Cotonou sous l’ère Wadagni avait multiplié les gestes d’apaisement envers les juntes du Sahel. Désormais gendarme de l’Union Africaine, le Bénin s’oblige à un périlleux grand écart diplomatique.

Face aux impasses nées des multiples crises politiques régionales, le Bénin s’est engagé dans un revirement diplomatique. Ceci, en réinventant ses alliances sous-régionales. En opérant une offensive de charme vers Niamey et Ouagadougou, le pouvoir de Romuald Wadagni tentait ainsi d’effacer près de trois années de tensions glaciales et d’isolement diplomatique. Les déplacements stratégiques du nouveau Chef de l’État, l’invitation des dirigeants de l’Alliance des États du Sahel à Cotonou, la promesse de réouverture de la frontière nigérienne et le projet de patrouilles mixtes dans la zone contestée traduisaient un réalisme économique et sécuritaire dont les pays avaient pourtant besoin. Seulement, cette main tendue s’est heurtée d’emblée à la mémoire vive des sanctions passées et à une méfiance empirée par les derniers événements au Niger. Ainsi, les récentes accusations formulées par Niamey, reprochant au Bénin d’abriter des bases arrière destinées à orchestrer des tentatives de déstabilisation, démontrent que le traumatisme de la ligne dure jadis prônée par la Cedeao ne s’effacera pas d’un simple coup de baguette magique. Cotonou a beau rejeter fermement ces allégations et proposer la mise en place d’une commission sécuritaire conjointe pour prouver sa bonne foi, le doute empoisonne toujours les relations bilatérales. Mais au-delà de ce serpent de mer sécuritaire, la véritable équation diplomatique du Bénin se joue désormais à l’échelle continentale. Élu membre du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine pour le mandat 2026-2028, le Bénin en prend justement la présidence tournante. C’est ici que réside tout le paradoxe de sa position. Comment le pays peut-il prétendre incarner le gendarme de l’ordre constitutionnel africain tout en jouant les conciliateurs enthousiastes auprès des juntes militaires du Sahel ? Le Conseil de Paix et de Sécurité constitue en effet le bras exécutif de l’Ua pour la défense de la démocratie et la condamnation intransigeante des changements inconstitutionnels de gouvernement. En occupant le fauteuil présidentiel de cette instance, le Bénin est théoriquement contraint de promouvoir des mesures coercitives et d’exiger des calendriers stricts de retour aux civils. Or, sur le terrain, cette rigueur  se fracasse contre la réalité des besoins sécuritaires et économiques du Niger et du Sahel en général. Pour sortir de ce méli-mélo, Cotonou devra imposer une stratégie d’équilibrisme. Transformer un grand écart périlleux en un rôle de médiateur privilégié. Au lieu d’adopter la posture d’un censeur  à Addis-Abeba, la diplomatie béninoise devra utiliser sa double casquette pour créer un canal de dialogue permanent entre l’institution continentale et les régimes militaires de l’Aes. Reste à savoir si cette diplomatie pragmatique saura rassurer des juntes extrêmement méfiantes tout en préservant la crédibilité internationale d’un pays désormais gardien des textes de l’Union Africaine.

J.G

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