Alors qu’un léger rapprochement commençait entre Cotonou et Niamey, la diffusion sur la télévision nationale nigérienne du témoignage d’un capitaine ravive les tensions. Cela replace à nouveau le Bénin au centre des accusations de déstabilisation.

C’est une séquence diffusée à une heure de grande écoute sur la télévision nationale Télé Sahel. Dans l’élément, le capitaine nigérien Roger Gabriel s’est exprimé longuement au sujet de la récente tentative de mutinerie survenue sur la base aérienne 101 de Niamey. Les yeux souvent posés sur un document écrit, l’officier a exposé ce qu’il présente comme le plan d’un vaste projet de déstabilisation avec des liens à l’international. Selon lui, il aurait été contacté directement par plusieurs acteurs régionaux et étrangers. Il cite des proches de l’ancien président Mohamed Bazoum, des représentants des autorités militaires tchadiennes, ainsi que des intermédiaires basés en France, en Belgique et à Dubaï. Dans ce récit, le Bénin et la Côte d’Ivoire sont clairement cités. Le capitaine affirme que le président béninois aurait arrêté son programme pour créer une cellule de crise afin d’aider les mutins sur le plan logistique et militaire. Au-delà de la gravité de ces déclarations, l’examen factuel du témoignage soulève de vraies questions. En effet, l’intervenant décrit une série d’appels téléphoniques venant de centres de décision importants, mais il ne donne aucune preuve matérielle, comme un enregistrement, des relevés de télécommunications ou des documents secrets. De plus, la position de l’officier au moment des faits reste floue. Le récit n’explique pas pourquoi les conspirateurs lui auraient révélé tous leurs plans, ni ce qu’il leur a répondu exactement. Pourtant, l’élément le plus important de cet épisode se trouve dans l’utilisation des canaux d’information de l’État. En choisissant de diffuser ce témoignage sur l’antenne de la Rtn, le pouvoir militaire nigérien donne une portée institutionnelle à ces accusations, les transformant presque en prise de position politique officielle.

Le Bénin, cible récurrente à l’épreuve du rapprochement diplomatique

Ce nouvel épisode fait suite aux critiques que Niamey adresse souvent à Cotonou depuis le changement de régime de juillet 2023. Après les accusations répétées sur la présence supposée de bases militaires françaises secrètes au Bénin, le pays est de nouveau présenté comme le centre des menaces qui pèsent sur la transition au Niger. Ce choix de montrer un ennemi extérieur suit des stratégies de communication politique bien connues. Il sert à renforcer l’unité nationale autour du pouvoir actuel. Il permet aussi de détourner l’attention du public vers des questions de sécurité extérieure, au lieu de discuter des faiblesses économiques ou des tensions dans l’armée. Pourtant, la réactivation de cette rhétorique défensive arrive à un moment très délicat pour l’avenir des relations bilatérales. Au cours des derniers mois, le gouvernement béninois dirigé par Romuald Wadagni avait multiplié les démarches pour calmer la situation. Il a proposé une médiation et assoupli certaines positions. Ces efforts montraient la volonté de rétablir un dialogue concret, nécessaire à la stabilité en matière de sécurité et à la santé économique des deux pays voisins. En donnant du crédit à de nouvelles accusations sans preuve, Niamey affaiblit fortement ces progrès diplomatiques encore récents. Ce retour de la méfiance risque de bloquer la dynamique de normalisation en cours. Cela rend en clair, la reprise d’une coopération bilatérale calme de plus en plus incertaine.

J.G

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