L’appel de l’évêque de Kandi à mieux encadrer les pratiques funéraires ouvre un débat qui dépasse largement la question des dépenses. Derrière certaines exigences coutumières se pose aussi celle de la liberté de conscience, du respect des convictions religieuses et de la responsabilité de l’État face aux familles endeuillées.

Honorer les morts sans sacrifier les vivants. La formule de Monseigneur Clet Fèliho, évêque de Kandi, résume une préoccupation qui mérite désormais d’être examinée au-delà des seules charges financières liées aux funérailles. Il existe, en effet, une autre réalité, plus délicate encore, dont il faut pouvoir parler.

Au Bénin, la mort peut parfois ouvrir un conflit entre les convictions d’une famille et certaines exigences présentées comme traditionnelles. Que se passe-t-il lorsqu’un enfant qui vient de perdre son père ou sa mère refuse d’accomplir certains rites parce qu’ils sont contraires à sa foi ou à sa conscience ? Peut-on alors lui imposer ces pratiques comme une condition préalable à l’inhumation de son parent ?

La situation peut devenir plus complexe encore lorsque le défunt lui-même avait, de son vivant, fait le choix d’une autre religion. Après sa mort, des proches ou des garants de la tradition peuvent-ils imposer à sa famille des cérémonies auxquelles le défunt n’adhérait pas ?

Sous nos cieux, le constat est sans équivoque. Le phénomène est difficile à nier.

C’est ici que l’intervention de l’État peut être interrogée.

La tradition mérite respect. Elle constitue une part importante de l’identité culturelle et de la mémoire collective. Mais elle ne saurait, dans une société organisée par le droit, devenir un moyen de contrainte lorsqu’elle porte atteinte aux convictions ou à la dignité des citoyens.

Il arrive aussi que certaines familles, après avoir refusé des rites traditionnels, soient confrontées à des difficultés auxquelles leur entourage donne une interprétation spirituelle : maladie, décès successifs, problèmes économiques ou autres malheurs seraient alors présentés comme les conséquences du refus d’accomplir les cérémonies.

De telles interprétations, lorsqu’elles sont utilisées pour culpabiliser ou faire pression sur une famille, peuvent rendre le deuil encore plus lourd. Le débat ne devrait donc pas opposer brutalement tradition et modernité. Il devrait plutôt permettre de déterminer ce qui relève de la transmission culturelle et ce qui devient une contrainte.

Le Bénin a déjà commencé à réglementer le secteur funéraire. En juin 2024, le gouvernement a adopté un décret portant réglementation du secteur funéraire, venu remplacer un cadre jugé obsolète et organiser notamment les activités des entreprises funéraires, funérariums, cimetières et crématoriums.

Reste une question : ce cadre doit-il aller plus loin pour prendre en compte les conflits entre pratiques coutumières, convictions religieuses et volonté des familles ? L’État pourrait notamment réfléchir à un mécanisme de recours permettant à une famille confrontée à un blocage de saisir rapidement une autorité compétente afin de garantir l’inhumation digne du défunt.

Dans les situations les plus difficiles, pourquoi ne pas envisager un dispositif public d’accompagnement des familles lorsque les désaccords autour des rites empêchent l’organisation normale des obsèques ?

Il ne s’agirait pas pour l’État de remplacer les familles, encore moins d’effacer les traditions. Il s’agirait de garantir une limite : aucune famille ne devrait être contrainte, sous la pression ou la peur, d’accomplir des pratiques auxquelles elle s’oppose, et aucun défunt ne devrait voir son inhumation devenir l’otage d’un conflit de convictions.

Le débat lancé par l’évêque de Kandi arrive donc à un moment où le Bénin dispose déjà d’un cadre réglementaire sur le secteur funéraire. Il pourrait désormais être l’occasion d’aller plus loin : interroger non seulement le coût des funérailles, mais aussi les rapports de force qui peuvent se créer autour du corps du défunt et des choix de ceux qui restent.

Honorer les morts doit-il nécessairement signifier imposer aux vivants des pratiques auxquelles ils ne croient pas ? La question mérite d’être posée. Et peut-être, désormais, encadrée par le droit.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE 

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