Depuis l’avènement du régime de la rupture en 2016 jusqu’au nouveau régime, dont le manitout est Romuald Cossi Mbouéké Wadagni,  le sous secteur de la culture et des arts  au Bénin a redoré son blason avec l’avalanche de réformes qui opèrent une transformation profonde sur tous les plans. Ce flamboyant  rayonnement mérite d’être passé  la lumière des prismes notamment dans le rang des acteurs majeurs qui animent le système et qui en savent les tenants et aboutissants. Ousmane Alédji s’est prêté à l’exercice  à l’occasion d’une interview qu’il a accordé à une chaîne de la place. Lire l’integralité de son intervention. 

Matin Libre: comment est ce que vous percevez l’évolution de la culture depuis le régime Talon avec toutes les réformes qui ont été opérées et sont poursuivis aujourd’hui par le Président Wadagni?

Ousmane Alédji: Nous sommes dans une nouvelle dynamique  Nous sommes dans une réelle révolution. Et l’expression n’est pas exagérée. Parce que ce qui manquait c’était des interlocuteurs de qualité en face d’un professionnel sectoriel. Et comme par hazard l’interlocuteur privilégié que nous aurons en face depuis 2016 se trouve être le premier responsable du pays, le Chef de l’Etat lui même.Donc quand vous avez en face un Président de la République qui porte une cause, qui porte une dynamique, c’est notre normale qu’elle contamine, je veux dire cette dynamique. J’avais l’habitude de donner comme exemple aux jeunes qui viennent dans mon bureau que quand le président Patrice Talon a eu un peu envie de fantaisie, il porte l’habit de percepteur pour rentrer dans les marchés. Et vous aurez constaté que les trois qui ont suivi, tout le monde a comencé à s’habiller comme des percepteurs. C’est à dire que la mode a contminé l’alentour. Donc depuis 2016, j’ai le sentiment que nous avons des interlocuteurs de qualité et que l’Etat a tempigné aux acteurs sectoriels son intérêt pour le tourisme, la culture et les arts. Il y a comme un réveil général. C’est ce que j’appelle révolution.

Là où cette révolution est plus perceptible c’est au niveau des Voduns Days. Quelle est, selon vous la portée symbolique voire même artistique de ces Vodun Days?

Les Vodun Days, c’est un détail. je suis desolé de le dire ainsi. Oui c’est un détail dans le grand lot des projets structurant qui ont été deployé depuis 2016, notamment à partir du PAG, le programme d’action du gouvernement. Je parle par exemple du programme de la construction des musées. Avant on avait des palais royaux qu’on avait reconstruit ou adapté peu ou prou. Mais ça restaient des palais royaux à Porto Novo et  à Abomey notamment, ce n’était pas des musées. La maintenant on arrive à avoir trois à quatre musées modernes construit suivant les normes internationales. Abomey et Porto Novo c’est presque achevé Ouidah c’est sur le point  d’être livré  et initialement il y a un de prévu pour Allada etc. Alors, comme par hazard les Vodun Days, dans le lot des investissements publiques, des politiques publiques de développement de la culture et des arts, ça vient comme un lieu de constellation, une vitrine. Mais la vitrine, elle est animé pendant trois à quatre jours. Alors que pour moi les projets structurant les plus porteur de métier ce sont les musées. C’est ce qui nourri un personnel qualifié. Les Vodun Days ça sert l’image, la destination, l’attractivité  du Bénin et autres. Mais derrière tout ça, il y a les construction qu’on ne voit pas encore. Mais quand on va livrer tous ces chantiers aux béninois, c’est là où le foisonnement va commencer de plus belle. Pour l’instant on se concentre sur ce qui relève un peu de la vitrine, de l’ambiance etc.

Quelle est alors la portée des Vodun Days sur notre construction identitaire?

Aimée Césaire disait <<Il faut creuser le soi même, l’identité, l’encrage, sa source profonde>>. Qu’on le veuille ou pas, le Vodun est dépositaire de pratiques artistiques majeurs. C’est les chants, les danses les costumes et autres constituent une constellation de patrimoine vivant. Une source interminable d’inspiration pour les artistes. Vous avez parlé d’Angélique Kidjo écoutez le Bénin a cette chance d’avoir cette religion qui a généré sur la place publique toute sa valeur et richesse artistique qui nourrissent la création et les arts au Bénin. De ce point de vue je pense que c’est bien de l’avoir repris en charge et de l’avoir redynamisé et d’avoir construire autour de cela tout un mécanisme de publicité et propagande donc de communication pour révéler le Bénin.

On ira un peu dans le septentrion. Nous apprenons que le ministère de la culture à travers l’Agence de développement des arts et de la culture va prendre en compte l’organisation de la Gaani. Est ce que vous pensez comme beaucoup d’autres commentataire, une nouvelle étape de la valorisation de la tradition?

non, Pardon pour une fois, j’ai le sentiment que nous devrions rester prudent . Ce ne sont pas des fêtes. Ce ne sont pas des festivals. Ce sont des espaces de vénération où on va là bas dans une démarche d’humilité. Ca n’a rien à voir avec un festival qui, lui, a un caractère marché marchand. Si l’implication de l’Etat va favoriser la structuration, l’organisation, la mise en place d’un agenda par les professionnels du secteur et se retirer, j’insiste, et de retirer, moi je suis pour ça.  Mais que l’Etat prenne ça en charge avec toute les dimension aussi bien spirituelles qu’organisation’elle que logistique, il y a une forte  chance que ce qui a tout ce poids,cette espèce de considération que nous vénérons s’effrite avec le temps.  Nous, nous avons mis en place avec les ACPUE, c’est un programme de l’Union Européenne, ils avaient mis en demeure tous nos  États au sud  de se désengager de tout ce qui est manifestation internationale que nos États organisent comme condition pour avoir leur financement. Parce que, ce dont l’Etat s’occupe, parfois devient précaire. Imaginons qu’on renforce la Gaani avec un budget considérable et que demain un autre pouvoir arrive et que l’Etat décide un peu de se serrer les ceintures donc les budget, on va retourner couper un peu la dedans et les gens vont dire que ce n’ est pas bon. Cela jette du discrédit sur l’événement et la le projet entame son déclin. Il est vrai que j’apprécie que l’Etat s’implique. Mais si j’étais à la place de ceux qui prennent les décisions, je ferai en sorte à limiter mon implication. C’est pour que la quintessence de l’événement soit preservé.

On va faire un tour rapide à Ouidah. il y a quelques jour le Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition ( Jistna) a été célébrée. Comment percevez vous la promotion du tourisme mémoriel?

Je pense qu’il faut saluer le gros travail qui est fait à Ouidah. Si on est béninois et qu’on va à Ouidah on doit enlever le chapeau au gouvernement qui vient de sortir. Moi je suis de Ouidah. j’y suis retourné il y a quelques temps. Je peux dire que c’est une ville transformée en termes d’infrastructure, de prise en charge et d’orientation. Et j’aime l’idée qu’on fasse de toute une ville un marché immense pour capitaliser et générer des ressources et dividendes pour le trésor publique. De ce point de vue le travail qui est fait est à saluer. Vous parliez de mémoire, c’est une ville historique. et chaque rue de Ouidah a une histoire. C »est a dire que quand vous allez vers les Tovè, Kpassè, Ahouandjigo et autres… Moi le premier matché de nuit que je connais à Ouidah s’appelle Ahlobè, c’est derrière le Fort Français. Normalement si on était dans une économie culturelle dynamique, il y aurait au moins une centaine d’ouvrages sur ce marché là. Parce que le marché est en train de disparaître. Nos anciens parents qui allait l’animer sont en train de partir. Et c’est des gens de nos âges qui vont là dedans maintenant. Mais il ne reste que des traces. Donc la mémoire elle est partout à Ouidah. Les legs  sont partout. Et donc c’est bien que le gouvernement orienté son regard et ses investissements vers cette ville.

Alors l’octroie de la Nationnalité aux Afro descendants qu’est ce que cela pourrait apporter selon vous?

C’est un sujet que je n’ai  pas creusé pour vous dire la verité. Et même si je l’avais creusé, j’aurai du mal à émettre mon opinion en publique. Mais en vrai qu’on tresse des cordes avec nos frères de la diaspora notamment des Antilles, des Amériques   et caraïbes, moi je privilégie ce pont. Et donc tout engagement de l’Etat qui rentre dans cette dynamique est à saluer.

Alors entre les multiples réformes opérées au plan culturel et les succès individuels de nos artistes à l’international, quel rapport faites vous?

Déjà il faut dire à nos jeunes de faire attention. Entre Opa et Angélique Kidjo la distance est infini.  Ceci dit, il faut souligner que le Bénin est un pays particulier et que nous avons une chance extraordinaire. Nous sommes un pays qui a l particularité d’avoir une culture à quatre dimensions. Les autres États généralement s’arrêtent à trois dimensions. En dehors des patrimoines, des legs et industrie créative qu’on connait aux autres, nous, nous avons en plus de tout ca les cultes et tradition comme lieu d’inspiration. Nos divités nous habitent et nous transportent. Un béninois quand il s’exprime sur un plateau, son ton, son rythme, son souffle, la musicalité de sa voix, tout cela est inimitable. C’est ça qui nous singularise et cela provient de très loin. Et donc pour avoir la carrière d’Angélique  Kidjo il faut se prendre au sérieux. Ainsi l’impact que je souhaite pour les jeunes est qu’ils s’approprient cette chance qu’ils ont, et qui n’est rien d’autre que leur identité, leur culture endogène propre. Ne pas s’enfermer mais d’aller chercher loin en eux même et transcender les difficultés et barrières. Pour mon expérience à moi en tant qu’écrivain dramaturge et metteur en scène, lorsque nous écrivons des pièces de théâtre ou nous allons puiser dans nos récits, mythe, legendes et autres je vous assure que nous tournons pendant des années et parfois même c’est nous qui refusons des dates.Parce que vous avez d’autres contrats et les dates chevauchent.

Pour revenir donc à la question, quand vous voyez un Chef d’Etat et sont épouse devant le théâtre, dans des vernissages, des galeries d’art, ou lors des multiples manifestation les plus hautes autorités viennent à vous dans des T-Shirt c’est a dire le plus simplement  possible, non seulement ça inspire d’autres vocations, mais ceux qui y sont déjà sont dopés. C’est mieux que de la drogue cette affaire. Pour réussir son art il faut de la foi. C’est d’ailleurs le socle. Mais parfois cette fois a besoin d’être dopée. C’est a dire que la considération et le respect que l’autre vous donnes vous galvanise davantage.  Vous savez je suis très optimiste pour le Bénin. et je vais vous dire pourquoi. Ce qui flambe aujourd’hui et qui nous séduit en termes de succès au plan artistique sur l’échiquier international, ce n’ est que le début. Que ce soit sur le plan de la musique, de la littérature, du théâtre et autres ce n’ est que le début. Si on ne laisse pas tombé ce nouvel élan je peux dire que le succès ne fait que commencer pour ,le Bénin. Parce que les modèles sont là à savoir: Angélique Kidjo avec son étoile, Opa avec le prix découverte RFI, Saara avec The voice, Giovanni Houansou avec le prix découverte théâtre RFI, pour ne citer que ceux la. Le potentiel est là, le vivier est là et nous avons en face de bons  interlocuteurs donc quoi de mieux pour ne pas flamber. Çà a mis du temps mais ça prend progressivement. Et c’est ça ce que je mettais dans la révolution.

Teddy GANDIGBE

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