L’initiative « Gouvernement plus près de nous » modifie désormais la communication publique au Bénin. En inondant le terrain avec méthode et sans bruit pour expliquer leurs décisions même en langues nationales, les ministres et ministres conseillers inscrivent la redevabilité au centre de l’action gouvernementale.
Pendant plusieurs années, la diffusion des décisions économiques et administratives de l’État s’est effectuée principalement par des canaux institutionnels et des communiqués rédigés en français. Avec Romuald Wadagni, la donne change. En effet, l’initiative « Gouvernement plus près de nous », mise en œuvre avec l’implication de membres du gouvernement sous la présidence Wadagni, modifie ce cadre de transmission. Désormais, les membres de l’exécutif notamment les ministres conseillers se rendent dans les communes du pays pour exposer directement aux habitants le contenu des réformes, les orientations budgétaires et la répartition des investissements publics. Mieux, l’usage des langues nationales lors de ces réunions publiques permet de s’adresser directement aux citoyens qui ne maîtrisent pas la langue officielle, réduisant ainsi les écarts d’accès aux informations d’État. Cette méthode de travail associe la communication ministérielle au principe institutionnel de redevabilité. Dans la gestion des affaires publiques, l’obligation d’expliquer les choix politiques constitue un mécanisme de la gouvernance démocratique. En effet, la vie démocratique ne se limite pas à l’organisation périodique d’élections. Elle s’étend à la reddition régulière de comptes sur la gestion des ressources communes. En détaillant l’origine des recettes fiscales, la justification des dépenses engagées et l’impact attendu des projets d’infrastructure, le gouvernement donne aux citoyens la possibilité d’évaluer le travail accompli par les institutions publiques. Plus donc la peine d’attendre la fin de mandat avant de réunir un groupuscule de gens autour des actions du gouvernement. Avantage, ce contact direct modifie la relation entre l’administration et les administrés. Puisque la mise à disposition de données concrètes et d’explications chiffrées permet aux populations de mesurer les contraintes budgétaires et logistiques qui encadrent les décisions ministérielles. Lorsque les justifications sont apportées dans la langue parlée au quotidien par les usagers, l’information gagne en lisibilité. Cette approche défendue par la nouvelle administration cherche à remplacer une communication descendante par un cadre fondé sur la pédagogie, où l’explication accompagne l’application des lois et des réformes. En outre, la régularité de ces rencontres sans doute joue un rôle dans la structuration du débat public au niveau local. Le manque d’informations officielles crée des zones d’incertitude propices à la diffusion de rumeurs ou d’interprétations inexactes. En apportant des précisions factuelles sur le terrain, les représentants de l’État mettent des données vérifiables à la disposition des habitants. La redevabilité sert alors d’outil pour clarifier l’action publique et prévenir les malentendus liés aux décisions administratives ou financières. Pour peu que les feedbacks des populations soient pris en compte.
J.G



