Six pôles, un Délégué général par territoire, un Comité national présidé par le Chef de l’État : le document de cadrage présenté ce Mercredi 23 septembre 2026 dessine une architecture précise. Pour comprendre comment fonctionnera la réforme voulue par le président Romuald Wadagni, il faut partir du bas, c’est-à-dire de la commune.

Une réforme territoriale se juge à la solidité de son plan d’ensemble. Celui des pôles de développement territorial tient en onze diapositives, mais il articule plusieurs niveaux qui devront fonctionner ensemble. Parcourons-les un à un.

Au premier niveau, la commune garde sa place

Tout commence là où vivent les Béninois. La réforme ne supprime rien et ne fusionne rien. Les soixante-dix-sept communes conservent leurs maires, leurs conseils et leurs secrétaires exécutifs. Le préfet reste leur autorité de tutelle, et le ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale demeure celle des préfets.

Le rôle des communes s’élargit toutefois. Elles deviennent les premières pourvoyeuses d’idées et de projets du pôle auquel elles appartiennent. Le schéma de gouvernance leur assigne trois fonctions : faire valoir leurs atouts locaux, porter des projets et participer à la concertation. En retour, elles bénéficieront d’un appui à leurs projets, d’une coordination et d’une aide à la mobilisation des financements.

Au-dessus, le pôle, un bassin économique

Le deuxième niveau est entièrement nouveau. Les communes sont regroupées en six pôles : Grand-Nokoué, Sud-Est, Sud-Ouest, Centre, Nord-Est et Nord-Ouest. Leur taille varie de cinq communes pour le Grand-Nokoué à dix-huit pour le Sud-Ouest.

Ce découpage n’est pas une nouvelle carte administrative. Il obéit à une logique économique : réunir des territoires aux atouts complémentaires, capables de porter ensemble des filières qu’aucune commune ne pourrait développer seule.

Le document esquisse déjà quelques vocations. Le Nord-Est est tourné vers l’élevage et le corridor logistique Cotonou–Niamey. Le Sud-Est est appelé à développer l’agro-industrie autour de l’ananas et du palmier à huile. Le Grand-Nokoué misera sur le tourisme, la logistique et l’innovation. Pour les autres pôles, comme pour l’affinage de ces premières orientations, des études approfondies sont annoncées.

Ce que chaque pôle devra construire

Quelle que soit sa vocation, chaque pôle devra obligatoirement développer quatre composantes.

La première est une agriculture productive, pensée pour le bien-être des producteurs. La deuxième est l’industrie, avec l’objectif d’au moins une unité industrielle par pôle. Le tourisme vient ensuite : chaque territoire devra mettre en valeur au moins « une ville et un village de splendeurs ». La quatrième composante est l’innovation, chaque pôle devant devenir un « moteur d’innovation ciblée et accélérée ».

Ces composantes sont obligatoires, mais non limitatives. Les territoires pourront engager des projets dans tout autre domaine jugé pertinent.

L’État, de son côté, s’engage sur un socle commun à l’ensemble des pôles : infrastructures physiques et numériques (internet, transport, énergie, cadre de vie, services essentiels), formation d’un capital humain adapté aux besoins des entreprises, soutien aux PME et aux artisans, et mesures incitatives pour attirer l’investissement privé.

Le Délégué général, chef d’orchestre du territoire

À la tête de chaque pôle, la réforme crée une fonction inédite, celle de Délégué général au développement de pôle. Sa mission consiste à identifier et valoriser les atouts économiques du territoire, à contribuer à la planification et au suivi-évaluation des investissements, et à coordonner l’ensemble des acteurs impliqués dans les projets. Il disposera d’une équipe composée de chargés de mission, d’experts et de personnel d’appui.

Ses relations avec les autres autorités obéissent à trois principes. D’abord, il n’exerce aucun pouvoir hiérarchique sur les préfets ni sur les maires. Ensuite, il assure une coordination institutionnelle entre les parties prenantes des projets. Enfin, il veille à la cohérence des interventions sur son territoire. Le Délégué général n’ajoute donc pas un échelon de commandement : il fait le lien entre les acteurs.

Au sommet, le Chef de l’État

Le dernier étage est celui du pilotage national. Un Comité national de pilotage, présidé par le président de la République, oriente, arbitre et suit la réforme. Y siègent des membres du gouvernement, les six Délégués généraux et un représentant de l’Association nationale des communes du Bénin. Un Secrétariat permanent lui apporte coordination et appui technique.

Pour inscrire ce dispositif dans la durée, un décret présidentiel en fixera le cadre institutionnel.

Quatre étapes pour passer aux actes

La mise en œuvre suit une progression en quatre temps.

Au quatrième trimestre 2026, il s’agira d’installer et de lancer : nomination des Délégués généraux, constitution des équipes, mise en place du Comité national et des groupes de travail. Au premier trimestre 2027 viendra la structuration de l’attractivité, avec l’identification des filières prioritaires, la cartographie des projets et la définition des incitations. Le deuxième trimestre sera consacré à la planification : articuler les contributions de l’État, des communes et du privé, et adopter une feuille de route opérationnelle. Le second semestre 2027 sera celui du déploiement, avec le lancement des projets prioritaires et la mise en place du suivi-évaluation.

Au terme de douze mois, chaque pôle devra disposer d’un contrat fixant les responsabilités et d’un tableau de bord permettant de suivre les résultats.

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