont enrôlés par l’armée russe depuis 2023. Ceci, grâce à une stratégie de recrutement bien peaufinée qui suscite moult interrogations.
Environ 1417 africains provenant de 35 pays seraient enrôlés par l’armée russe entre janvier 2023 et septembre 2025, et déployés au front en Ukraine, selon un rapport intitulé “le commerce du désespoir“. Sur la base des recherches en Open sources, le collectif All Eyes on Wagner rapporte également que 316 africains seraient également décédés en combattant en Ukraine. Le présent rapport documente et rend public, une liste de noms. Cette liste, obtenue par le groupe d’investigation via le programme ukrainien « Je veux vivre », qui encourage à la reddition, donne une idée de l’ampleur des recrutements sur le continent africain.
Selon le rapport, le phénomène de recrutement de ressortissants africains ne constitue pas un épiphénomène isolé, mais bien l’ossature d’une stratégie délibérée et organisée, faisant allusion à la probabilité pour l’armée russe de « faire face à une pénurie d’hommes ». Membre du Collectif, Lou Osborn confie à l’AFP : « Nous avons été très impressionnés par la facilité avec laquelle on peut dans ces pays (africains, NDLR) trouver une offre ou un moyen de partir. Cela prend cinq minutes sur les réseaux sociaux…La Russie a déployé beaucoup d’efforts pour rendre le recrutement vraiment accessible aux masses ». Et de préciser que la publication de la liste vise à « permettre aux familles sans nouvelles de connaître le sort de leurs proches et de s’organiser pour demander le retour des dépouilles ou des personnes bloquées ».
De la stratégie de recrutement basée sur des vulnérabilités…
Le rapport documente également la stratégie de recrutement des africains. Si ces derniers sont généralement appâtés via « des réseaux transnationaux qui exploitent des vulnérabilités socio-économiques persistantes » sur le continent, les recruteurs ciblent une jeunesse aspirant à suivre des études supérieures ou des chercheurs d’emploi à l’étranger, mais aussi des candidats à l’émigration irrégulière, précise le rapport. Selon les propos rapportés de Lou Osborn, bien que certains aient intégré l’armée russe sans vraiment s’y attendre, d’autres ont choisi volontairement de s’y engager car ayant des besoins économiques et seraient prêts à tout risquer y compris leur vie.
Par ailleurs, un vrai dispositif de communication serait également déployé en appui à la stratégie mise en branle. Toute chose permettant aux cibles de se rendre compte qu’il est possible de savoir comment rejoindre l’armée en Russie en quelques minutes : publicité dans plusieurs langues, sur les réseaux sociaux, via des numéros Whatsapp partagés en ligne, lit-on. “Un site internet « Fight For Russia » hébergé en Russie a été mis en ligne en janvier 2025 avec un formulaire à remplir pour tout étranger voulant participer à la guerre en Ukraine côté Russie“ précise le rapport qui révèle aussi des pages en ligne destinés au recrutement. 
« Le processus de recrutement pour rejoindre l’armée consiste à obtenir un visa de touriste pour la Russie d’après plusieurs posts en ligne. Des agences de voyage proposent même des procédures accélérées pour obtenir un visa pour la Russie en moins de deux semaines. Certaines agences offrent la possibilité d’acheter la lettre d’invitation, clé du visa de touriste. Les promesses des recruteurs sont alléchantes mais varient suivant les annonces, les offres et le temps : Un paiement initial en espèces entre 2 000 USD et 30 000 USD pour la signature d’un contrat puis un salaire mensuel autour de 2 200 / 2 500 USD, avec une assurance maladie incluse ; Une naturalisation russe accélérée pour chaque candidat au bout de 3 à 6 mois de service ; Une formation militaire de type forces d’élite en Russie » renseigne le rapport.
Quid des pays les plus touchés ?
Selon les données du rapport, les contingents les plus importants proviennent d’Égypte (361 hommes), du Cameroun (335 hommes) et du Ghana (234 hommes). L’Algérie s’y retrouve avec 56 personnes répertoriées ainsi que la Gambie. Le Mali n’est pas moins loti avec 51 personnes identifiées, 36 de nationalité nigériane et 45 de nationalité Kenyane. 32 hommes proviennent de l’Afrique du Sud, 28 du Maroc, 19 du Burundi, 18 du Togo, 15 du Congo. Plusieurs autres pays dont la Côte d’ivoire, la Tunisie, l’Ouganda, le Niger, la Zambie, l’Angola, le Soudan, le Zimbabwe, la Tanzanie, la Somalie, la Sierra-Léone, le Rwanda, le Niger, la Mauritanie, la Lybie, le Madagascar, la Guinée, le Gabon ou encore le Bénin sont cités dans le présent rapport, relayé par plusieurs médias internationaux. « La moyenne d’âge observée chez les recrues africaines est de 31 ans avec une plus forte représentation de la catégorie 18-25 ans avec 150 ressortissants recensés, le plus âgé a 57 ans, ressortissant égyptien, le plus jeune est âgé de 18 ans et est ghanéen » lit-on dans le rapport.
Des béninois dans le lot…
Des 316 africains décédés au front, trois (03) béninois auraient également perdu la vie, selon le rapport. Recrutés entre 2023 et 2025, ces derniers auraient perdu la vie dans la guerre opposant la Russie et l’Ukraine, révèle le rapport intitulé “le commerce du désespoir“. Agés entre 28 et 31 ans, les trois béninois qui seraient décédés au front portent des noms de famille plus ou moins connus au Bénin. Sur plus de 1417 africains enrôlés par l’armée russe, quinze (15) béninois sont inclus et sont également déployés au front, renseigne le rapport.
Le rapport renseigne outre le nom, sur la date de naissance, le matricule militaire, la date de signature de contrat et la date de décès enregistrée, le nombre de mois engagés avant le décès, la citoyenneté et l’unité d’appartenance dans l’armée russe. «…Le temps de service sous l’uniforme russe est révélateur du destin de chair à canon et du manque d’entraînement des recrues africaines avec une moyenne de 6 mois avant d’être tué au combat. Certaines recrues ne font qu’un mois avant d’être tuées (51 recrues), le service le plus long est de 19 mois, réalisé par un ressortissant égyptien et un autre de nationalité béninoise avant leur décès » révèle rapport, abondamment relayé par les médias africains et internationaux.
Henoc MBOUANGA


